L’ouverture d’une information judiciaire par le parquet de Paris en 2024 a permis aux enquêteurs de l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) de la Gendarmerie d’orchestrer ce coup de filet. Les 178 suspects interpellés, âgés de 20 à 60 ans, sont soupçonnés d’atteintes sexuelles sur des mineurs et/ou ayant diffusé et partagé du contenu illicite.
Ces arrestations ont mené au placement en garde à vue de 172 personnes et à 6 auditions de mis en cause. Cette phase judiciaire a permis de prononcer sept peines d’emprisonnement ferme, deux avec sursis, 19 placements en détention provisoire et 22 convocations devant la justice. Les dossiers concernent le territoire national et ultra-marin.
125 téraoctets de données
Ces délits individuels ne concernaient pas l’enquête de départ, centrée sur la gestion de la plateforme. Après la constatation de ces infractions commises directement par les utilisateurs, ces nouveaux faits ont été dénoncés au parquet de Paris. Ce dernier a alors confié ces procédures distinctes à l’UNCyber, chargée de transmettre les dossiers aux différents parquets locaux selon les domiciles des mis en cause.
Grâce à cette découverte, les enquêteurs ont pu saisir une quantité astronomique de données : les 125,34 téraoctets (1 To = 1 000 Go). Ce volume équivaut à 185 853 photographies et 23 597 vidéos, dont l’analyse approfondie est confiée aux spécialistes de l’UNCyber.
« COCO »
Site web de fabrication française, « Coco » était une plateforme de rencontre sur laquelle de nombreux pédocriminels échangeaient du contenu. La création d’un profil ne nécessitait aucune vérification d’identité et le site bénéficiait « d’une modération insuffisante des contenus », selon un communiqué de la Gendarmerie. Les utilisateurs exclus pouvaient facilement racheter leur ticket d’entrée en payant une « amende » à l’administrateur ou via un système « Premium ».
Le site a d’abord été fermé lors d’une opération internationale menée simultanément en France, en Bulgarie, en Allemagne, en Lituanie, aux Pays-Bas et en Hongrie. L’enquête judiciaire avait alors été menée par la JUNALCO (Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée), l’UNCyber et l’office national anti-fraude (ONAF), avec l’appui du commandement du ministère de l’Intérieur dans le cyberespace (COMCYBER-MI), tous coordonnés par Eurojust. En parallèle, la procédure lancée fin juin 2024 a permis aux sections de lutte contre la cybercriminalité et de lutte contre la criminalité organisée financière de passer au crible le système de paiements du site. Ce volet financier de l’enquête vise notamment à caractériser des infractions d’administration de plateforme illicite et de lourdes suspicions de blanchiment de capitaux.
Isaac Steidl, l’administrateur qui se cachait en Bulgarie
Le fondateur et administrateur de Coco, Isaac Steidl, gérait le site depuis la Bulgarie, alors que 23 000 procédures judiciaires et au moins 480 victimes étaient liées à la plateforme. Selon Incyber News, le site servait de support à des trafics de drogue, du proxénétisme, des agressions ou au recrutement de complices par Dominique Pelicot dans l’affaire des viols de Mazan.
Le 7 janvier 2025, Isaac Steidl s’est rendu à une convocation de la gendarmerie à Paris. La JUNALCO a annoncé sa mise en examen pour huit chefs d’accusation, dont celui lié à la gestion du site, « blanchiment aggravé » et « complicité de diffusion d’images pédopornographiques ». Il a été placé sous contrôle judiciaire avec une caution de 100 000 euros et une interdiction de quitter le territoire. Il encourt dix ans de prison et 1,5 million d’euros d’amende.
Dans son communiqué, la Gendarmerie a précisé que les « investigations se poursuivent ». D’autant plus qu’un nouveau site, cette fois hébergé en Ukraine, aurait fait son apparition sous le nom de Cocoland.cc selon nos confrères de BFMTV.










