Sologne : sous les grillages des grandes fortunes, une nature prise au piège

Photo : Un fusil de chasse après un tir. (Photo d'illustration: P.Einerhand/Unsplash)

7 septembre 2026 | Société

Temps de lecture : 3 minutes

Sologne : sous les grillages des grandes fortunes, une nature prise au piège

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Au terme d'une enquête menée par les gendarmes de la brigade de recherches d’Orléans et l’OFB, le milliardaire Olivier Bouygues va comparaître ce lundi pour faits de braconnage sur sa propriété de Sologne, un joyau forestier morcelé et dégradé par plus de 3.000 km de clôtures

Terrain de chasse pour grandes fortunes, la Sologne, deuxième massif forestier de France, souffre d’un engrillagement massif qui enferme et fragilise la faune sauvage, même si une nouvelle loi tente de remédier à cette accaparation de la nature.

Le procès du milliardaire Olivier Bouygues pour faits de braconnage sur sa propriété de La Ferté-Saint-Aubin (Loiret), prévu les 7 et 8 septembre à Orléans, témoigne de certaines activités illégales suspectées derrière les plus de 3.000 km de clôtures qui morcellent et dégradent ce joyau forestier. L’enquête avait été menée par la brigade de recherches (BR) d’Orléans et le service départemental de l’OFB.

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A seulement deux heures de voiture de Paris, ses 500.000 hectares, à 90% privés, abritent l’une des plus grandes zones naturelles protégées d’Europe, morcelée depuis des décennies par des grillages et barbelés autour d’une trentaine de grands domaines.

Des grillages pour la sécurité… ou pour la chasse?

Raymond Louis montre à l’AFP une route communale qu’il surnomme « la promenade carcérale », bordée de clôtures hautes de « 2 mètres ». Il est engagédepuis près de 30 ans avec sa femme Marie pour faire « tomber ces murs de fer et laisser la faune circuler librement », au sein de l’association Les Amis deschemins de Sologne. 

Ces grillages ont pour but de maintenir une quantité abondante de gibier pour les parties de chasse, affirme-t-il. Même si les propriétaires y voient un impératif pour sécuriser leur propriété.

La Sologne, un « Saint-Tropez de la chasse »

« Ce n’est pas de la chasse, c’est du ball-trap sur cibles vivantes et piégées », fustige Raymond Louis, lui-même chasseur.

Dans son livre « Les Nouveaux Seigneurs » paru en 2024, le journaliste Jean-Baptiste Forray évoque un « Saint-Tropez de la chasse » où se retrouvent « barons de l’industrie, du show-business et du luxe », citant parmi eux « les frères Bouygues, la famille Bich, créatrice du stylo Bic, ou encore les Seydoux, propriétaires de Gaumont-Pathé et le célèbre coiffeur Franck Provost ».

Selon lui, ces personnalités, « attirées par la discrétion » permise en Sologne, ont parfois été rejointes par des dirigeants politiques, comme le président du Sénat Gérard Larcher, le maire UDR de Nice Éric Ciotti ou encore l’ancien président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone (PS).

D’ici le 1er janvier 2027, les propriétaires ont l’obligation de se mettre en conformité avec la loi du 2 février 2023 sur l’engrillagement, qui limite à 1,20 m la hauteur des clôtures installées depuis 1993 dans les espaces naturels et impose un passage de 30 centimètres de hauteur au ras du sol.

Mais du côté des « grands propriétaires, ça ne se précipite pas. Il va falloir mettre la pression », affirme le député du Cher François Cormier-Bouligeon (Renaissance), qui a défendu la loi avec le sénateur du Loiret Jean-Noël Cardoux (LR) notamment.

Le non-respect de ces dispositions constituera un délit passible de trois ans d’emprisonnement et de 150.000 euros d’amende.

« Privatisation de la forêt »

« C’est un seuil de bascule : la loi met un terme à cette privatisation de la forêt », considère la procureure de la République d’Orléans, Emmanuelle Bochenek-Puren.

Plusieurs sources évoquent pourtant « une atmosphère d’intimidation » dans la région, autour d’un « sujet tabou ». C’est d’ailleurs une dénonciation anonyme qui a permis l’ouverture de l’enquête sur la propriété d’Olivier Bouygues.

« Il y avait une forme d’omerta » pour certains élus, admet le président socialiste de la région Centre-Val de Loire, François Bonneau. Mais « c’est aujourd’hui un enjeu de survie de la Sologne », estime-t-il.

Emmanuelle Bochenek-Puren souligne l’indispensable « égalité devant la loi » qu’il faut imposer à des « personnes qui ont des moyens financiers très importants ».

Les pompiers se taisent: « sujets sensible »

Non seulement ces barrières entravent les déplacements des animaux mais en plus ils gênent l’intervention des pompiers en cas d’incendie. Aucun des Services d’incendie et de secours (Sdis) sollicités n’a souhaité réagir. « Sujet sensible », a répondu l’un des interlocuteurs à l’AFP.

Autre problème pour l’environnement : la forte concentration du gibier détruit les sols et favorise la consanguinité. Certains propriétaires font par ailleurs venir des animaux de l’étranger, au risque d’importer des maladies.

« La douve géante, parasite d’ordinaire présent dans des pays d’Europe de l’Est, a été constatée dans le Loir-et-Cher » sur un daim, espèce non native de Sologne, relève Jean-Noël Rieffel, ancien directeur régional de l’Office français de la biodiversité et nouveau directeur départemental de la protection des populations.

Il s’inquiète notamment du risque d’épidémie de peste porcine africaine en Sologne. « La question n’est plus « est-ce que ça va se passer? », mais « quand? »« , alerte-t-il.

Par Tom MASSON (AFP)

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