<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Des gendarmes en première ligne contre les incendies et feux de végétation

Photo : Face aux risques de départs de feux, les gendarmes –comme ici, ceux de Lançon-Provence (Bouches-du-Rhône)– se mobilisent désormais tout au long de l'année pour lutter contre les incendies de forêts et de végétation. (Photo: L.Picard / L'Essor)

3 juillet 2026 | Opérationnel

Temps de lecture : 6 minutes

Des gendarmes en première ligne contre les incendies et feux de végétation

par | Opérationnel

[REPORTAGE] Avant même le début des incendies de forêt, début juillet dans les Bouches-du-Rhône, les gendarmes ont peaufiné leur dispositif de prévention des feux en liaison avec l’Office national des forêts et l’Office français de la biodiversité. Reportage, début juillet 2025, avec des militaires de la BTA de Lançon-Provence.

Alors que le sud de la France, notamment les Bouches-du-Rhône, l’Aude et le Gard, est actuellement touché par d’importants feux de forêts et de végétation, nous vous proposons de lire ou relire notre reportage effectué il y a tout juste un an, avec les gendarmes de Lançon-Provence en mission de prévention des risques d’incendies. Ce reportage avait été publié dans le n°604 de L’Essor de la Gendarmerie.


Nous sommes début juillet 2025. La France connaît déjà sa deuxième période de canicule depuis le début de l’été. Une situation qui s’accompagne de risques accrus, tant pour la santé humaine que pour la faune et la flore, menacées notamment par le risque de feux de forêts et de végétation. Plusieurs départements du sud de la France ont d’ailleurs déjà souffert de ces phénomènes destructeurs au cours des semaines passées. Il faut dire qu’à peine sortie du printemps, la nature avait déjà perdu une partie de sa verdure. Partout, les herbes sont sèches, jaunies par le soleil et les fortes chaleurs. La moindre étincelle peut entraîner un drame.

Surveillance coordonnée contre les risques de feux

De nombreux massifs sont interdits d’accès pour limiter les risques. Les gendarmes patrouillent dans les secteurs sensibles et mènent des opérations de contrôle coordonnées avec les autres services locaux (Offices nationaux de la forêt (ONF) et de la biodiversité (OFB), police rurale, bénévoles des comités communaux contre les feux de forêts…).

Régulièrement, gendarmes et agents des Offices nationaux des forêts (ONF) et de la biodiversité (OFB), mènent des opérations coordonnées de contrôle sur les secteurs les plus sensibles aux risques de feux. (Photo: L.Picard / L'Essor)

Régulièrement, gendarmes et agents des Offices nationaux des forêts (ONF) et de la biodiversité (OFB), mènent des opérations coordonnées de contrôle sur les secteurs les plus sensibles aux risques de feux. (Photo: L.Picard / L’Essor)

Le 4 juillet, à l’occasion du premier weekend de chassé-croisé des vacanciers, des militaires de la Brigade territoriale autonome (BTA) de Lançon-Provence participent à une opération coordonnée dans le secteur de La Barben. Rattachée à la compagnie de Salon-de-Provence, l’unité est la plus importante du secteur. Avec un effectif théorique de 27 militaires (24 actuellement, avec deux arrivées prévues après l’été), elle rayonne sur six communes et 30.000 habitants. Parmi ses nombreuses activités, la problématique du risque d’incendie d’espaces naturels est dans l’esprit de chaque militaire. Elle fait d’ailleurs partie du quotidien de ces gendarmes qui restent attentifs aux comportements à risque durant chaque patrouille. Depuis le début de la saison, ils sont déjà intervenus sur deux feux importants, à Lançon et à Miramas.

Le facteur humain

Le massif de La Barben compte une multitude de pistes et de chemins. Un terrain idéal pour les promeneurs, randonneurs, VTTistes et pilotes de moto-cross et de quad. Ce sont d’ailleurs ces derniers qui sont particulièrement surveillés. De fait, le simple passage d’une source de chaleur sur la végétation sèche ou un simple frottement sur une pierre peuvent suffire à déclencher un feu.

