Deux sous-officiers de la compagnie de gendarmerie départementale de Béziers (Hérault) ont été condamnés, vendredi 17 avril 2026, à des peines de prison pour corruption.
La Justice leur reproche notamment d’avoir consulté et transmis, voire vendu, des informations issues de fichiers administratifs et judiciaires. Trois salariés d’un garage local, avec lequel les gendarmes entretenaient des liens, ont également écopé de peines de prison dans cette affaire.
Consultation massive de fichiers sonne l’alerte
L’enquête débute en août 2025. Elle fait suite à un signalement interne des services de la Gendarmerie. Ces derniers, chargés de veiller à l’intégrité des fichiers sensibles, ont constaté une hausse anormale du nombre de consultations du Système d’immatriculation des véhicules (SIV) dans l’Hérault. Et très vite, les premières investigations pointent vers un gendarme, affecté au sein de la compagnie de Béziers. D’autant qu’en plus de consulter ce fichier administratif, il examine également fréquemment des fichiers judiciaires: le Traitement d’antécédents judiciaires (TAJ) et le Fichier des personnes recherchées (FPR).
L’enquête, diligentée en interne, permet rapidement d’écarter l’excès de zèle. Les écoutes téléphoniques du sous-officier mettent à jour des liens entretenus avec des employés d’un garage héraultais. Trois sont alors mis sur écoute à leur tour. Il en ressort qu’un second gendarme de la compagnie est aussi impliqué.
Mais le plus impliqué des militaires ne s’arrête pas là. Lors de ses consultations du SIV, il lui arrive aussi de lever des immobilisations de véhicules. Ces mesures administratives interviennent la plupart du temps à la suite d’infractions, comme l’absence de contrôle technique valide ou un défaut d’assurance. Mais aussi en cas de non-conformité du véhicule ou de non-respect du code de la route. Elles empêchent la circulation des véhicules, ainsi que leur revente. C’est justement contre ce dernier obstacle que les employés du garage souhaitaient agir. Pour faciliter leurs reventes frauduleuses, ils n’hésitaient donc pas à rémunérer le gendarme en échange de ses services. Le militaire aurait ainsi amassé près de 20.000 euros en quelques mois.
Le second militaire, lui, n’aurait cependant pas touché d’argent en contrepartie de ses services, d’un bien moindre volume. Il ignorait d’ailleurs ce que faisait son camarade.
Un message clair face à la corruption active et passive
En creusant, les enquêteurs découvrent que le garagiste recevait ses ordres d’un autre commanditaire. L’escroc, basé au Maroc, proposait via le réseau social Snapchat des services de falsification de cartes grises. On ignore pour le moment si cet autre protagoniste sera un jour inquiété, ou si les investigations se poursuivent.
Il n’en reste pas moins que l’avenir des deux militaires s’assombrit. Tout comme celui des trois garagistes. Tous ont écopé d’une peine d’emprisonnement. Pour sa corruption active, la consultation et la transmission illégale de données issues de fichiers de l’Etat, le premier gendarme se voit condamné à 30 mois de détention, dont 18 mois assortis d’un sursis, avec mandat de dépôt différé. Le second a quant à lui été condamné à 18 mois de prison, dont 12 avec sursis, pour sa corruption passive. Il effectuera le reliquat de sa peine sous bracelet électronique.
Ces condamnations sont aussi un message clair de fermeté. « Vous avez trahi la confiance que la Justice pouvait avoir en vous. Je ne peux plus vous faire confiance. » a déclaré le procureur de la République de Béziers, Arnaud Faugère. Les deux militaires se voient ainsi interdits d’exercer le métier de gendarme. Pour au moins l’un des deux sous-officiers, l’Arme n’aura toutefois pas besoin de prononcer la radiation des cadres. Selon nos confrères du quotidien régional Midi Libre, présents à l’audience, le principal militaire mis en cause a démissionné de ses fonctions.
Les trois salariés d’un garage du pays Biterrois héritent eux aussi de peines de prison. Le plus impliqué reçoit la même peine que le premier gendarme: 30 mois de détention dont 18 avec sursis et mandat de dépôt différé. Les deux autres employés se voient respectivement condamnés à 12 et 9 mois de détention avec sursis.
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