<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Municipales 2026 : les propositions des groupes politiques en matière de sécurité

Photo : Plus de 49 millions d'électeurs sont appelés aux urnes à l'occasion des élections municipales et communautaires, les 15 et 22 mars 2026. (Photo d'illustration: Rama/WikimediaCommons)

11 mars 2026 | Société

Temps de lecture : 7 minutes

Municipales 2026 : les propositions des groupes politiques en matière de sécurité

par | Société

À l'approche des élections municipales 2026, dont le premier tour se tient dimanche 15 mars, L'Essor a interrogé les groupes politiques sur leur programme concernant la sécurité.

Vidéoprotection, police municipale, lutte contre les incivilités… À l’approche des élections municipales et communautaires 2026, la sécurité du quotidien est une des priorités des électeurs. Pour nourrir le débat, L’Essor a ouvert ses colonnes à l’ensemble des groupes politiques de l’Assemblée nationale.

Objectif: les inviter à présenter leur vision globale ou à mettre en lumière les axes qu’ils jugent prioritaires en matière de sécurité. Tous, ou presque*, ont répondu à l’appel. Ces contributions révèlent ainsi des philosophies parfois radicalement opposées sur le rôle des maires et les moyens à déployer. Un tour d’horizon indispensable pour décrypter les enjeux sécuritaires qui se joueront dans les urnes.

Les partis sont classés, en fonction de leur nombre de députés à l’Assemblée nationale, par ordre décroissant.

Rassemblement national

« Nous proposons des mesures très concrètes pour que les polices municipales deviennent un appui réel de la Gendarmerie sur l’ensemble du territoire national. Dans de nombreux territoires ruraux et périurbains, des gendarmes assurent une multitude de missions du quotidien que les polices municipales pourraient compléter.

Différends de voisinage, tapages, incivilités, infractions relevant des Amendes forfaitaires délictuelles (AFD) comme la consommation de stupéfiants ou l’occupation des halls d’immeuble, lutte contre l’insécurité routière : la police municipale constitue un atout précieux, et nos mesures permettraient aux gendarmes de se recentrer sur l’essentiel.

Notre stratégie est claire : à terme, toutes les communes de plus de 10.000 habitants doivent pouvoir disposer d’une police municipale armée, formée et équipée. Nous soutenons le déploiement d’une vidéoprotection moderne, y compris appuyée par l’Intelligence artificielle, et une convention cadre facilitant l’accès et l’extraction des images par la Gendarmerie.

Le RN défend des compétences élargies : recours aux AFD, contrôles d’identité sous réquisition du procureur, accès encadré aux fichiers des véhicules volés et au TAJ (traitement des antécédents judiciaires), procédures simplifiées transmises aux brigades. Le tout dans le respect de la libre administration des maires, autorités légitimes des polices municipales.

C’est une organisation pragmatique: chacun son rôle, une même chaîne de sécurité, plus de présence visible pour mieux protéger les Français. »

La France insoumise

« La sécurité dans les communes ne se résume ni à la répression, ni à la surveillance généralisée. Les politiques sécuritaires menées depuis des années ont échoué. Elles creusent les inégalités, alimentent les discriminations et fragilisent les libertés publiques, sans réduire durablement l’insécurité. La commune conserve pourtant un rôle central en matière de prévention. Elle doit agir sur les causes sociales de l’insécurité.

Parce que la police relève de missions régaliennes, nous proposons dans notre programme national de gouvernement la renationalisation des polices municipales. Le cadre communal n’est pas adapté à la réponse à la délinquance : il expose l’action policière à des logiques locales, à des rapports de pouvoir de proximité et à des inégalités de traitement selon les territoires. La renationalisation permettrait au contraire de déployer partout une doctrine de police de proximité cohérente, fondée sur l’égalité de traitement, le respect des droits et la fin des concurrences entre communes. Cette police nationale de proximité serait sous l’autorité du maire et du préfet.

En attendant, le maire doit être reconnu comme une autorité politique légitime pour organiser le débat démocratique sur les priorités locales de sécurité. Les Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) doivent être sanctuarisés, dotés de moyens, et élargis en organisant des réunions plénières avec les habitant(e)s pour rendre des comptes et collecter les besoins. La doctrine de la police de proximité doit être ré-expérimentée à cette occasion. Et la Gendarmerie est une source d’inspiration dans ce domaine. »

Groupe socialistes et apparentés

« Nous avons toujours fait de la sécurité une priorité de l’action publique et l’avons portée dans un double souci: garantir la sécurité de nos concitoyens tout en protégeant les libertés publiques. Nos propositions portent sur cinq axes :

  • Le triptyque « Sécurité-prévention-justice »
  • Une police municipale de proximité
  • L’humain plutôt que le tout-technologique
  • La lutte contre les incivilités et les violences de genre
  • La santé mentale et les addictions.

