Les Maisons de Protection des familles (MPF) ont remplacé les anciennes Brigades de prévention de la délinquance juvénile (BPDJ) et élargi leur périmètre d’action. Elles constituent aujourd’hui un maillon essentiel de la Gendarmerie pour l’accompagnement des victimes les plus fragiles.
« Avec les BPDJ, c’était exclusivement les mineurs. Avec les MPF, on est passé au spectre famille, qui comprend donc les personnes en situation de handicap, les seniors, le public vulnérable et les victimes de violences intrafamiliales », énumère l’adjudante Julie Hamdani, de la Maison de Protection des familles d’Arras. L’activité se répartit équitablement : « C’est 50 % judiciaire, 50 % prévention », détaille l’adjudante-cheffe Aurélie Demoncheaux, qui commande la MPF de Valenciennes. Le volet judiciaire comprend principalement les auditions de mineurs victimes d’infractions à caractère sexuel ou de violences intrafamiliales. Le volet prévention couvre des interventions auprès de publics variés. Au cœur du travail des MPF se trouve le protocole NICHD (National Institute of Child Health and Human Development), venu du Canada. « Le principe, c’est de me poser que des questions ouvertes, pour éviter toute suggestivité de l’enfant, précise l’adjudante Julie Hamdani. On ne va pas lui dire “Est-ce que ta maîtresse est méchante ?”, mais plutôt “Parle-moi de ta maîtresse”. »
Le protocole NICHD
Le protocole se structure en quatre phases : accueil, phase prédéclarative, phase déclarative, et conclusion. La transparence est totale dès le départ, pour établir une relation de confiance avec la victme. « On lui montre le local technique, on lui montre la caméra, on lui montre tout. C’est pour lui dire : moi, je te dis tout, donc toi, tu me dis tout », ajoute l’adjudante-cheffe Demoncheaux.
Quatre règles sont énoncées à l’enfant : il peut dire qu’il ne sait pas; qu’il ne comprend pas; il peut corriger l’enquêteur s’il se trompe ; et il doit dire la vérité. Avant d’aborder les faits, l’enquêteur entraîne l’enfant à détailler son récit en évoquant un sujet anodin. « On les entraîne à segmenter chaque partie, à leur faire comprendre que chaque détail, pour nous, est hyperimportant. Et quand on arrive aux faits, c’est logique pour eux de tout segmenter », explique Julie Hamdani.
Pour les violences répétées, les enquêteurs se concentrent sur le premier et le dernier événement. « Travailler sur l’effet de primauté, l’effet de récence. » Cette technique permet de recueillir des détails que l’enfant ne pourrait inventer.
Une formation pointue et des actions « hors les murs »
Les gendarmes suivent une formation en trois niveaux : sensibilisation de trois jours;formation de quinze jours à Rosny-sous-Bois; puis une formation d’expertise pour certains, permettant d’assurer les sessions de sensibilisation. « On entend des victimes de 2 ans et demi, 3 ans, jusqu’à 18 ans, ainsi que les personnes majeures en situation de handicap », énumère l’adjudante Hamdani. L’autre moitié de l’activité des MPF se déploie hors les murs. Elles interviennent dans les établissements scolaires, les Instituts médico-éducatifs (IME), les Etablissements ou services d’aide par le travail (Esat), ainsi que les mairies ou les entreprises.
Dans le Nord, les gendarmes ont ainsi sensibilisé près de 19 000 jeunes à diverses thématiques, tandis qu’ils étaient environ 10.000 dans le Pas-de-Calais. Les dangers d’Internet occupent une place croissante, avec des constats alarmants sur l’absence de contrôle parental des smartphones, tablettes et ordinateurs, ainsi que les jeux vidéo violents pratiqués dès le plus jeune âge. Ces interventions débouchent régulièrement sur des révélations. « A l’issue des sessions de prévention, ils viennent souvent nous voir, parfois pour des faits à caractère sexuel. »
Structuration globale face aux violences intrafamiliales
Parallèlement aux MPF, des groupes spécialisés dans les violences intrafamiliales ont été créés au sein des compagnies. Dans le Pas-de-Calais, cette structuration remonte à 2020, à l’initiative du commandant de groupement, le général Frantz Tavart. Chaque compagnie dispose désormais d’un groupe de quatre à six gendarmes dédiés à ces enquêtes. « Ces groupes fonctionnent très bien. Les délais de procédure sont très courts, et les gens sont au courant de la thématique. Ils savent identifier s’il y a un danger pressant », précise l’adjudante Demoncheaux. « Les victimes sont mieux reçues, mieux accueillies. On les écoute, on les comprend. » L’affectation en MPF relève du volontariat. Pour l’adjudante-cheffe Vanessa Delmaet, commandant la MPF d’Arras, « c’est nous qui demandons à rentrer. On est tous volontaires et convaincus ». Un engagement qui se traduit parfois par des liens durables avec les victimes accompagnées. Un an après l’avoir entendue en audition, l’adjudante Hamdani a eu le plaisir de recevoir un texto d’une jeune fille qui voulait lui dire qu’elle avait réussi son baccalauréat.
M.G.
Article initialement publié dans le numéro 610 de l’Essor de la Gendarmerie.
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