mardi 13 avril 2021
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L'adjudante-cheffe Chrystelle, gendarme au GSPR dans la cour de l'Elysée, le 5 mars 2020. (M. GUYOT/ESSOR)
L'adjudante-cheffe Chrystelle, gendarme au GSPR dans la cour de l'Elysée, le 5 mars 2020. (M. GUYOT/ESSOR)

Chrystelle, garde du corps du président de la République

Je n’ai jamais douté, c’est un choix d’être là“. L’adjudante-cheffe Chrystelle, 39 ans, participe depuis mai 2017 à la protection d’Emmanuel Macron au sein du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR).

Cette sous-officière du GIGN est l’une des six femmes de cette unité prestigieuse dont les effectifs restent confidentiels. Trois gendarmes et trois policières qui prennent “les mêmes missions que les garçons”.

“Je ne suis pas Wonderwoman”

A la veille de la journée internationale des droits des femmes du 8 mars, Chrystelle assure: “Je ne suis pas Wonderwoman, toutes les femmes peuvent réussir comme moi”. La jeune femme ajoute: “Il faut se dire: pourquoi pas moi?”.

Fille d’un major des troupes de marine, elle a donc beaucoup voyagé au gré des affectations de son marsouin de père, à l’étranger ou outre-mer. Chrystelle étudie dans les lycées militaires d’Autun et de Saint-Cyr-l’Ecole, avant de décrocher une licence d’information et de communication.

Du Psig de Rennes au GSPR

En septembre 2003, elle réussit le concours de sous-officier de la Gendarmerie. En attendant d’intégrer l’école de Châteaulin, elle devient Gendarme adjoint volontaire. La jeune femme sert pendant six mois au peloton de surveillance et d’intervention de Rennes. A sa sortie de l’école, Chrystelle rejoint, en 2005, la brigade de Laragne-Montéglin (Hautes-Alpes), une “région magnifique”.

“A Châteaulin, j’avais croisé un cadre qui avait un frère à l’EPIGN et j’ai donc décidé de rentrer dans cette unité qui venait de s’ouvrir aux femmes”.

Déclarée inapte

Elle passe alors les tests de sélection avec succès. Lors du stage probatoire, elle a deux accidents dont un qui touche une vertèbre cervicale. Elle est alors déclarée inapte. Mais elle ne baisse pas pavillon pour autant. En 2007, le GIGN se réorganise, intégrant le GIGN historique, l’EPIGN et le GSPR.

Lire aussi: La grande transformation du GIGN en 2007

Chrystelle passe alors à nouveau les tests. “14 femmes les ont réussi. 8 ont été sélectionnées pour le stage probatoire de 14 semaines. A la fin de celui-ci, j’étais la seule fille”, raconte-t-elle.

“Une femme qui tombe se relève”

Un stage probatoire où les filles subissent les mêmes épreuves que les garçons. Sauf pour la marche commando où les femmes portent un sac de 5 kg, contre 11 kg pour les hommes. Et pour le grimper de corde, à la force des seul bras pour les garçons, quand les filles peuvent ajouter les jambes.

Elle serre les dents comme ses camarades masculins. “Une femme qui tombe, peut pleurer et se relève”, résume Chrystelle. “N’importe qui peut le faire, il faut se donner les moyens de réussir et avoir le moral pour avancer” ajoute-t-elle. Après le stage probatoire, Chrystelle entame une année de formation et de stages: tir, parachutisme, sports de combat, conduite rapide, secourisme…

Elle intègre ensuite le GIGN à la Force observation recherche (FOR), spécialisée dans la recherche opérationnelle de renseignement à vocation judiciaire ou administrative.

Une sous-officière “déterminée et discrète”

J’ai vu arriver une jeune femme avec de grandes qualités, déterminée et discrète”, témoigne le général Denis Favier qui commandait à l’époque le GIGN. Il ajoute: “Elle a su se faire sa place“.

A la FOR, elle accomplit de nombreuses missions dans les domaines du grand banditisme et du terrorisme: filatures, photos, poses de
micros sur véhicules et dans des appartements. “La FOR, dit Chrystelle, constitue un couteau suisse à la disposition des sections de recherches”. Elle se qualifie de “chat maigre, car ce n’est pas uniquement le physique qui permet de faire la mission”.

Au GSPR, femmes et hommes occupent les mêmes postes

“En mars 2017, j’ai postulé à un appel à volontaires pour
le GSPR et j’y suis affectée”
. Au GSPR, explique-t-elle, femmes et hommes occupent les mêmes postes, selon les missions: conducteur du véhicule de sécurité qui suit celui du président, évacuateur de celui-ci en cas d’urgence,
précurseur. “La protection du Président consiste à former une bulle de sécurité autour de lui” .

Lire aussi: La réorganisation de la sécurité de l’Elysée est officielle

A son arrivée au GSPR, pendant les six premiers mois, Chrystelle fait douze
déplacements à l’étranger. Un seul en 2020, pour cause de Covid-19. “C’est un métier prenant, mais passionnant et très enrichissant car on rencontre des gens du monde entier notamment pendant les missions de préparation et les déplacements”.

Peu de disponibilité pour la famille ou les amis des membres du GSPR

Mais on reste quand même peu disponible pour la famille, le conjoint ou les amis, relève-t-elle . En ajoutant: “Mais j’ai un compagnon, ancien de l’EPIGN, qui connaît les contraintes du métier”.

Interrogée sur les risques de son métier, elle assure qu’elle n’hésiterait pas à se mettre devant le Président pour le protéger d’un tir. “Au GSPR, la question ne se pose pas, nous sommes entraînés pour cela !”.

Mais elle relativise aussitôt le danger, confiante dans les bulles de sécurité créées par le GSPR. Surtout, précise-t-elle, “chaque gendarme ou chaque policier sait qu’il peut mettre sa vie en danger, pour tout citoyen comme pour le Président. C’est dans l’ADN du métier”. Elle rappelle que ses collègues qui n’appartiennent pas aux unités spécialisées “prennent beaucoup plus de risques que nous et sont donc plus méritants”. 

Pierre-Marie Giraud (avec Matthieu Guyot)

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