Tout était faux. Des photos et vidéos postées sur les réseaux sociaux avaient attiré l’attention, voire l’intérêt, de nombreux utilisateurs. Pourtant, « Juliette », qui indiquait être une jeune « gendarme célibataire de 22 ans » à la recherche de l’amour et vivant à Toulouse… n’existait pas. Il s’agissait d’une pure invention visuelle réalisée avec l’aide de l’intelligence artificielle (IA). Derrière ces comptes sur les réseaux sociaux, un homme que les (vrais) gendarmes ont identifié et interpellé en quelques jours.
Lors de séquences prétendument filmées (en uniforme de gendarme et en partie pendant le service), postées notamment sur TikTok accompagnées de messages incitants à prendre contact avec elle, la soi-disant jeune militaire prétendait rechercher une relation amoureuse. Un piège pour en réalité vendre des contenus à caractère sexuel, voire réaliser des arnaques aux sentiments pour ensuite faire chanter les prétendants.

Quelques-unes des vidéos de la fausse gendarme, générée par intelligence artificielle (IA), dont les comptes sur les réseaux sociaux visaient à faire la promotion de contenus sexuels payants. (Captures d’écran)
Cela a fait sourire plusieurs utilisateurs qui ont tout de suite vu la supercherie. Certains ont d’ailleurs signalé les vidéos à la Gendarmerie. D’autres, en revanche, sont visiblement tombés dans le panneau. Et ce sont ensuite des vrais gendarmes qui s’en sont mêlés, comme l’explique un communiqué de l’Institution daté du 20 juillet 2026. À commencer par ceux chargés d’effectuer de la veille sur le Net.
Des centaines de milliers de vues
Membres de l’antenne de l’unité nationale cyber de la section de recherches de Lille, ces enquêteurs menaient une cyberpatrouille le 6 juillet dernier, lorsqu’ils sont tombés sur ces vidéos mettant en scène un personnel féminin de la Gendarmerie « en uniforme et dans des positions suggestives ». Déjà signalées par de nombreux utilisateurs, elles cumulaient parfois plusieurs centaines de milliers de vues, ainsi que de nombreux commentaires.
En creusant un peu, les cybergendarmes ont découvert plusieurs comptes mettant en scène cette fausse gendarme, fruit de l’utilisation du générateur d’images d’un outil d’intelligence artificielle. Un recours à l’IA confirmé par la présence de « nombreuses incohérences visuelles (grades différents, tenues non conformes, etc.) », précise la Gendarmerie.
Rapidement, les investigations humaines et techniques ont permis de remonter vers le détenteur et l’animateur de ces comptes. Vérifications faites, il ne s’agit effectivement pas d’une gendarme. Ni même d’une personne ayant des liens avec l’Institution. L’auteur – un homme dont ni l’identité ni le profil n’ont été précisés –, n’a d’ailleurs « jamais fait partie de ses rangs », renchérit la Gendarmerie.
Jeudi 16 juillet, six jours après la découverte de ces contenus, les gendarmes ont mené une opération judiciaire afin de procéder à l’interpellation du mis en cause. Âgé d’une vingtaine d’années, celui-ci vivait dans la Marne. Les militaires en ont profité pour saisir plusieurs supports numériques. Durant son audition, l’homme a reconnu les faits. Il a aussi détaillé son mode opératoire. Pour créer ces contenus et animer les comptes sur les réseaux sociaux, il n’aurait utilisé qu’un simple téléphone portable, et bien sûr, une plateforme d’IA.
L’arnaque aussi dénoncée par le service communication des gendarmes
Présenté devant un magistrat du parquet, l’homme s’est vu remettre une convocation devant le tribunal correctionnel pour ces faits. Il sera donc jugé ultérieurement. La Justice lui reproche, entre autres, les tentatives d’escroqueries et l’utilisation de l’image de la Gendarmerie nationale (une marque justement déposée par l’Institution pour se protéger de ce type d’exploitations frauduleuses).
En plus d’avoir été repérés par de vrais gendarmes en cyberpatrouille, les contenus avaient aussi été signalés à de multiples reprises par des internautes. Y compris auprès des comptes officiels de l’Arme, gérés par la section médias sociaux du Service d’information et de relations publiques de la Gendarmerie (Sirpa-G).
Après l’arrestation du mis en cause, l’Arme a même dégainé publications et vidéo pour signaler la supercherie aux utilisateurs, notamment sur le réseau social TikTok, très prisé par les jeunes, qui auraient pu se laisser berner. Comme cela semblait avoir été le cas, au regard des commentaires laissés par des internautes crédules sur les vidéos.
« En tout état de cause, n’hésitez pas à signaler ce genre de vidéos », insistent les gendarmes, profitant de l’occasion pour inciter au passage à s’abonner aux comptes officiels de l’Arme. La meilleure façon, selon eux, pour voir « de vrais gendarmes ». Le message est passé.
Ca n’est pas la première fois que des escrocs utilisent l’IA pour générer des images du genre et promouvoir des contenus pornographiques. Déjà, en début d’année, des vidéos virales de fausses policières diffusées sur TikTok et Instagram, avaient créé la polémique. Ces utilisations frauduleuses de l’intelligence artificielle avaient alors fait l’objet de communications préventives de la Police nationale.
Lire aussi : L’intelligence artificielle comme fil rouge du cycle de conférences de l’édition 2025 de Milipol Paris











