Le Journal officiel a publié le 11 juin 2026 un décret, daté du 9 juin, portant déchéance de la nationalité française d’un homme de 41 ans. Le texte précise que cette mesure intervient sur «l’avis conforme du Conseil d’Etat».
Né à Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, mais disposant de la double nationalité franco-marocaine, Mourad F. est le neuvième binational frappé par cette mesure administrative en 2026. Selon Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme (CAT), il était l’un des principaux recruteurs de français pour aller mener le djihad en Syrie. Le CAT a d’ailleurs publié une fiche complète à son sujet en 2020.
Cette année-là, en janvier, la Cour d’assises spécialement composée venait de le condamner à 22 ans de réclusion criminelle. Une peine assortie d’une période de sûreté des deux tiers.
« Particulièrement dangereux »
Arrêté par les autorités turques le 16 août 2014, il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par un magistrat instructeur du tribunal de grande instance de Paris pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Un mois plus tard, il était expulsé et remis à la France. La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), avec laquelle il avait souhaité coopérer lors de son retour en Turquie, l’avait alors interpellé à son arrivée à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle.
Parti en Syrie en juillet 2013, Mourad F. « est un individu particulièrement dangereux, proche des mouvements terroristes djihadistes Daech («Etat islamique») puis Jabhat al-Nosra », écrivait le ministère de l’Intérieur dans un communiqué consécutif à son arrestation en 2014. D’après les services de renseignement, son rôle a été « déterminant » dans le recrutement de jeunes français et leur envoi en Syrie. Il aurait notamment agit dans les régions de Toulouse, Lyon, Strasbourg et Paris. Mais aussi outre-mer, en Martinique, et en Suisse.
Lors de son procès, Mourad F. a réfuté avoir combattu en Syrie. Le ministère public affirmait néanmoins qu’il avait « participé à des actions armées » au sein du groupe terroriste «État islamique». Il avait ensuite intégré une brigade française affiliée au Front al-Nosra. Entité qu’il aurait même dirigé un temps par intérim, avant de quitter la Syrie à l’été 2014.
Plus de cent déchéances de la nationalité française depuis 2015
Selon les informations de L’Essor, cette décision porte à 101 le nombre de ces mesures administratives prises depuis 2015. En 2025, il y en avait eu 19 de prononcées. L’année 2024 reste par ailleurs une année record avec 41 déchéances.
Les binationaux concernés par ces mesures se voient déchus après une ou plusieurs condamnations par la justice française. Pour des motifs multiples: participation à des attentats ou des tentatives d’attentat en France; combats dans les rangs de l’Etat islamique ou d’Al-Qaïda, en Syrie ou en Irak; tentatives pour rejoindre ces groupes terroristes ou pour leur avoir apporté un soutien logistique et/ou financier.
La déchéance de la nationalité française ne peut toucher que des binationaux. En effet, la loi française ne peut rendre apatride un Français.
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