<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Explosion du nombre de mineurs victimes et mis en cause : des chiffres qui interrogent

Photo : Selon le SSMSI, le nombre de victimes mineures augmentent alors que celui des mineurs mis en cause est en recul. (Illustration: AlphaTradeZone/Pexels)

22 mai 2026 | Société

Temps de lecture : 3 minutes

Explosion du nombre de mineurs victimes et mis en cause : des chiffres qui interrogent

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Le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) vient de publier un panorama inédit sur dix ans de données concernant les mineurs enregistrés par les services de police et de gendarmerie. Les chiffres font ressortir deux réalité : une explosion des victimes mineures et un recul des mineurs mis en cause.

Les chiffres, publiés ce 22 mai 2026 par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) sont saisissants. Entre 2016 et 2025, le nombre de mineurs enregistrés comme victimes par la Police et la Gendarmerie nationales a bondi de 77%, passant de 164.000 à 290.000. Dans le même temps, le nombre de mineurs mis en cause a reculé de 15%, tombant à 232.000. Mais ces deux évolutions ne se compensent pas. Elles reflètent des réalités différentes, mesurées selon des critères distincts.

La hausse des victimes mineures est six fois supérieure à celle des victimes majeures, qui n’a progressé que de 12% sur la même période. Conséquence? La part des mineurs parmi les victimes enregistrées est passée de 6% à 9%. À l’inverse, côté mis en cause, la part des mineurs est tombée de 17% à 11%, sous l’effet conjugué de leur recul et de la forte hausse des mis en cause des majeurs (+38%).

Pour le gendarme qui enregistre les procédures, cette divergence a une traduction concrète. Les mineurs qu’il entend comme victimes sont de plus en plus nombreux, ceux qu’il interpelle comme auteurs le sont de moins en moins.

Violences sexuelles : la libération de la parole se lite dans les chiffres

Sans surprise, le nombre de victimes mineures de violences sexuelles a été multiplié par 2,6 en dix ans, pour atteindre 76.200 en 2025. Le chiffre le plus spectaculaire concerne les viols, multiplié par 3,4. Cette progression résulte de plusieurs facteurs cumulés: le mouvement #MeToo, l’amélioration de l’accueil des victimes dans les unités, la loi d’avril 2021 sur les crimes sexuels sur mineurs, mais aussi l’élargissement progressif de la définition légale du viol.

Le rapport pointe, malheureusement et sans surprise, un phénomène structurel. Une part croissante des faits révélés sont anciens. Les victimes, notamment celles de violences sexuelles intrafamiliales, dénoncent ce qu’elles ont subi parfois des dizaines d’années auparavant. Concrètement, les enquêtes sont plus complexes, les investigations rétrospectives étant par nature difficiles. Sans oublier les contraintes des délais de prescription.

Les mineurs mis en cause pour infractions sexuelles ont aussi progressé (+132% en dix ans), et ce, dans les mêmes proportions que les majeurs. Il est à relever que 95% d’entre eux ont visé d’autres mineurs. La Gendarmerie se retrouve donc de plus en plus souvent à traiter des affaires impliquant exclusivement des mineurs des deux côtés de la procédure.

Le foyer, nouveau terrain d’intervention

Le doublement du nombre de victimes mineures de violences physiques (+112% en dix ans, soit 114.500 victimes en 2025) cache une nouvelle réalité. La hausse a été bien plus forte dans le cadre familial (+217%) qu’à l’extérieur (+51%). En 2025, 55% des violences physiques sur mineurs sont désormais intrafamiliales, contre seulement 37% en 2016. Ces violences sont devenues majoritaires dès 2020, année du confinement.

Côté mis en cause, le nombre de mineurs impliqués dans des violences physiques intrafamiliales a doublé en dix ans.

Stupéfiants : ce que change l’amende forfaitaire

La baisse globale du nombre de mineurs mis en cause pour stupéfiants (-37% en dix ans) est largement artificielle. Elle s’explique principalement par la mise en place en 2020 de l’amende forfaitaire délictuelle pour usage, qui ne s’applique qu’aux majeurs. Mécaniquement, le nombre de majeurs mis en cause pour usage a explosé (+95%), faisant chuter la part des mineurs dans cette catégorie de 17% à 4%.

Le nombre de mineurs mis en cause pour trafic de stupéfiants a quant à lui augmenter de 55% en dix ans. Leur part, parmi l’ensemble des trafiquants, interpellés progresse légèrement de 17% à 19%. Les 16-17 ans représentent les deux tiers de ces mis en cause. Des profils que les gendarmes des zones péri-urbaines et rurales connaissent bien, avec l’implantation croissante de points de deal en dehors des métropoles.

Net recul sur les atteintes aux biens

C’est la seule catégorie à afficher une baisse franche et incontestable. Le nombre de victimes mineures d’atteintes aux biens a été divisé par deux en dix ans (49.800 en 2016, et 24.900 en 2025). Celui des moins de 18 ans mis en cause pour ces infractions a reculé de 41%.

Le rapport évoque comme cause de cette décrue la dématérialisation de l’argent, les campagnes de prévention dans les transports et la télésurveillance.

Zones d’ombres

Plusieurs limites méritent toutefois d’être signalées, car elles conditionnent la lecture opérationnelle de ces données.

La première est méthodologique. Les indicateurs fiabilisés par le SSMSI ne couvrent que 75% des victimes et 66% des mis en cause. Les violences psychologiques et verbales, ainsi que les atteintes à l’ordre public, restent hors champ. Or ces infractions concernent précisément des situations fréquentes en milieu scolaire ou sur la voie publique.

La deuxième tient à l’impossibilité de relier victimes et mis en cause au sein des mêmes procédures. Un mineur victime peut l’avoir été d’un majeur, et un mineur mis en cause peut avoir visé un adulte.

Enfin, la hausse spectaculaire des victimes mineures enregistrées reflète en partie une meilleure captation statistique; pas nécessairement une aggravation réelle du nombre de faits. Une limite d’ailleurs reconnue par les auteurs du rapport.

La violence subie par les mineurs a-t-elle vraiment doublé en dix ans? La parole s’est-elle simplement libérée? Vraisemblablement les deux. Mais dans des proportions que la statistique ne peut pas préciser.

Lire aussi: Création d’un office central de lutte contre les infractions à l’encontre des mineurs

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