jeudi 24 septembre 2020
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Quand deux résistants racontent le maquis à des collégiens parisiens

Deux anciens résistants ont raconté – souvent crûment – leurs maquis à des collégiens parisiens à l’issue de la projection lundi du film « Nos patriotes » (sortie en  salles mercredi).

Réalisé par Gabriel Le Bomin, ce film reprend très fidèlement l’histoire vraie d’Addi Bâ, tirailleur sénégalais, fusillé en 1943 après avoir rejoint un maquis dans les Vosges. Soixante ans plus tard, il fut décoré à titre posthume de la Médaille de la Résistance.

Après la défaite l’été 1940, Addi Bâ s’évade et se cache dans les Vosges, relate « Nos patriotes ». Aidé par des villageois, il obtient de faux papiers qui lui permettent de vivre au grand jour. Repéré par ceux qui cherchent à agir contre l’occupant mais qui ne se nomment pas encore “résistants“, Addi Bâ participe à la fondation du premier maquis de la région.

Le film raconte avec beaucoup de justesse les difficultés de ce maquis vosgien surnommé « Délivrance » : ravitaillement erratique, froid et neige, manque d’armes, discipline, relations avec la population, trahisons. Il met également en valeur le rôle essentiel des femmes dans le fonctionnement des réseaux de résistance.

Devant une soixantaine d’élèves de 4ème Gustave Flaubert (XIIIe), Yves Meyer, 93 ans, engagé dans la Résistance à l’âge de 17 ans, arrêté à trois reprises, torturé puis et déporté à Dachau, a jugé le «  film était très bon ». « J’ai eu l’impression de revivre cette période », a avoué Yves Meyer qui a participé à deux maquis, le premier en Savoie en 1943 et le second en Normandie en 1944.

Paul Burlet, 92 ans, a jugé ce film « tout à fait valable ». Elève au collège de La Côte Saint André (Isère), il avait créé, avec d’autres camarades le 11 novembre 1942, le SOG (Service d’ordre de Gaulle/Giraud) marquer leur opposition à Vichy et au SOL (Service d’ordre de la Légion), creuset de la Milice.

« J’ai entendu l’Appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle et j’étais foncièrement antiallemand. On voulait faire quelque chose mais on ne savait pas quoi ! », a expliqué Yves Meyer qui a commencé à résister en glissant des tracts dans les boîtes aux lettres, puis en manifestant dans les salles de cinéma passant des films de la propagande allemande avant de « faire sauter des trains et des écluses ».

Pour Paul Burlet, un des derniers  survivants du bataillon des Chambarans, un maquis au pied du Vercors à l’été 1944 , « les 500.000 résistants actifs ont pu vivre parce qu’il y avait des dizaines de milliers de femmes qui nous aidaient ».

Interrogé par un collégien sur la torture infligée par les Allemands ou des miliciens, Yves Meyer a répondu : « On en se prépare pas à la torture ! » Il a subi le supplice de la baignoire (la tête immergée dans une baignoire pendant plusieurs minutes) : « J’étais bon nageur et je savais prendre ma respiration. L’essentiel était de ne pas parler ».
« Je n’avais pas la peur de mourir mais la peur  d’être arrêté car, comme résistants, nous ne relevions pas des lois de la guerre ».

Les deux anciens résistants ont aussi reconnu qu’ils avaient du exécuter des « collaborateurs ou des traitres». Dans un maquis, « nous avons exécuté après jugement un homme qui nous avait trahis», a raconté Paul Burlet. Il a rappelé que tout un réseau en Normandie avait été démantelé en Normandie et que 25 résistants avaient été déportés, dont huit avaient été ensuite guillotinés à Munich.

« Le film Nos patriotes va vous aider vous collégiens, plus de 70 ans plus tard, à garder la mémoire de cette période », a conclu Paul Burlet.

Les deux hommes sont tous deux décorés de la Médaille de la Résistance, gérée par la chancellerie de l’Ordre de la Libération qui avait organisé la projection de « Nos patriotes » pour les collégiens parisiens. Paul Burlet est membre de la commission nationale des Médaillés de la Résistance.

Yves Meyer est commandeur de la Légion d’honneur. Paul Burlet est officier de la Légion d’honneur.

Pierre-Marie GIRAUD

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