Elle n’est pas gendarme, mais son bureau se trouve au cœur d’une caserne. Dans le Sud Artois, Cindy Lebel fait partie des 185 Intervenants sociaux en gendarmerie (ISG), épaulés par 95 collègues travaillant également au profit de la Police.
Employés par des collectivités territoriales, des associations ou des départements, les ISG ont pour mission d’être «desfacilitateurs de liens entre les services de Gendarmerie et de Police et les services sociaux. On est là pour accompagner le parcours d’une victime», résume Cindy Lebel.
Les violences intrafamiliales au cœur des sollicitations
Dans le Nord et le Pas-de-Calais, le maillage est dense : une dizaine d’ISG dans le premier département, une quinzaine dans le second. Si la porte d’entrée peut être multiple – unefugue, des difficultés financières, des problèmes éducatifs –, un type de situation domine largement : « 80% de mon travail concernent les violences intrafamiliales et les violences conjugales », détaille Cindy Lebel. Son intervention peut survenir avant, pendant ou après le dépôt d’une plainte, selon les besoins de la personne accueillie. Contrairement aux idées reçues, tout le monde ne franchit pas le seuil d’une gendarmerie pour signaler des faits. « Régulièrement, les personnes viennent en brigade pour rencontrer l’assistante sociale. Cela m’arrive environ deux fois par semaine. Ils ne sont peut-être pas prêts à déposer plainte, mais ils veulent avoir des informations sur leurs droits et sur la procédure. »
Déconstruire l’emprise
Souvent, avant même d’envisager une procédure judiciaire, un travail de fond s’impose. « Quand les personnes n’ont pas conscience des violences qu’elles subissent, il faut déconstruire un peu la relation, pour préciser ce qui est acceptable et ce qui ne l’est n’est pas », précise Cindy Lebel. Cette méconnaissance touche particulièrement certaines formes de violence. Les insultes, les menaces, la pression psychologique peinent à être identifiées comme telles. Et le viol conjugal reste un angle mort dans bien des couples. Pour certaines victimes, le chemin est long avant de déposer une plainte – parfois un an, le temps de « préparer tout l’administratif à côté ». Car les principaux freins au départ sont bien identifiés : « Les enfants, le logement et l’argent », énumère Cindy Lebel.
L’arrivée des ISG dans les brigades a transformé la prise en charge des victimes. Avant leur existence, les gendarmes se trouvaient démunis face à certaines situations. « Franchement, ça a été top pour nous », s’enthousiasme l’adjudante-cheffe Aurélie Demoncheaux, commandant la MPF de Valenciennes. « Nous ne sommes pas spécialisés dans le social et ne connaissons pas forcément les diverses associations et structures. Après la plainte, la victime se retrouvait dehors et repartait parfois avec le mis en cause. »
M.G.
Article initialement publié dans le numéro 610 de l’Essor de la Gendarmerie.
Lire aussi : Ryoma, le confident des enfants victimes