D’autres risques liés à l’activité humaine sont redoutés. Comme le rappelle le ministère de l’Ecologie, neuf feux sur dix sont d’origine humaine. Au sommet de la chaîne de risques, on retrouve le mégot de cigarette. Un fléau responsable chaque année de nombreux incendies, qui démarrent fréquemment sur le bord des routes, où des automobilistes peu consciencieux jettent leur mégot encore incandescent…

Accompagné par son adjoint et deux de ses hommes, le lieutenant Benoît Cottereau patrouille aux abords du massif. Le site est justement longé par l’autoroute A7, l’une des plus fréquentée de France. Pourtant, ça n’est pas le bruit des voitures et autres camions que l’on entend, mais plutôt le chant des cigales, si typique du Sud du pays. Sa puissance couvre les autres bruits environnants.

Accompagné d'un policier rural des collectivités locales, les gendarmes de Lançon-Provence et agents de l'ONF contrôlent les engins agricoles qui travaillent en cette saison particulièrement sensible des moissons. Avec la végétation sèche et les conditions défavorables, la moindre étincelle peut déclencher un incendie. (Photo: Gendarmerie)

Accompagné d’un policier rural des collectivités locales, les gendarmes de Lançon-Provence et agents de l’ONF contrôlent les engins agricoles qui travaillent en cette saison particulièrement sensible des moissons. Avec la végétation sèche et les conditions défavorables, la moindre étincelle peut déclencher un incendie. (Photo: Gendarmerie)

Avec deux agents d’une patrouille de Défense des forêts contre l’incendie (DFCI) de l’Office national des forêts (ONF), les gendarmes vont à la rencontre d’un agriculteur. À bord de sa moissonneuse-batteuse, l’homme travaille sur un champ de blé jouxtant le «vallon des Apothicaires» de La Barben. «Nous vérifions qu’il dispose bien du matériel nécessaire pour intervenir en cas de départ de feu», explique Gilles Dumas, le chef de la patrouille de DFCI. «Notamment les extincteurs.» L’imposant engin que pilote le céréalier est particulièrement générateur d’incendies. La chaleur des moteurs peut suffire à embraser des herbes sèches. Mais le risque principal vient d’ailleurs. En effet, les barres de coupe frôlent le sol. Elles peuvent alors heurter des pierres, comme des silex, au sol et créer des étincelles. Avec la paille sèche, l’effet est immédiat.

On dénombre plusieurs dizaines de feu de ce type chaque été. Raison pour laquelle des arrêtés préfectoraux imposent aux agriculteurs –désormais dans la majorité des départements– de disposer d’extincteurs à bord de leur moissonneuse ou de leur tracteur. Les enjeux sont importants: outre les récoltes qui peuvent partir en fumée, les incendies peuvent se propager aux massifs environnants ou à des habitations.

Un peu plus tard, le garde champêtre de la commune, qui accompagne ce jour les militaires, aperçoit des randonneurs rassemblés sur un parking. Les agents se portent à leur niveau. De fait, placé en alerte rouge, le massif de La Barben est totalement interdit d’accès. Coup de chance, le groupe est composé de marcheurs locaux qui connaissent parfaitement la réglementation. Ils ont profité de la relative fraîcheur matinale pour faire leur parcours, et ne se sont pas aventurés dans les espaces à risques. «On préfère voir notre nature belle comme elle est, plutôt qu’un tas de cendres», lance Patrick, un retraité jovial.

