Le général Christophe Perret ne cache pas son inquiétude. Le commandant de la gendarmerie nationale de Guadeloupe a dévoilé à nos confrères de l’AFP une hausse brutale des violences subies par ses personnels : de 36 faits constatés sur des agents de la force publique en début d’année, l’île est passée à 50. Soit une augmentation d’environ 50 % en l’espace de cinq mois.
Ce bond statistique recouvre des réalités concrètes et préoccupantes. Les « violences habituelles » (outrages liés à des états psychiatriques, alcooliques ou sous l’emprise de stupéfiants) restent stables. C’est ailleurs que le curseur s’est déplacé. C’est à dire vers les refus d’obtempérer, devenus un phénomène marquant du début d’année 2026 dans l’île.
Quatre refus d’obtempérer en mai, dont trois le même week-end
Le seul mois de mai a concentré quatre refus d’obtempérer. Trois se sont produits lors d’un même week-end. Deux d’entre eux ont directement mis en danger la vie de gendarmes contraints de se jeter sur le côté pour éviter d’être renversés. L’un d’eux a été blessé dans sa chute. Les deux automobilistes impliqués, dont une femme, ont été interpellés.
Ces incidents illustrent une évolution que le général Perret qualifie de « forme de tension plus marquée dans certaines interventions du quotidien ». Une formulation volontairement mesurée qui traduit une réalité vécue par les patrouilles au quotidien.
Un bout de bras arraché
L’épisode le plus grave s’est produit à Goyave, en Basse-Terre. Lors d’une recherche de malfaiteur à la suite d’un vol à main armée, un gendarme d’une trentaine d’années a reçu une cartouche de plombs « tirée pratiquement à bout portant » par une personne « vraisemblablement embusquée ».
Touché au flanc, il a été protégé par son gilet pare-balle mais a eu « un bout de bras arraché ». L’auteur du tir est toujours activement recherché.
Paradoxe guadeloupéen
Ces données doivent être replacées dans leur contexte. La gendarmerie de Guadeloupe enregistre chaque année entre 16 000 et 17 000 crimes et délits. Les violences contre les forces de l’ordre restent donc marginales en volume.
Mais le général Perret pointe un paradoxe structurel : habituellement, les gendarmes de l’île subissent proportionnellement moins d’agressions que leurs homologues hexagonaux alors même que la délinquance en Guadeloupe est 1,7 fois plus violente qu’en zone gendarmerie métropolitaine.
Tension sécuritaire
Le tableau d’ensemble est celui d’un territoire sous pression. En 2025, le ressort de la cour d’appel de Basse-Terre, qui englobe la Guadeloupe et la partie française de Saint-Martin, soit 410 000 habitants, a enregistré une cinquantaine d’homicides, la plupart par armes à feu.
Pour les gendarmes déployés sur ce territoire, la menace n’est plus seulement diffuse. Elle se matérialise désormais dans des embuscades, des attaques armées et des automobilistes prêts à foncer sur des uniformes.










