Tégo rompt avec ses deux assureurs historiques : le président s’explique

Photo : Gratien Maire, ancien général d'armée, préside l'association Tego.

3 septembre 2026 | Société, Vie des personnels

Temps de lecture : 3 minutes

Tégo rompt avec ses deux assureurs historiques : le président s’explique

par | Société, Vie des personnels

Fissure inédite dans le monde de la protection sociale militaire. L'association souscriptrice Tégo, qui regroupe 1,2 million d'adhérents, est en train de résilier ses contrats emprunteur avec AGPM et Allianz. La raison de cette décision ? Une gouvernance jugée verrouillée par les assureurs et des tarifs supérieurs de 30 % au marché. L’ancien général Gratien Maire, président de l'association, détaille pour L'Essor de la Gendarmerie les coulisses d'une bataille juridique et institutionnelle qui pourrait ne pas en rester là.

Pouvez-vous retracer la genèse de l’association Tégo ?

Tégo est née en 2019 et est active depuis le 1ᵉʳ janvier 2020. Elle est née de la fusion de deux associations souscriptrices historiques : le GMPA, fondé en 1949, et l’AGPM, fondée en 1951. Cette union accompagnait un rapprochement voulu entre l’assureur AGPM et le groupe Allianz. L’AGPM avait conservé un assureur éponyme. Le GMPA travaillait lui avec plusieurs partenaires successifs, dont Allianz. Deux logiques différentes, réunies sous un même toit associatif.

Quel est aujourd’hui le poids de Tégo dans l’écosystème militaire ?

Nous comptons 1,2 million d’adhérents, essentiellement des militaires d’active et des retraités, gendarmes compris. Tégo souscrit pour leur compte des contrats de prévoyance et d’assurance emprunteur auprès de deux partenaires principaux, AGPM et Allianz. Notre force de négociation tient à cette masse d’adhérents. Un individu isolé obtient rarement les conditions qu’obtiennent un million de souscripteurs réunis. Au-delà de l’assurance, Tégo joue un rôle d’acteur social. Via  des aides financières individuelles ou des financements d’infrastructures comme un centre de rééducation par le sport, une crèche à Toulon, une contribution au village des blessés de Fontainebleau.

Gouvernance progressivement verrouillée

Votre évoquez une rupture avec AGPM et Allianz. Que s’est-il passé concrètement ?

Les deux assureurs siégeaient à notre conseil d’administration, initialement en minorité, conformément à l’article L. 141-7 du code des assurances, qui impose une majorité d’administrateurs indépendants. Deux évolutions ont changé la donne. D’abord, le rapprochement d’AGPM avec le groupe Klésia, dont la gouvernance opérationnelle a repris la main sur l’AGPM après le départ de son PDG en 2024. Ensuite, le rapprochement d’Allianz et de Klésia-AGPM pour répondre ensemble à l’appel d’offres sur la protection sociale complémentaire (PSC) prévoyance des militaires. Progressivement, des administrateurs indépendants ont rejoint les rangs des assureurs, comme salariés ou administrateurs affiliés. En octobre 2025, une majorité d’administrateurs liés aux assureurs a tenté de prendre le contrôle du conseil. Je m’y suis opposé en invoquant l’article L. 141-7.

Comment cette contestation s’est-elle traduite juridiquement ?

Un juge des référés nous a donné raison sur le fond. Le conseil d’administration comptait une majorité irrégulière d’administrateurs liés aux assureurs. Il a ordonné leur suspension et la convocation d’une nouvelle assemblée générale. Nous l’avons organisée en décembre 2025. Les assureurs ont contesté sa validité, estimant que le conseil convoqueur, réduit à cinq membres sur vingt-quatre après les suspensions, n’atteignait pas le quorum requis. Le juge leur a donné raison sur ce point précis. Mais une seconde assemblée, tenue en février pour confirmer les votes, n’a pas été annulée. Le contentieux reste donc ouvert.

Des adhérents privés d’information

Quelles sont les conséquences concrètes pour l’association ?

Les assureurs ont cessé de nous transmettre les informations relatives aux régimes de prévoyance. Notre actuaire (spécialiste en mathématiques qui modélise les risque financiers dans les secteurs de la banque et de l’assurance, NDLR) ne pouvait plus exercer de contrôle éclairé sur la vie de ces contrats. Dans ce contexte de contentieux déjà engagé, nous avons décidé de mettre en concurrence l’un de nos contrats, l’assurance emprunteur, qui couvre 200 000 de nos 1,2 million d’adhérents.

Quel est le résultat de cette consultation ?

Plusieurs assureurs ont proposé des garanties équivalentes, voire supérieures sur certains points, à des tarifs inférieurs de 30 %. Nous avons donc résilié les contrats avec AGPM et Allianz, effectifs au 1ᵉʳ janvier 2027. Chaque adhérent pourra rejoindre, sur la base du volontariat, un nouveau contrat sans visite médicale, avec des garanties reprenant, ligne à ligne, les meilleures dispositions des deux anciens contrats.

Et le nom du nouvel assureur ?

Il sera communiqué après le vote de l’assemblée générale du 29 septembre, seule habilitée statutairement à valider ce transfert. Je peux simplement indiquer qu’il s’agit d’un acteur offrant des garanties financières extrêmement solides.

Votre communiqué de presse publié en début de semaine évoque la possibilité de suites judiciaires. Où en êtes-vous ?

Le judiciaire est déjà engagé, via le contentieux sur la composition du conseil d’administration. Pour le reste, rien n’est arrêté. Nous étudions toutes les options si nos adhérents ont pu, par le passé, payer des tarifs excessifs sur d’autres produits. Aucune discussion amiable n’a eu lieu à ce jour, ni de notre côté ni de celui des assureurs.

Comment expliquez-vous que la situation ait pu se dégrader à ce point, malgré un cadre statutaire censé garantir l’indépendance de l’association ?

Le dialogue avec le GMPA puis l’AGPM restait globalement constructif tant que ces structures dialoguaient directement avec une population militaire qu’elles connaissaient. Le basculement de la gouvernance opérationnelle d’AGPM vers Klésia a changé la nature des échanges. Les tensions se sont concentrées dans les mois précédant octobre 2025, une période où les assureurs avaient, par ailleurs, intérêt à ne pas attirer l’attention du ministère, en pleine attribution du marché PSC prévoyance à leur groupement.

Propos recueillis par Antonin Amado

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