Dans un avis, publié ce mercredi 29 avril 2026 au Journal officiel, la Commission du secret de la Défense nationale (CSDN) vient d’approuver une demande de déclassification de documents secret défense du ministère des Armées. Ces documents concernent l’enquête sur l’assassinat des journalistes Ghislaine Dupont et Claude Verlon, enlevés lors d’un reportage pour RFI, puis tués le 2 novembre 2013 près de Kidal, au Mali.
Cette requête formulée par le juge Valéry Muller, vice-président chargé de l’instruction au pôle antiterroriste du tribunal judiciaire de Paris en janvier 2026, s’inscrit dans le cadre de l’information judiciaire ouverte des chefs d’enlèvement et séquestration commis en bande organisée, d’assassinats commis en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste et d’association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme, à la suite du rapt et du meurtre des deux journalistes de RFI.
Cinquième étape d’une procédure lourde, mais ô combien importante pour essayer d’obtenir des réponses à des questions restées en suspend, cet avis favorable de la CDSN à la déclassification de documents sensibles devrait permettre aux investigations d’avancer.
Bien que purement consultatifs et non contraignants, les avis de la CSDN sont, selon les informations de L’Essor, systématiquement suivis par l’autorité à l’origine de la demande.
Quatrième déclassification dans cette enquête
Cette déclassification intervient à la suite d’une demande des parties civiles. Elle n’est d’ailleurs pas la première dans cette affaire. La justice avait déjà formulé trois autres requêtes de ce type auparavant. Et plusieurs étaient intervenues: en 2016, 2017 et 2023. Avec toutefois des limites. Certains documents étaient en effet caviardés, comme l’avait dénoncé Danièle Gonod, la présidente de l’Association des amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon. « On nous a opposé le secret défense, en nous disant que cela relevait de la protection des sources au Mali, déclarait en février 2026 Mme Gonod à l’AFP. Mais aujourd’hui il n’y a plus un seul soldat français au Mali, donc plus de source à protéger ».
Dans sa communication, datée du 15 avril 2026, la CDSN donne un avis favorable à la déclassification d’une note du ministère des Armées et des Anciens combattants du 24 avril 2024. En dehors d’une phrase et des notes de bas de page, tout le contenu document peut ainsi être transmis au magistrat, estime la Commission. Exception faite des « mentions à caractère technique ou interne qu’il paraîtra nécessaire au ministre de protéger ». Il est donc probable que certains passages de la note souffrent eux aussi de caviardage.
Les circonstances de l’assassinat des deux reporters encore floues
Le reportage des journalistes de RFI Ghislaine Dupont, 57 ans, et Claude Verlon, 55 ans, se déroulait quelques mois après le début de l’opération française Serval au Mali. Une opération destinée à contrer des jihadistes menaçant de prendre le contrôle du pays. Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) avait à l’époque revendiqué le double assassinat. Mais depuis, les investigations n’ont pas permis de faire toute la lumière sur ce drame.
Selon la version officielle, un convoi de militaires français avait découvert les corps des reporters, tués par balles, non loin du pick-up de leurs ravisseurs. Ce dernier était tombé en panne, d’après les enquêteurs, qui privilégient alors la thèse d’une prise d’otages ratée d’un groupe jihadiste.
La piste d’un piège tendu aux journalistes
Le juge a notamment demandé au ministère des renseignements sur deux suspects encore vivants. L’un des deux commanditaires présumés, Sidan Ag Hita, et l’un des quatre membres du commando, Hamadi Ag Mohamed. Le magistrat a ensuite relevé que Sidan Ag Hita est « devenu un chef jihadiste important ». « Au point, d’après la presse, de négocier directement avec l’Etat malien la libération d’otages ». Un constat rappelé dans la dernière requête en date, dont l’AFP avait eu connaissance début 2026.
Le juge Muller y demande aussi des renseignements sur Cheikh Ag Haoussa. Ce chef touareg, censé accueillir les « jihadistes repentis », avec lequel les journalistes avaient rendez-vous à Kidal lorsqu’ils ont été enlevés. De fait, « quelques heures avant l’enlèvement, Cheikh Ag Haoussa aurait été vu dans son véhicule en compagnie de Baye Ag Bakabo, chef du commando responsable des enlèvements et assassinats », note-t-il.
Il a aussi relayé l’étonnement des parties civiles devant l’absence de rapport des Forces spéciales françaises sur le drame. Le magistrat antiterroriste avait ainsi réclamé la déclassification de « tout document » attestant qu’un commanditaire de l’enlèvement « aurait contacté, après les faits » un membre du commando « pour lui reprocher d’avoir ‘gâché la marchandise’« .
(L’Essor, avec l’AFP)










