Dans la nuit du 22 au 23 décembre 2020, quatre gendarmes se rendaient au domicile d’un couple à Saint-Just pour une intervention sur des violences conjugales. Ils ne savaient pas ce qui les attendaient. L’homme, retranché dans sa maison, était lourdement armé. Et a ouvert le feu. Trois militaires ont été tués, le quatrième grièvement blessé. Le forcené s’est ensuite suicidé.
Depuis, leurs familles se battent pour comprendre. En 2022, elles avaient déposé une plainte contre X pour homicide volontaire et mise en danger de la vie d’autrui, estimant que la hiérarchie n’avait pas transmis aux gendarmes l’information sur l’armement du suspect, et qu’aucune consigne d’attendre le GIGN n’avait été donnée.
« La justice les a lâchées »
Mardi 5 mai 2026, elles ont reçu la réponse du parquet de Cusset (le dossier avait été dépaysé dans l’Allier). La procureure Françoise Audran a annoncé le classement sans suite. L’enquête de l’Inspection générale de la Gendarmerie nationale (IGGN) n’aurait mis en évidence ni violation délibérée d’une obligation de sécurité, ni négligence, ni imprudence caractérisée.
« Les familles sont effondrées, elles ont le sentiment que la justice les a lâchées », a réagi auprès de l’AFP leur avocat, Me Gilles-Jean Portejoie. Une formule qui dit tout du gouffre qui se creuse entre la décision judiciaire et ce que vivent ces proches depuis plus de cinq ans.
Selon l’avocat, les deux rapports de l’IGGN seraient pourtant « extrêmement sévères pour l’institution gendarmerie, accablants même, pointant de nombreux manquements, dysfonctionnements, retards et comportements parfaitement inadaptés ». La procureure, elle, a estimé que ces éléments ne suffisaient pas à caractériser une infraction pénale.
Nouvelle plainte, avec partie civile
Les familles ne veulent pas en rester là. Me Portejoie a annoncé le dépôt imminent d’une nouvelle plainte pour homicide involontaire, cette fois avec constitution de partie civile. Elle sera directement remise entre les mains de la doyenne des juges de Cusset. L’objectif: forcer l’ouverture d’une information judiciaire, en s’appuyant cette fois explicitement sur les manquements documentés par l’IGGN elle-même.
« C’est nous qui allons reprendre à notre compte les manquements dénoncés par l’IGGN dans ses deux rapports », a conclu l’avocat.
Pour ces familles, le combat judiciaire entre dans une nouvelle phase. Cinq ans après avoir perdu un mari, un fils, un père, elles réclament toujours une vérité, que la justice ne leur a pas encore donnée.
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