Les initiatives citoyennes visant à appuyer l’action des forces de sécurité sont multiples. Relais ou témoignage lors d’un appel à témoins, participation à la vigilance collective entre voisins, contribution au renseignement et à la transmission de l’alerte en cas de besoin… si la plupart de ces initiatives sont encouragées par les forces de police et de gendarmerie, d’autres le sont moins.
C’est le cas des « battues citoyennes », ces ratissages d’un secteur que des volontaires ou des proches tentent régulièrement d’organiser en cas de disparition. Mais cette pratique n’est pas toujours du goût des gendarmes. À l’image des initiatives lancées ces dernières semaines, dans le cadre de la disparition de Manon Relandeau, dans la région nantaise.
Responsabilité
Celle jeune agricultrice de 31 ans n’a plus donné de signe de vie et a disparu depuis fin mars 2026. Son compagnon, Abdelkarim B, de dix ans son aîné, attire depuis les soupçons. Quelques jours après la disparition de la jeune femme, l’homme avait pris l’avion avec leur fille de 15 mois pour rejoindre l’Algérie. Un voyage qui ressemble à une fuite, même si l’intéressé a défendu le contraire, près d’un mois plus tard, dans une vidéo en direct diffusée sur TikTok. Les autorités locales l’ont depuis placé en détention provisoire.
À la suite des appels à participer à des battues citoyennes, diffusés sur les réseaux sociaux, les gendarmes de Loire-Atlantique ont dû publier un communiqué soulignant qu’ils désapprouvaient l’initiative. Les gendarmes appelaient « chacun à faire preuve de responsabilité » et à « ne pas répondre à ces appels non officiels ».
Les battues citoyennes, des risques pour l’enquête…
Ce type d’initiative hors cadre officiel peut s’avérer particulièrement contre-productive. Voire présenter des risques pour l’enquête. Une battue non encadrée pourrait ainsi détruire des preuves essentielles. Par exemple en piétinant un secteur, en manipulant ou en déplaçant des objets et en perturbant d’éventuelles traces qui pourraient faire l’objet de constatations techniques et scientifiques. Des éléments qui pourraient être déterminants pour les investigations.
Lors des investigations, les gendarmes ne laissent rien au hasard. « On travaille par couche, explique un gendarme. «Au départ, on fait des premières recherches classiques.» Il s’agit là de recherches de pistes, dans la vie des personnes, mais également sur le terrain, avec des patrouilles sur les axes de circulation et les chemins que la personne disparue aurait pu emprunter. Tout ces éléments peuvent déjà donner une première orientation à l’enquête. « Rapidement, on passe à l’étape suivante et les recherches laissent place à des investigations techniques. » Souvent, dans de pareilles affaires, « avec le renfort des moyens spécialisés de l’IRCGN ».
C’est le cas actuellement, avec les recherches menées à la suite de la disparition de Mme Relandeau. La Gendarmerie et ses experts utilisent des drones qui permettent de survoler des zones de recherche. Mais aussi « un drone multispectral qui permet de faire une analyse précise des sols, grâce à des techniques infrarouges ». On parle plus spécifiquement de « stress de la végétation ». C’est-à-dire par exemple repérer de l’herbe couchée ou si de la terre a été retournée. Mais l’analyse des images n’est que la première étape qui se poursuit ensuite au sol, par d’autres investigations techniques et scientifiques.
Par ailleurs, le risque qu’un potentiel auteur de crime se trouve parmi les volontaires n’est pas non plus à exclure. Celui-ci pourrait profiter de la battue citoyenne pour surveiller les recherches, voire détruire ou dissimuler des éléments de preuve qu’il aurait laissé.
… et pour les participants
Autre problème, ces battues organisées hors voies officielles peuvent aussi représenter des risques pour les bénévoles et volontaires qui y participent. Certains secteurs de recherches peuvent s’avérer dangereux. C’est par exemple le cas en Loire-Atlantique, là où une battue citoyenne devait se tenir au cours du week-end. « Le terrain est très marécageux », explique un gendarme. Il pourrait donc y avoir des accidents.
Les bonnes volontés ne sont pour autant pas rejetées d’office. Lorsque des battues sont organisées avec l’autorisation et la participation des autorités, des actions spécifiques sont mises en place pour sécuriser la manœuvre. La zone de recherche est divisée en secteurs. Chacun bénéficiant d’une cartographie détaillée, avec une identification préalable des points sensibles. Les secteurs les plus critiques ne sont par ailleurs pas attribués à des amateurs, mais aux professionnels. Souvent un escadron de gendarmes mobiles pour les plus vastes opérations. Parfois même à des spécialistes des milieux périlleux comme les gendarmes de pelotons de haute montagne (PGHM).
De plus, chaque participant à ces battues est identifié. Et les autorités, qu’elles participent ou non aux recherches, délivrent des conseils et des consignes. Elles peuvent également mettre en place un dispositif de soutien sanitaire. Tout est donc fait pour ne pas rajouter du drame au drame.
Des battues qui portent parfois leurs fruits
Les battues citoyennes envisagées près de Nantes n’ont finalement pas eu lieu. Contactés par L’Essor, les gendarmes indiquent que des enquêteurs travaillent jours et nuits sur les recherches. Aidés par les experts de l’IRCGN et leurs moyens techniques.
Loin de refuser le coup de main, les gendarmes tempèrent toutefois les ardeurs. Ce type d’engagement bénévole est même « plutôt vertueux » concède un officier de la région de gendarmerie des Pays de la Loire. « Évidemment, on va faire appel à des volontaires pour mener une ou plusieurs battues ». Mais « elles n’interviendront que dans un second temps ». Elles seront alors « encadrées par nos services », précise-t-il. Et porteront sur des secteurs précis.
Dans plusieurs départements, les groupements de gendarmerie ont également signé des conventions de partenariat avec des associations agréées de sécurité civile, comme la Croix-rouge ou la Protection civile. Ces bénévoles, préalablement sensibilisés aux règles de recherches, peuvent venir renforcer les gendarmes et d’éventuels volontaires en cas d’organisation de battues encadrées.
Parfois, des battues citoyennes portent leurs fruits. Ce fut par exemple le cas à Rieux-en-Cambrésis, en 2023, comme l’ont rappelé nos confrères de La Voix du Nord. Une battue avait été organisée par les proches d’une quinquagénaire disparue. Une démarche encadrée par la Gendarmerie. Plusieurs militaires avaient donné des conseils et consignes au lancement des recherches. Par exemple, ne pas entrer dans une propriété privée sans accord, respecter le Code de la route, ou encore ne toucher à rien en cas de découverte « de quoi que ce soit » et prévenir immédiatement les gendarmes. Une patrouille était d’ailleurs restée à proximité au cours de la battue, pour intervenir rapidement en cas de trouvaille. Finalement, les recherches avaient permis de retrouver le corps de la personne à proximité du foyer d’où elle avait disparue un mois plus tôt.
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