lundi 28 septembre 2020
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Exercice commun du GIGN et du Raid à Beynes (Illustration/MG/L'Essor).

Commandement unique Raid GIGN : tribune libre d’un ancien officier de Gendarmerie

Le lieutenant-colonel (ER) de Gendarmerie Philippe Franceschi, ancien consultant en contre-terrorisme en Afrique,  a souhaité réagir à la proposition du député Jean-Michel Fauvergue (LREM),  ancien directeur du Raid, d’instituer un commandement unique pour les deux grandes unités d’intervention le Raid et le GIGN. Nous publions son point de vue.

Commandement unique Raid GIGN :
les arguments ne résistent pas à l’analyse

Le ministre de l’intérieur s’apprête à décider la création d’un commandement commun Raid/GIGN.

Le député Jean-Michel Fauvergue, ancien chef du Raid, rapporteur pour avis de la commission des lois pour la sécurité a proposé le 12 octobre 2017 devant la dite commission, que soit créé un commandement unique des deux forces nationales que sont le Raid et le GIGN. Le ministre de l’Intérieur a indiqué que cela lui semblait également une bonne solution.

Jean-Michel Fauvergue aurait-il un contentieux à régler avec son ancienne hiérarchie, la DGPN qui l’avait écarté de son poste ? Souhaite-t-il faire échapper le Raid à la hiérarchie policière et le rattacher directement au ministre, en prenant le GIGN en otage, si je puis dire? Je me pose la question à la lecture de ses arguments.

Tout d’abord, il paraît étrange que pour régler une question de compétence “territoriale” entre la BRI de la Préfecture de police de Paris (PP) et le Raid, comme l’ont montré les attentats de 2015, la solution proposée soit celle d’un commandement unique Raid/GIGN….! Jean-Michel Fauvergue évoque d’ailleurs les difficultés relationnelles entre la Police nationale et la toute puissante préfecture de police de Paris. C’est d’autant plus étrange qu’il existe un schéma national d’intervention entre ces deux unités qui a été mis en place depuis avril 2016, qui n’a pas fait défaut et n’a pas fait l’objet d’une évaluation. Or, Jean-Michel Fauvergue a participé à la réalisation de ce schéma d’intervention.

C’est une fausse bonne idée de penser qu’une “composition paritaire Gendarmerie/Police”, terme éminemment policier, puisse faire lieu d’organe de décision compétent. Car enfin, qui a une plus grande compétence que les chefs du GIGN et du Raid au point de se situer au-dessus d’eux et de se substituer à eux pour décider ? La réponse, personne. Je crois au contraire qu’une telle composition ne peut entraîner qu’une lourdeur supplémentaire voire des erreurs de jugement et ne supprimera pas les hésitations…

Le député Fauvergue évoque la soi-disant insuffisance de l’unité de coordination des forces d’intervention (UCOFI), unité mixte Police-Gendarmerie, qui a reçu pour mandat  d’évaluer et de vérifier les capacités des différentes unités avant qu’elles ne soient engagées. Qu’ à cela ne tienne, il est évident qu’il faut associer la plus haute compétence à l’UCOFI et y intégrer les chefs du GIGN et du Raid, il n’y a pas plus compétents.

Un autre argument relève des domaines de compétence de ce commandement commun : “Cette démarche induirait sur le temps moyen une baisse de la dépense d’équipement et une rationalisation des effectifs. Par exemple, Toulouse abrite une antenne du Raid, mais aussi une antenne du GIGN” écrit Jean-Michel Fauvergue.

Dans son esprit, il semblerait  que ce périmètre ne concerne pas seulement la coordination opérationnelle anti-terroriste mais aussi l’organisation, l’implantation, les ressources humaines, donc ce qui touche à l’emploi quotidien des unités d’intervention au profit des unités territoriales et le taux de charge est très élevé. Ce droit de regard et de décision sur l’implantation et la composition des unités serait une ingérence inopportune dans l’organisation et le fonctionnement des structures de la Gendarmerie et de la Police.