Cocktail explosif

Bien qu’il ne soit pas encore 10 heures, la température avoisine déjà les 30°C. Ce seuil est l’un des ingrédients du cocktail explosif pour les risques de feux. Un seuil d’alerte surnommé par les pompiers «la règle des trois 30»: température de 30°C ou plus, taux d’humidité inférieur à 30% et vent supérieur à 30 km/h. La situation est fréquente dans le sud de la France. Mais l’ensemble de l’Hexagone est désormais concerné. (lire encadré ci-dessous)

Militaires et agents se rendent ensuite dans un site touristique du secteur. En pleine préparation de son ouverture, il dispose de deux parkings, dont l’un à proximité immédiate d’une zone boisée. Il est normalement réservé au personnel, et seuls les véhicules identifiés et porteurs d’un macaron peuvent y stationner. Toutefois, après un rapide contrôle, il s’avère que certains véhicules n’en disposent pas. En lien avec la direction du parc, les gendarmes procèdent à l’identification de leurs propriétaires. Ceux qui n’appartiennent pas à des employés ou des prestataires risquent une verbalisation et une mise en fourrière. «Au regard des risques d’incendie, l’accès au parking est restreint», indique pourtant un arrêté accroché à une barrière censée bloquer l’entrée du parking.

Ce premier passage de l’été est préventif. L’objectif n’est pas de matraquer les usagers. Mais les agents avertissent qu’à leur prochain passage, si des véhicules non identifiés/autorisés sont toujours présents, ils seront verbalisés.

Les sites situés à proximité de secteurs boisés font l'objet d'une attention particulière face aux risques de feux. (Photo: L.Picard/L'Essor)

Les sites situés à proximité de secteurs boisés font l’objet d’une attention particulière face aux risques de feux. (Photo: L.Picard/L’Essor)

Vers une nouvelle année record pour les feux d’espaces naturels ?

Nous ne sommes qu’au début de l’été. Mais déjà, d’après le système européen d’information sur les feux de forêts (EFFIS), l’année 2025 enregistre davantage d’incendies par rapport à la moyenne des vingt dernières années, avec près de 20.000 hectares brûlés en France et plus de 220 départs de feu. On est encore loin de l’année 2022, qui détient le record avec plus de 66.000 hectares de végétation détruits. Mais le risque est désormais présent chaque année, même hors de la saison estivale, puisque d’importants feux sont signalés dès la fin de l’hiver.

L’opération se termine et chacun reprend le fil de sa journée. Les militaires et les agents vont se recroiser. La vigilance reste de mise face à un risque bien réel. Pour preuve, 24 heures après notre reportage, plusieurs incendies importants ont été signalés dans les Bouches-du-Rhône, l’Hérault, l’Aude, le Var ou encore plus haut sur la carte, dans la Vienne. En l’espace d’une journée et malgré l’intervention de centaines de pompiers, des moyens aériens de la Sécurité civile, avec des Canadair et des Dash, plusieurs centaines d’hectares de végétation ont été détruits.


De nouveaux territoires menacés

Au fil des années, le risque de feux de forêts et de végétation s’étend vers le nord en France métropolitaine. Une problématique nouvelle pour des secteurs autrefois épargnés. Exemple dans le Tarn-et-Garonne. Le département n’était pas, jusqu’à récemment, un territoire particulièrement concerné par le risque de feux. Mais la situation est en train de changer.

Le colonel Marc de Remond de Chélas, commandant le groupement de gendarmerie, l’a bien compris. Il évoque une montée en puissance des dispositifs. Après deux incendies importants l’an passé, ses gendarmes ont intégré la surveillance des espaces naturels dans le cadre du service courant des patrouilles. Plusieurs fois par an, des opérations et patrouilles communes sont également organisées en lien avec l’Office national des forêts (ONF) et l’Office français de la biodiversité (OFB).

D’autres régions moins propices sont aussi touchées par ces feux. C’est le cas des Landes, du Poitou, du Grand- Est, et même de la Bretagne.

Lire aussi : Cet article est extrait du numéro 604 de votre magazine L’Essor de la Gendarmerie, paru en septembre 2025, dont la thématique portait sur l’engagement des gendarmes au profit de la protection de l’environnement

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