Jamais les électrices et les électeurs français n’ont paru aussi divisés, aussi en colère, aussi perdus, qu’à sept mois de l’élection présidentielle.
Selon la très sérieuse enquête Ipsos BVA-CESI réalisée pour Le Monde, 74 % des sondés anticipent une détérioration du pays, contre 60 % il y a cinq ans. Sept sur dix réclament désormais une rupture plutôt qu’un simple changement. La défiance envers les élites politiques est presque totale.
Dans ce paysage fracturé, la Gendarmerie occupe encore une place à part. Selon le baromètre de la confiance politique du Cevipof publié en février dernier,
75 % des Français lui accordent leur confiance. Son statut militaire, sa présence au plus près des territoires que la crise de représentation frappe le plus durement, en font l’un des rares points de contact quotidien entre l’Etat et des citoyens à bout. Cette position enviable n’offre pourtant aucune garantie pour l’avenir.
Préserver la concorde civile et la démocratie
Plus que les précédentes, cette campagne présidentielle porte en elle un risque de débordements. Blocages, occupations, violences ciblées à mesure que la tension grimpe. La Gendarmerie devra tenir un équilibre exigeant entre maintien de l’ordre, respect scrupuleux du débat démocratique et des principes républicains. Sans jamais paraître prendre parti.
L’après-scrutin s’annonce plus périlleux encore. Une arrivée du Rassemblement national ou de la France insoumise à l’Elysée ouvrirait une période de recomposition institutionnelle dont nul ne peut prédire la teneur, tant ces deux forces entretiennent une relation ambiguë avec les règles de la République, les corps intermédiaires et les forces de sécurité intérieure.
Une reconduction au pouvoir des centristes, qui ont maltraité la Constitution et l’état de droit deux quinquennats durant, ne devrait permettre aucun rebond institutionnel.
Le scénario deviendrait plus délicat encore si le nouveau chef de l’Etat ne parvenait pas à réunir une majorité à l’Assemblée nationale. Exécutif fragilisé, Assemblée ingouvernable, rue en ébullition… C’est précisément dans cette configuration que la Gendarmerie serait la plus sollicitée, la plus exposée aussi. Rester ce pôle de stabilité, dans un tel contexte, ne se décrétera pas.
Cela suppose une préparation opérationnelle à la hauteur de l’incertitude ambiante, mais surtout une vigilance de chaque instant, du haut de la hiérarchie jusqu’au terrain, sur ce qui fonde toute sa crédibilité. A savoir la préservation de la concorde civile et de la démocratie.











