L’image est saisissante. Celle d’un homme, le directeur général de la Gendarmerie nationale, venu sur le plateau du Journal de 20 heures de TF1, le 9 juin dernier, assumer un échec. Un aveu formulé à une heure de forte audience par le chef d’une institution qui a fait de la rigueur sa fierté.
Derrière cet aveu, il y a Lyhanna, 11 ans, disparue le 29 mai devant son collège de Fleurance, retrouvée morte une semaine plus tard. Il y a un suspect déjà visé par une plainte pour viols sur mineure déposée en 2025, et qui n’avait jamais été entendu.
Un seuil de tolérance qui a changé
La France a longtemps été un pays où la pédocriminalité n’a pas seulement été tolérée, mais protégée. Par le silence des familles, par le prestige de certains agresseurs, par une administration plus prompte à classer qu’à entendre, par cette idée tenace que la parole des enfants vaut moins que la tranquillité des adultes.
Ce pacte de silence, qui a duré des décennies, se fissure. Car une révolution pacifique est en marche. Elle rappelle le mouvement #MeToo dans la libération de la parole des femmes. Les travaux de la CIIVISE, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, en ont posé les fondations. L’affaire Lyhanna marque une accélération brutale. Et la Gendarmerie, parce qu’elle incarne l’Etat au plus près des territoires ruraux, se trouve à ce tournant.
Chantier collectif
La vraie question n’est donc plus de savoir s’il faut agir. Personne, dans ce pays, n’accepte que nos enfants soient victimes de pédocriminels, voire de meurtriers. Aucune divergence politique, aucune querelle de moyens ne peut tenir devant cette évidence partagée. C’est précisément ce qui rend vaine la recherche de boucs émissaires. Désigner un gendarme,un greffier ou un magistrat, c’est se tromper d’échelle : un manquement aussi profond n’est jamais le fait d’une personne, mais celui d’un système qui a laissé filer, à chaque étape, ce qu’il aurait dû retenir.
L’enjeu, désormais, est de tout mettre en œuvre pour qu’aucun signalement ne se perde, qu’aucune plainte ne soit classée par défaut. L’aveu du général Bonneau n’a de sens que s’il ouvre ce chantier collectif. Sinon, il restera comme un « beau » moment de télévision. Et nous nous retrouverons, devant le prochain drame, avec le même sentiment de désarroi. Et la même colère.
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