Nous avons une vision à 360° des politiques publiques, dont celle de la sécurité pour laquelle une meilleure coordination des services est un enjeu fondamental. Nous défendons la réforme des Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), pour donner un rôle central aux maires, qui sont les mieux placés pour définir les priorités.

Acteurs historiques de la décentralisation, nous prônons une police municipale de proximité, tout en continuant d’ancrer nos gendarmes dans les territoires ruraux et périurbains.

Nous faisons primer l’humain, et sommes donc attentifs à l’encadrement juridique des nouvelles technologies. C’est pourquoi nous priorisons l’augmentation des effectifs de policiers municipaux plutôt que le tout « techno-solutionnisme ».

La lutte contre les incivilités, les violences de genre et les addictions ne peut se limiter à une approche répressive, et passe donc par des politiques de santé publique sur ces sujets et le soutien aux associations spécialisées. »

La Droite républicaine

« Dans les transports, au pied des immeubles ou dans les centres-villes où le narcotrafic prospère, les maires et les élus locaux sont en première ligne face à la montée des violences. Nous assumons une ligne claire : redonner de l’autorité à l’État en s’appuyant sur les territoires, sans naïveté ni angélisme.

Tolérance zéro face aux délinquants. Cela passe par des peines réellement exécutées, le retour des peines planchers et une justice qui sanctionne au lieu d’excuser. Nous voulons remettre à plat la justice des mineurs pour rétablir une responsabilité claire dès le premier acte. Le principe du « casseur-payeur » doit s’appliquer pleinement, avec la suspension des aides sociales aux délinquants et aux parents de mineurs récidivistes.

Fermeté face à l’immigration illégale. Cela signifie des OQTF effectivement appliquées, le rétablissement du délit de séjour irrégulier, et l’allongement de la rétention des étrangers dangereux sous OQTF à 210 jours.

Protection effective des forces de l’ordre. Nous soutenons le renforcement des polices municipales : extension des prérogatives, armement, vidéoprotection, accès aux fichiers, coopération renforcée avec la Police et la Gendarmerie.

Nous avons aussi obtenu des avancées concrètes contre le narcotrafic : nouveaux moyens d’enquête, parquet spécialisé, lutte renforcée contre le blanchiment, résiliation de bail pour les trafiquants, interdiction de paraître. Dans les transports: pouvoirs élargis pour les agents de sûreté, possibilité d’intervenir sur la voie publique, caméras-piétons pérennisées. »

Groupe écologiste et social

« Alors que la demande de sécurité traverse l’ensemble de la société et que les politiques menées depuis une trentaine d’années par les gouvernements successifs n’ont pas conduit à une amélioration substantielle de la situation, l’une des mesures proposées par les écologistes en matière de renforcement de la sécurité consiste à compléter la police d’investigation et la police d’intervention par la mise en place d’une police de prévention, centrée sur la proximité et la sécurité du quotidien.

Cette nouvelle force de police reposerait sur trois principes :

  • une territorialisation fine de son action (c’est-à-dire une implantation durable des agents dans un même secteur, permettant de tisser une relation de confiance avec les habitants et d’obtenir ce faisant des renseignements précieux de leur part),
  • une autonomie des agents dans leur action,
  • et une adaptation de l’action de ces agents aux attentes et aux demandes des citoyens et acteurs locaux, impliquant une polyvalence des agents.

Si la Gendarmerie nationale a commencé à développer avec succès ces principes sur sa zone de compétence, il s’agit de les y renforcer et de les mettre en place en zone Police, en déployant les moyens humains, matériels et financiers – conséquents mais essentiels – nécessaires à sa réussite. »

Groupe démocrate, MoDem et indépendants

« La sécurité du quotidien repose sur la présence visible des forces de l’ordre et leur capacité à intervenir vite. Pour protéger les habitants, prévenir les violences et incivilités et répondre aux nouvelles menaces – rodéos urbains, arnaques et attaques en ligne… –, il faut avant tout des moyens humains et l’application effective des règles, davantage que de nouvelles lois.

Depuis 2017, les députés Démocrates ont accompagné les renforcements de ces moyens et veillé à ce que les budgets, chaque année, respectent les trajectoires fixées par les lois de programmation, pour la Gendarmerie comme pour la Police.

