<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Suicides : nouvelle série noire de décès dans les rangs de la Gendarmerie

Photo : Les suicides sont un fléau qui n'épargne pas l'Institution. Chaque année, une vingtaine de militaires de la Gendarmerie font le choix de s'ôter la vie. (Photo d'illustration : PxHere)

21 avril 2026 | Vie des personnels

Temps de lecture : 4 minutes

Suicides : nouvelle série noire de décès dans les rangs de la Gendarmerie

par | Vie des personnels

Ce début d'année 2026 est marqué par la disparition tragique de plusieurs gendarmes. En l'espace de deux mois et demi, au moins six gendarmes ont mis fin à leurs jours. Une série noire qui fait ressurgir la problématique des suicides, leur prévention et leur prise en charge au sein de l'Arme, particulièrement exposée.

Le fléau des suicides continu à faire des victimes au sein de l’Institution. Selon les informations parvenus jusqu’à L’Essor, au moins six suicides de gendarmes ont été enregistrés depuis le début de l’année 2026.

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour connaître le premier drame au sein de l’Institution cette année. Dès la fin du mois de janvier 2026, le premier suicide connu d’un gendarme a eu lieu dans le Val d’Oise. Un gradé de 52 ans, affecté au groupe commandement de la compagnie de Pontoise, s’est ôté la vie dans son logement à Eragny. Probablement avec son arme de service, découverte à ses côtés.

Depuis, au moins cinq autre probables suicides ont eu lieu, en l’espace d’un mois, entre mi-mars et mi-avril. Deux gendarmes mobiles, une enquêtrice en brigade de recherches, un gendarme en peloton motorisé et un commandant de brigades ont ainsi disparu.

Nombre de suicides sous-estimé

Aussi dramatique soit-il, ce nombre de suicides dans les rangs de l’Arme reste probablement en deçà de la réalité. Les informations filtrent peu, mais en moyenne, chaque année, entre 20 et 30 gendarmes décident de mettre fin à leurs jours. Un peu moins tout de même qu’au sein de la Police nationale, même si les écarts tendent à se réduire.

Selon le ministère de l’Intérieur, en 2024, 26 gendarmes et 27 policiers se sont suicidés. Ce chiffre est au plus bas depuis « au moins vingt ans », indiquait la Place Beauvau. En dehors de l’année 2020, si particulière avec l’arrivée de la pandémie de Covid-19, le confinement et son impact sur la vie quotidienne. Cette année-là, une dizaine de gendarmes avaient tout de même fait le choix de passer à l’acte. Dix de trop.

Lire aussi : Suicide d’un gendarme dans le Val-d’Oise (janvier 2026)

Les gendarmes, une population plus à risque

Comparé à la population générale, le taux de suicide est plus important chez les gendarmes. En moyenne, les autorités évoquent un taux de 13 suicides pour 100.000 habitants en France. Rapporté au nombre de gendarmes d’active (environ 100.000 militaires), le taux est donc presque deux fois supérieur. La profession de policier ou de gendarme est ainsi la deuxième la plus touchée par les suicides. Juste derrière les agriculteurs.

Les motivations de ces passages à l’acte sont multifactorielles. Parfois inexpliqués, ils peuvent être la conséquence d’un mal-être profond ou d’un choc. De temps à autre, des « raisons personnelles » sont évoquées. Il n’en reste pas moins que pour les gendarmes, davantage exposés au risque suicidaire, ces motifs personnels parfois observés sont inévitablement accentués par l’impact plus ou moins important de leur engagement.

De par leurs activités tout d’abord, qui peuvent générer un choc émotionnel intense. Intervention ou enquête traumatisante, confrontation avec la détresse, la violence ou la mort, poids des responsabilités, pression sociale ou hiérarchique, impact psychologique de certaines missions… Les gendarmes, comme d’autres professionnels du milieu, doivent faire preuve d’une grande résilience pour tenir.

Conjugué à des rythmes de travail éprouvants et des conséquences évidentes sur la vie personnelle, certains craquent. Et quand cette bascule ne vient pas d’eux, elle survient parfois des proches. Combien de ruptures? Combien de divorces, parfois jusqu’à la perte de la garde des enfants, quand les proches ne supportent plus le poids de l’accompagnement, quand les contraintes du service deviennent insupportables, quand l’absence se fait trop longue ou trop fréquente, quand la souffrance de l’être aimé vous submerge également? Autant de situations, a priori personnelles, qui sont pourtant, plus ou moins directement, liées à l’engagement sous les drapeaux.

Crise suicidaire: qui appeler à l’aide?

Qu’ils soient en situation de souffrance ou témoins, les personnels civils et militaires de la Gendarmerie disposent de plusieurs points de contact. Ils peuvent tout d’abord prendre attache avec le réseau d’accompagnement psychologique de l’Institution. Il est composé d’une cinquantaine de psychologues cliniciens implantés en métropole et, depuis 2016, outre-mer. Un réseau qui se renforce et doit atteindre 85 psychologues d’ici 2027. (La Police nationale en compte actuellement plus de 120). Les médecins et spécialistes du Service de santé des armées (SSA) peuvent également les assister dans ces moments difficiles, notamment via la ligne interne « Écoute Défense », disponible 24h/24. Ils peuvent par ailleurs se tourner vers les assistants sociaux des groupements, les aumôniers ou les représentants de la concertation qui jouent un rôle d’accompagnement et de lanceurs d’alerte. Enfin, le commandement, aux différents échelons hiérarchiques, peut aussi les aider.

Hors de l’Institution, outre les professionnels accessibles en milieux libéral ou hospitalier, différents dispositifs d’écoute existent en cas de crise suicidaire. À commencer par le numéro national de prévention du suicide (3114), accessible gratuitement 24h/24. Ou encore les associations qui proposent de l’écoute aux personnes en détresse psychologique, joignables en permanence, comme « Suicide écoute » (01 45 39 40 00) et SOS Amitiés (au 09.72.39.40.50 ou via un tchat en ligne). La majorité de ces dispositifs sont recensés par le ministère de la Santé. Des conseils et des contacts sont également présents sur le site du ministère, à destination des familles ou des proches endeuillés par un suicide.

Accompagner ceux qui restent

Selon Santé publique France, un suicide impacte en moyenne 135 personnes. Notamment entre 6 et 14 membres de l’entourage immédiat du défunt. Le soutien des proches en pareille situation est donc primordial. C’est ainsi que lors du suicide du gendarme du Val-d’Oise, fin janvier, une psychologue de la région de gendarmerie s’était rendue sur place dès le lendemain, pour accompagner la famille du gendarme. Mais aussi ses camarades, dont ceux qui ont découvert le corps.

Sur le plan financier, des aides existent aussi. Des associations et structures sociales peuvent débloquer des fonds à titre exceptionnel en cas de décès d’un gendarme. La plupart du temps, des cagnottes solidaires sont également mises en place pour venir en aide à ceux qui restent. Un conjoint, des parents, des enfants… Plusieurs cagnottes sont encore actives auprès de la Fondation « Maison de la Gendarmerie ».

Accès aux cagnottes de la Fondation « Maison de la Gendarmerie »

Lire aussi : Dramatique série de suicides dans la Gendarmerie, dont un à la compagnie de sécurité de la Présidence de la République (CSPR)

La question du mois

Dépression, burn-out, risque de suicide: le mal-être des personnels est-il correctement pris en charge par la Gendarmerie ?

La Lettre Conflits

La newsletter de l’Essor de la Gendarmerie

Voir aussi