jeudi 1 octobre 2020
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Photo d’illustration (MG/L'ESSOR).

Devine qui vient compter … les manifestants !

Le grand écart. 10.000 manifestants selon la police,  60.000 selon les organisateurs. Depuis des lustres, la controverse sur le nombre des participants aux manifestations perdure. Et police et organisateurs sont bien souvent renvoyés dos à dos. Une situation totalement insatisfaisante pour la presse qui souhaite depuis longtemps sortir de ce traditionnel et stérile face à face.

Mais qui croire ? La police qui minimiserait systématiquement, selon ses détracteurs, l’ampleur des défilés ou des rassemblements ? Les organisateurs qui gonfleraient à chaque fois les rangs du cortège pour mieux appuyer leurs revendications ? Et si la lumière venait d’une société privée, indépendante des autorités,  des partis politiques ou des syndicats ?

Tout commence cet automne 2017. La radio France Inter relance l’idée d’un comptage indépendant des manifestations, qu’il s’agisse de rassemblements ou de défilés. Une vieille idée pourtant restée dans les limbes. Plusieurs médias avaient bien déjà tenté de faire chacun de leur côté leurs propres estimations. Mais la tâche ingrate et fastidieuse mobilisait deux ou trois journalistes pendant plusieurs heures.

Une quinzaine de grands médias français se rapprochent  alors d’Occurrence, une société d’études spécialisée dans le comptage du public : salons professionnels, musées ou grandes surfaces commerciales. Deux réunions sont alors organisées avec le patron de cette entreprise pour qu’il présente sa méthode.

Le 13 octobre, une quinzaine de médias sont représentés (France Inter, France Info, France Culture, RTL, Europe 1, RMC, TF1/LCI, France 2, France 3, BFMTV, Le Monde, Les Echos, Mediapart, Le Parisien, AFP), rejoints ensuite par CNews, Le Figaro et Libération. Un “club” qui est reste bien sûr ouvert à d’autres médias.

Le 23 octobre, quatre jours après une journée de mobilisation contre les ordonnances réformant le code du travail, Occurrence présente le résultats de son comptage du défilé à Paris. 7.379 manifestants, selon le premier chiffre d’Occurrence, chiffre ramené à 6.910 après un recomptage exhaustif à partir d’une capture vidéo. La préfecture de police de Paris donne le chiffre de 5.500,  les syndicats, celui de  25.000.

Jeudi 16 novembre. Dernière manifestation parisienne à l’appel de la CGT contre les ordonnances réformant le code du travail. Un baroud d’honneur après plusieurs manifestations  qui ont vu leurs rangs s’effilocher, défilé après défilé.

Bilan donné en fin de journée : 8.000 manifestants selon la police, 40.000 selon les organisateurs et … 8.250 selon Occurrence. Un chiffre quasiment identique à celui de la police !

La société avait installé deux caméras-capteurs, sur le balcon du troisième étage d’un immeuble surplombant le passage du défilé. Avec un algorithme, une ligne virtuelle a été tracée, permettant de compter automatiquement chaque personne franchissant cette ligne, explique à L’Essor Jocelyn Munoz d’Occurence. Restait à pondérer le total enregistré en prenant en compte deux marges d’erreur : la première estimée à 25 % pour les cortèges denses, la seconde estimée à 3 à 5 %  pour les cortèges plus fluides.

Pour calculer ces marges d’erreur, un opérateur compte un par un sur son écran les manifestants pendant le défilé. A deux reprises pour les séquences “denses” et à deux reprises pour les séquences “fluides”. Le résultat était disponible un quart d’heure après le passage du dernier manifestant.

Pour ce 16 novembre,  les médias du “club” décident de citer pour la première fois le chiffre d’Occurrence, dans des reportages, des encadrés, ou des éditos en précisant qu’ils réfléchissaient à un comptage indépendant.

Cette méthode doit maintenant être définitivement validée par un recomptage manuel de la manifestation du 16 novembre. L’objectif pour les médias est de signer une convention avec Occurrence qui réalisera un comptage lors des grandes manifestations syndicales ou politiques à Paris et éventuellement dans une grande métropole régionale. Le coût estimé est d’une centaine d’euros par média.

Mais ce système est encore perfectible. “L’idéal, selon Jocelyn Munoz, serait de disposer de deux points de contrôle – au lieu d’un seul comme pour le défilé du 16 novembre – situés à deux endroits différents”.

La société Occurence travaille par ailleurs, précise-t-il, à la constitution d’un réseau d’hôtels bien placés sur les axes traditionnels des défilés à Paris (avec des balcons au niveau des 4ème ou 5ème étage) pour installer un ou deux points de contrôle. Car il peut arriver que la Préfecture de police impose au dernier moment un changement d’itinéraire du cortège.

Pierre-Marie Giraud

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