Incendies en Gironde : la place du gendarme dans la chaîne des secours

Photo : Régulièrement, gendarmes et agents des Offices nationaux des forêts (ONF) et de la biodiversité (OFB), mènent des opérations coordonnées de contrôle sur les secteurs les plus sensibles aux risques de feux. (Photo: L.Picard / L'Essor)

29 juillet 2026 | Opérationnel

Temps de lecture : 3 minutes

Incendies en Gironde : la place du gendarme dans la chaîne des secours

par | Opérationnel

En Gironde, plus de 1 200 gendarmes agissent aux côtés des sapeurs-pompiers, de l'ONF et des préfectures. Évacuations porte à porte, contrôle des axes, sécurisation des zones sinistrées, enquête judiciaire : voici comment se construit une réponse interservices où chaque maillon compte, et la place très concrète que le militaire y occupe.

Nuit et jour, les gendarme passent de maison en maison. Dans les secteurs menacés du nord du bassin d’Arcachon puis, à mesure que le feu remonte vers l’est et la métropole bordelaise, dans les communes de la rocade, ils frappent aux portes, expliquent la marche à suivre et véhiculent ceux qui n’ont pas de moyen de locomotion. C’est le cœur de leur métier sur ce type de sinistre, à savoir traduire sur le terrain un ordre d’évacuation.

Des décisions d’évacuation préventives issues de la préfecture. La mairie prévient ses habitants en amont, puis gendarmerie, police nationale et polices municipales interviennent conjointement, chaque service se voyant attribuer un secteur. Cette répartition évite les angles morts et les doublons quand il faut vider une commune entière en seulement quelques heures. L’action des militaires est coordonnée depuis un poste de commandement mobile.

L’ampleur du dispositif se calque sur celle du feu. Selon la préfecture, l’incendie a parcouru plusieurs dizaines de milliers d’hectares et provoqué le déplacement de plus de 220 000 personnes en Gironde. Côté Gendarmerie, aux militaires du cru s’ajoutent quatorze escadrons de mobile placés sous trois groupements tactiques, deux hélicoptères, des équipes de drones, des quads, ainsi qu’une embarcation de la brigade de surveillance du littoral et la brigade nautique d’Arcachon, mobilisées pour l’évacuation par voie maritime de la presqu’île du Cap Ferret.

Le drone et la route, deux leviers du quotidien

La nouveauté de cette campagne, c’est que pour la première fois, le drone a servi à diffuser des messages de prévention et à relayer les ordres d’évacuation, en complément du travail au sol. Les mêmes moyens aériens participent ensuite à la surveillance des zones vidées de leurs habitants, un appui précieux quand les effectifs au sol sont happés par les évacuations.

Sur les axes, le rôle du gendarme est tout aussi structurant. Il fluidifie la circulation pour permettre le départ des populations, sécurise la manœuvre logistique des pompiers, dont les engins doivent pouvoir entrer et sortir sans entrave, et interdit l’accès aux zones dangereuses. C’est un point de contact direct avec les soldats du feu : sans axes tenus, pas de rotation possible pour les moyens de lutte.

Vient enfin la sécurisation des secteurs évacués. Maisons vides et commerces fermés attirent les convoitises : les militaires multiplient les patrouilles, vérifient les habitations pour détecter des traces d’effraction, procèdent à des contrôles d’identité et à des fouilles de coffres en cas de présence suspecte en zone interdite. La forte densité sur le terrain rend le passage à l’acte difficile. À Lège-Cap-Ferret puis à Lacanau, deux personnes surprises en train de fumer en zone forestière ont été placées en garde à vue.

De la sécurisation à l’enquête judiciaire

En parallèle des missions de protection, les investigations avancent. En Gironde, l’enquête a été confiée à la brigade de recherches de Lesparre-Médoc, en lien avec l’ONF et le SDIS, pour établir les causes du sinistre et, le cas échéant, interpeller les auteurs. À l’échelle nationale, la Gendarmerie fait état de plus de 140 interpellations depuis le début de l’été, dont celle, mi-juillet, du suspect de l’incendie du cap Fréhel, placé en détention.

Pour remonter à l’origine du feu, les enquêteurs s’appuient sur les cellules de recherche des causes et circonstances des incendies. Leur force tient à leur composition. Un gendarme pour la compétence judiciaire, la préservation de la scène et les prélèvements qu’il est seul habilité à réaliser, un sapeur-pompier qui lit l’orientation et la propagation des flammes selon la météo, un agent de l’ONF qui connaît le massif, les essences et le rôle des vents. Chacun a d’ailleurs été formé aux gestes des autres, les pompiers apprenant par exemple à baliser sans polluer la zone.

La cynotechnie complète ce volet. Les chiens spécialisés dans la recherche de produits accélérateurs d’incendie sont capables de détecter des traces de carburant, essence, pétrole ou white spirit. Ils interviennent après sinistre, mais aussi à des fins judiciaires et dissuasives. Un marquage sur les vêtements d’une personne interpellée près d’un départ de feu peut par exemple orienter l’enquête, au même titre qu’un marquage de stupéfiants.

Une coopération qui se prépare toute l’année

Cette articulation ne s’improvise pas au moment de la crise. Toute l’année, la Gendarmerie mène des patrouilles de prévention autour des campings, des sentiers, des plages et des lacs, parfois en équipes mixtes avec l’ONF ou l’Office français de la biodiversité (OFB), en s’appuyant sur des drones, des VTT, des motos tout terrain et des quads pour progresser rapidement en forêt et repérer les départs avant qu’ils ne s’étendent.

C’est cette habitude de travailler ensemble qui, le jour du feu, permet à la chaîne de tenir. Le gendarme n’éteint pas l’incendie, ce n’est pas son rôle. Mais sans lui, les populations ne sortent pas dans l’ordre, les pompiers ne circulent pas, les zones sinistrées ne sont pas tenues (préservation des pillages et cambriolages en particulier) et l’enquête ne démarre pas.

Un rôle discret tant que les massifs brûlent, mais néanmoins décisif.

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