Après deux ans d’enquête, la Justice et a Gendarmerie ont en effet cogné fort. L’opération Octopus, lancée quatre jours plus tôt contre la DZ Mafia, s’est soldée samedi par 26 mises en examen dont deux rappeurs et un avocat. Même si ce résultat spectaculaire ne sonne pas la fin de ce puissant groupe criminel
900 gendarmes mobilisés
Ce coup de filet, mené par quelque 900 gendarmes, marque la première étape d’une vaste enquête ouverte en février 2024. Elle visait à attaquer le coeur de la DZ Mafia qui est tout sauf « une construction policière ou journalistique », a relevé le procureur de Marseille Nicolas Bessonne. Lors d’un point presse, le magistrat a ajouté que la narcotrafic dispose désormais d’une « branche armée ». Celle-ci peut en effet projeter des équipes commando en différents points du territoire « pour défendre les intérêts de l’organisation« .
« Féminisation du narcobanditisme »
Les gendarmes avaient interpellé au début de la semaine 41 personnes dans six départements. 26 ont finalement été mises en cause et 15 placées en détention provisoire. Figurent neuf femmes témoignant d’une « véritable féminisation du narcobanditisme », selon le procureur. Vingt proviennent de la région marseillaise. La moyenne d’âge des mis en cause s’élève à 28 ans. Cinq personnes, dont les trois chefs présumés du clan Amine O., Gabriel O. et Mahdi Z., étaient déjà détenues, dont quatre dans les prisons de haute sécurité. Avec la loi sur le narcotrafic, ces dirigeants sont poursuivis par la nouvelle qualification de « participation à une organisation criminelle ».
Corruption et extorsion
Pour le colonel Olivier Leblanc, commandant de la Section de recherches (SR) de Marseille, « c’est un coup supplémentaire ». Mais « il serait bien présomptueux de dire que c’est la fin » de ce groupe qui fonctionne telle une hydre sans hiérarchie claire mais avec des personnes qui s’agrègent en prison et à l’extérieur ». Le patron de la SR phocéenne a mené cette opération de grande envergure. Neuf cents gendarmes (enquêteurs, spécialistes cyber, équipes du GIGN) ont participé à l’opération. Ils ont notamment engagé deux hélicoptères et deux blindés Centaure. L’opération Octopus a mis au jour plusieurs phénomènes qui se dessinaient au cours des enquêtes. La capacité du groupe criminel à corrompre, disposant d’une surface financière exceptionnelle. Et sa diversification dans l’extorsion de commerces ou de rappeurs « sous couvert de labels de production musicale ».
Un avocat derrière les barreaux
Fait rare, un avocat lyonnais se trouve désormais à l’isolement derrière les barreaux. La justice le soupçonne d’avoir été corrompu. Il aurait permis à un des chefs de la DZ Mafia de communiquer avec l’extérieur depuis une des prisons de haute sécurité. Des prisons voulues par le gouvernement pour entraver les narcotrafiquants qui piloient leurs activités alors qu’ils sont détenus. Des proches d’un cadre dirigeant de la DZ disposaient en effet depuis plusieurs mois d’une ligne téléphonique « frauduleusement enregistrée comme étant celle d’un avocat« , selon le procureur. Ce détenu, incarcéré au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) et de Condé-sur-Sarthe (Orne) a pu aussi donner ses instructions. Via des courriers de son avocat soumis au secret professionnel ou via son ordinateur.
Contacté, son conseil n’a pas voulu réagir. Le bâtonnier du Barreau de Lyon, Hubert Mortemard de Boisse, a annoncé avoir saisi le Conseil de l’ordre « pour qu’il prononce l’interdiction d’exercice de ce confrère » qui a franchi « des lignes rouges » .
Deux rappeurs mis en cause
Deux rappeurs sont également mis en cause: Dika mis en examen et placé sous contrôle judiciaire et KITKVT, placé en détention provisoire. Issu de la place marseillaise, Dika apparaît dans les années 2010 et compte quelques millions de vues sur YouTube. Il a signé des featuring (participation d’un artiste sur un titre ou l’album de quelqu’un d’autre) avec Naps ou Alonzo.
La DZ Mafia constitue un groupe criminel qui domine actuellement le marché de la drogue à Marseille et s’étend le long du Rhône et ailleurs en France. Ce nom a émergé lors du bain de sang à Marseille en 2023 lié notamment à la guerre l’opposant au clan Yoda qu’il a supplanté. Aujourd’hui, la région marseillaise connaît un calme rarement ressenti en raison du monopole désormais détenu par la DZ Mafia.
Bénéfices nets de 300.000 euros par mois pour chaque dirigeant
Cette opération a aussi débouché sur des des saisies de 4 millions d’euros. Douze biens immobiliers, neuf véhicules de grosses cylindrées, huit motos, quatre quads, trois armes de poing.. Les enquêteurs ont établi que chaque dirigeant accumulait « un bénéfice net de 300.000 euros par mois« , selon Nicolas Bessone. « Des sommes considérables qui ne sont pas flambées mais totalement réinvesties ou blanchies », expliquant ainsi « la pérennité et l’expansion de cette organisation« . .
PMG (‘avec l’AFP)