Comme les Français, nous sommes fiers et attachés à notre Gendarmerie. Sur 96% du territoire, les gendarmes sont en effet au cœur du dispositif de sécurité : il faut poursuivre la montée en puissance des brigades et de la réserve. Cela suppose des conditions matérielles à la hauteur (locaux, véhicules) et des outils adaptés — vidéoprotection, caméras-piétons et embarquées, drones si nécessaire. Cela nécessite aussi de protéger ceux qui nous protègent.

L’efficacité repose enfin sur une coordination plus fluide entre Gendarmerie, Police nationale et polices municipales : partage du renseignement de proximité, procédures claires et interventions mieux articulées. Sur une Justice qui puisse agir plus rapidement. Sur un dialogue consolidé avec le réseau des élus locaux. C’est cette chaîne de solidarité et de responsabilités partagées qui est le gage de la sécurité de nos concitoyens. »

Groupe Horizons et indépendants

« Chaque jour, 1.000 Français sont victimes d’agression et 1.500 d’un acte de vandalisme. Cette délinquance du quotidien, ce sont les maires qui doivent l’affronter et y apporter des réponses.

  • Associer pleinement les maires dans le continuum de la sécurité. Il faut changer de logiciel : les maires connaissent les zones à problème, les personnes et familles à problème, la nature des trafics. Ils ont les moyens de coordonner des mesures d’accompagnement social, éducatif, en parallèle d’actions de terrain, en tant que responsables de la police municipale.
  • Améliorer la coordination de la PN-GN et de la PM. Actuellement, rien ne les oblige à collaborer avec efficience. On doit là aussi créer un cadre de partenariat sur la coordination des actions, la mutualisation de moyens, l’affichage clair de la répartition des missions pour éviter les chevauchements. Mutualiser les centres de supervision urbaine, soutenir l’unité de lieu et expérimenter le centre de commandement commun, c’est opportun.
  • Renforcer les partenariats avec les forces de sécurité dédiées, notamment celles des transports publics ou des ensembles sociaux, et avec les sociétés privées de gardiennage. Nous souhaitons expérimenter le CSU « Inter-bailleurs sociaux » dans les halls d’immeubles.
  • Adopter les solutions de l’IA. Le système de vidéoprotection a fait un bond technologique en quelques mois. La législation doit suivre. »

Libertés, indépendants, outre-mer & territoires

« Groupe d’opposition et de propositions, LIOT (Libertés, Indépendants, Outre-mer, Territoires) est le seul groupe parlementaire qui n’est pas l’émanation d’un parti politique, mais qui rassemble des députés indépendants très attachés à leurs territoires. Deux députés du groupe seront candidats aux municipales: H. Huwart dans une commune rurale, et O. Serva en Guadeloupe. Leur programme en matière de sécurité sera ancré sur les spécificités de leurs communes.

Notre groupe salue l’engagement des policiers et des gendarmes qui, chaque jour, contribuent à la sécurité de nos citoyens et de l’espace public. Un engagement crucial pour renforcer la lutte contre la criminalité organisée et garantir une sécurité de proximité.

Face aux constats dressés par le rapport sur la réforme de la police judiciaire, notre groupe réitère les inquiétudes qu’il avait formulées. Notamment le manque d’enquêteurs, qui remet en cause l’efficacité de notre filière d’investigation et son attractivité.

Notre groupe appelle également à un sursaut face à l’état de notre Gendarmerie nationale, et regrette que nos gendarmes soient moins nombreux qu’il y a quinze ans. Nous avons alerté sur le « sur-engagement » des escadrons de gendarmerie mobile, mobilisés au-delà du seuil de soutenabilité, en particulier en outre-mer. Notre groupe dénonce aussi la dégradation des casernes, ainsi que des problèmes d’équipements (vétusté de la flotte automobile) qui sont de nature à enrayer l’action de la Gendarmerie. »


* Malgré de nombreuses relances, les groupes Ensemble pour la République, Gauche Démocrate et Républicaine et Union des droites pour la République ne nous ont pas répondu.


Municipales 2026 : un choix pour les six prochaines années

En fonction du nombre de listes candidates et des suffrages exprimés, les élections municipales et communautaires se déroulent en un ou deux tours. Ils auront lieu les 15 et 22 mars 2026.

Ces scrutins permettent aux électeurs d’élire leurs conseillers municipaux et communautaires. Ces derniers sont alors élus pour un mandat de six ans renouvelable.

Selon les dernières statistiques publiques, 49,34 millions de personnes sont inscrites sur les listes électorales.

Lire aussi : La coordination avec la Gendarmerie et la Police au cœur des concertations du Beauvau des polices municipales

La question du mois

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