Par ailleurs, il est assez piquant de voir l’ancien chef du Raid évoquer l’exemple de Toulouse, lui qui a réussi à imposer au ministre de l’Intérieur de l’époque, la création d’une antenne du Raid à Toulouse alors qu’il existait déjà une antenne du GIGN ! Le ministre avait proposé Montpellier comme implantation pour le Raid afin de ne pas faire doublon à Toulouse, et Mr Fauvergue a obtenu Montpellier et Toulouse ! Je n’ose penser que le député Fauvergue souhaiterait maintenant la disparition de cette antenne du GIGN, à moins qu’il ne se désavoue en demandant la disparition de l’antenne du Raid?

D’autre part, l’argument évoqué de promesse de commandement alterné Police/Gendarmerie est un leurre comme l’ont montré les déboires subis à ce sujet par le Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) dans le quinquennat précédent. Au regard du niveau de la menace, il n’y a pas de place pour les chicayas corporatistes…

Non, la solution préconisée par le député Fauvergue de rajouter une couche au mille-feuille décisionnel n’est pas la bonne. La vraie solution réside dans la volonté du ministre de faire aboutir les évaluations opérationnelles sur les compétences spécifiques des différentes unités, mission confiée à l’ UCOFI et ceci afin d’apporter encore davantage de complémentarité et donc de sécurité aux français. 

Je constate également que dans le même rapport, Jean-Michel Fauvergue persiste dans une seconde proposition selon une même analyse tronquée. Il propose de manière insidieuse et détournée que dans les deux ans, la création d’un service unique de police technique et scientifique (PTS) pour les deux forces de sécurité intérieure, aboutisse à ce que l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie (IRCGN) soit hiérarchiquement rattaché au Service central de Police technique scientifique (SCPTS) créé par la Police nationale le 05 avril 2017, et ceci sans justification opérationnelle ou fonctionnelle.

L’origine du mal relevée par un rapport de la Cour des comptes de février 2017 était la “sédimentationet “la grande complexitédes structures de Police technique et scientifique…. au sein de la Maison policière.

Philippe Franceschi, ancien officier supérieur de Gendarmerie,
consultant contre-terrorisme zone sahélienne, Union Européenne, (2012-2014)

Le parcours de Philippe Franceschi

Franceschi
Philippe Franceschi ( PHOTO DR)
Sorti de l’EOGN de Melun en 1981, diplômé d’état-major, Philippe Franceschi a alterné les postes opérationnels et ceux de conseiller technique.  Il ainsi commandé un peloton de mobile à Bordeaux (33), l’escadron de Bourgoin-Jallieu (38), une compagnie d’instruction à l’école du Mans (72)   et la compagnie de Vesoul (70). Il a aussi été chef du bureau du soutien opérationnel à l’état-major de la région Ile- de- France, adjoint au commandant de groupement des Pyrénées orientales (66) et chef d’état-major de l’école de Montargis (45). Comme conseiller technique, détaché du ministère des affaires étrangères, il a été conseiller technique des Gendarmeries du Niger de 1998 a 1999, du Congo de 2002 a 2004 et du Burkina Faso de 2007 a 2009. Il a quitté l’institution par anticipation en 2010 afin de se consacrer à un projet européen de contre-terrorisme dans la zone sahélienne et a été consultant pour le projet contre-terrorisme Sahel de l’Union européenne, en résidence en Mauritanie de 2012 a 2014.
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3 Commentaires

  1. JL

    Je partage totalement l’avis de Philippe Franceschi. Cette proposition est tout simplement l’arbre qui cache la forêt laquelle est constituée de conflits récurrents entre Préfecture de Police de Paris, RAID et BRI et accessoirement RAID/GIGN. Cette proposition cache également les manquements, les lacunes et/ou les erreurs dont fait, hélas, souvent preuve le RAID en opération. Ce qui est certain est que cette proposition ne vise pas, dans les faits, à améliorer la réactivité et le partage des tâches. En ce qu concerne le partage des responsabilités c’est encore autre chose. Cette proposition semble, sur le fond, vouloir dédouaner cet ex-patron du RAID sur des manquements trop souvent répétés. Les exemples, hélas, ne manquent pas depuis l’affaire MERAH.

    • Franceschi

      Merci de ce commentaire et du complement apporte sur les deficiences observees du RAID.

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