La Gendarmerie est confrontée, dans sa zone de compétence, à une hausse récente de séquestrations liées aux cryptomonnaies. Car les cibles, qu’ils s’agissent de détenteurs de cryptomonnaies ou de leurs familles, se situent dans les grandes villes et dans de petites communes.
L’Arme met en place de nouveaux outils pour mettre fin à ces séquestrations. Les gendarmes viennent ainsi de boucler ces derniers jours trois enquêtes en Haute-Savoie, dans l’Ain et en région parisienne.
Enlèvement en Haute-Savoie des parents d’un homme détenteur de cryptomonnaies
Dans une première affaire, sept personnes, impliquées dans l’enlèvement en janvier 2026 à Sallanches (Haute-Savoie) des parents d’un propriétaire de cryptomonnaies, se trouvent en garde à vue depuis lundi 16 mars 2026. Le parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) avait délivré une commission rogatoire aux gendarmes. Elle porte sur des soupçons de « blanchiment en bande organisée, extorsion en bande organisée et association de malfaiteurs criminelle ».
Le couple de septuagénaires avait été enlevé à son domicile à Sallanches dans la nuit du 14 au 15 janvier. Les gendarmes les avaient retrouvés blessés, le lendemain soir, à Montélimar (Drôme), près d’une discothèque. D’après Le Dauphiné Libéré, les ravisseurs avaient demandé une rançon de huit millions d’euros à leur fils..
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Enlèvement dans l’Ain du père d’un entrepreneur en cryptomonnaies
Depuis lundi 16 mars au soir, cinq hommes, dont un mineur, dorment en prison. Âgés de 16 à 42 ans et connus de la justice, ils ont été interpellés par les gendarmes sur les secteurs du Mans (Sarthe), d’Angers (Maine-et-Loire), de Saint-Arnoult (Yvelines) et d’Epinal (Vosges). Ils ont été mis en examen pour « enlèvements, séquestrations », « extorsion en bande organisée », « complicité » et « violences aggravées ». Des faits qui remontent à fin 2024.
Le 31 décembre 2024, des hommes armés avaient retenus un couple à leur domicile de Saint-Genis-Pouilly, dans le pays de Gex (Ain). Tout près de la frontière suisse. Ils avaient demandé une rançon à leur fils. Ce dernier est un influenceur connu du grand public, entrepreneur en cryptomonnaies et vivant à Dubaï. N’obtenant pas la somme réclamée, ils avaient alors ligoté la mère et enlevé le père. Violenté, aspergé d’essence et transporté dans le coffre d’une voiture, ce dernier avait finalement été retrouvé par des policiers du Mans, quelques heures plus tard, à 700 km de là, dans la Sarthe.
Six mois plus tard, en juin 2025, les enquêteurs avaient identifié cinq premiers suspects. Ils avaient alors procédé à leur interpellation, dans la Sarthe et les Yvelines. Âgés de 17 à 22 ans, ils avaient été poursuivis et écroués pour des motifs similaires.
Deux agressions quasi-simultanées en région parisienne
Trois hommes viennent d’être mis en examen pour tentative d’extorsion et séquestration visant de potentiels détenteurs de cryptomonnaies dans une troisième affaire. Les gendarmes ont rondement mené cette enquête sur deux agressions liées à des cryptomonnaies, en région parisienne. Le parquet d’Evry a mis en examen un homme et deux adolescents pour « tentative d’extorsion et séquestration » visant de potentiels détenteurs de cryptomonnaies.
Vers 6h00, mardi 10 mars 2026, une personne surprend deux hommes aux visages dissimulés, munis de petits explosifs. Ils tentent d’entrer dans son domicile, situé dans le nord-est de l’Essonne. Selon le Parquet, « des premiers éléments recueillis, il ressortait que la victime était ciblée en raison de sa possession supposée de cryptomonnaies ». Quasi simultanément, vers 6h30, dans le nord-ouest de la Seine-et-Marne, une famille se trouve séquestrée et des bijoux lui sont dérobés. Cette séquestration survient « dans la continuité » de l’affaire de l’Essonne. Elle ciblait « également un autre détenteur potentiel de cryptomonnaies ».
Six heures plus tard, l’enquête confiée à la section de recherches (SR) de Paris et à la brigade de recherches (BR) d’Evry amène les gendarmes à 500 km de la région parisienne. Jusqu’à Bourgoin-Jallieu (Isère), précisément. Les gendarmes locaux y interceptent le véhicule des mis en cause. Ils interpellent alors un homme de 35 ans et deux adolescents âgés de 15 et 17 ans. Dans la voiture, ils découvrent les bijoux volés en Seine-et-Marne.
Plusieurs métiers mobilisés lors de ces affaires d’enlèvements contre rançon en bitcoins
Le parquet ouvre une unique information judiciaire pour ces deux agressions. Il a ainsi énuméré les chefs de mise en examen visant de l’homme et des deux adolescents: « extorsion et tentative d’extorsion commis en bande organisée avec arme » et « destruction du bien d’autrui par moyen dangereux pour les personnes, en bande organisée ». S’y ajoutent aussi la « séquestration commise en bande organisée » et la « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime aggravé ». Le parquet a souligné la « parfaite réactivité » des gendarmes, pour ces interpellations « seulement quelques heures » après les faits. Les magistrats ont placé en détention provisoire l’homme et l’adolescent de 17 ans. Le plus jeune des interpellés a été placé sous contrôle judiciaire, décision dont a fait appel le parquet.
Dans ce type de criminalité, la Gendarmerie sait mobiliser en quelques heures ses spécialistes. D’abord les enquêteurs, officiers de police judiciaire. Puis des spécialistes du cyber et des écoutes. Il y a également des gendarmes du GIGN. À commencer par les négociateurs, férus en cryptomonnaies, et d’autres de la force d’observation recherche (FOR) ainsi que de la force d’intervention (FI). Ils sont régulièrement soutenus par des hélicoptères et des drones, des gendarmes départementaux et mobiles. Très rapidement, la Gendarmerie peut ainsi réunir, sous le même commandement, une centaine, voire plusieurs centaines de militaires.
PMG/LP (avec l’AFP)
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