En octobre 2024, alors qu’elle concédait en Slovénie sa seule défaite en dix ans, Lohane Pochet a dû faire un choix : mettre temporairement les gants de côté. L’objectif ? Réussir sa transition de la brigade vers le Peloton de surveillance et d’intervention de la Gendarmerie (PSIG).
Une pause complète d’un an, loin du ring, pour appréhender ses nouvelles fonctions opérationnelles. Au moment de la reprise, en février dernier, rien n’a été simple : “Le niveau global de la boxe avait clairement augmenté entre-temps”, confie-t-elle. “Je suis revenue avec un état d’esprit axé sur le plaisir, mais le parcours a été beaucoup plus long que d’habitude : tout était à refaire, des sélections régionales jusqu’aux phases qualificatives.”
Après avoir remporté cinq combats en phases régionales, la gendarme Pochet a décroché le titre lors de la finale du championnat de France à Melun, validant ainsi sa sélection en équipe de France. Prochaine étape : les championnats du monde à Boulogne-sur-Mer.
Gendarme et athlète à temps plein
Contrairement aux athlètes de haut niveau détachés au sein de l’Armée des champions, qui se consacrent à 100 % à leur discipline, la championne est une gendarme de terrain à temps plein. Au PSIG, entre les patrouilles, les interventions nocturnes et les astreintes hebdomadaires, le calendrier laisse peu de place pour pratiquer en club. “Depuis le mois de septembre, je n’ai pu aller que six fois dans mon club de boxe”, explique l’athlète.
Pour maintenir son niveau de championne, il a fallu improviser. C’est dans un garage de la caserne, au milieu du matériel opérationnel, qu’elle a installé son sac de frappe. Un entraînement, qui s’est transformé en vecteur de cohésion : “On partage ces moments avec les camarades. Je fais notamment des sessions de sparring avec un collègue qui vient de la boxe anglaise.”
Du ring à l’intervention
Si concilier ces deux mondes est un défi logistique, les passerelles mentales entre la Savate et le PSIG sont évidentes. Pour elle, la boxe a été une réelle préparation au terrain. “Les éventualités et les scénarios que j’apprends à gérer sur le ring pour anticiper les coups, je les reporte directement en intervention », souligne-t-elle. Cette lucidité devient un atout lorsque la tension monte en mission, notamment pour sortir de l’effet “tunnel”, qui pousse le cerveau à se focaliser sur certaines choses dans l’action.
Seul bémol à son agenda, ses projets de participation au championnat de France militaire de boxe anglaise, dont elle avait fait part à l’Essor en mars 2025, ont dû être annulés, les dates tombant exactement avec celles des championnats de France de Savate.
Lire aussi : La boxe comme une évidence pour la gendarme Lohane Pochet
L’Armée des champions
Son parcours vient d’être salué par une distinction atypique au stade de sa carrière de sportive de haut niveau. Elle a reçu, à titre exceptionnel, la médaille d’or de la Jeunesse, des Sports et de l’Engagement associatif. Une décoration civile et militaire habituellement réservée aux personnels justifiant de 30 à 40 ans de carrière sportive. Un signal fort pour celle qui prouve que l’on peut porter l’uniforme d’une unité d’intervention tout en brillant sur les rings internationaux.
Mais pour franchir un nouveau cap et préparer les prochains mondiaux, l’horizon de l’Armée des champions reste dans un coin de sa tête : “C’est un dispositif assez discret pour lequel je n’ai pas encore de contacts directs”, concède la gendarme. “Mais c’est quelque chose que j’ai déjà envisagé et que j’envisage toujours. Il faudrait maintenant obtenir plus d’informations pour sauter le pas.”
Lire aussi : Légion d’honneur et Mérite pour les athlètes médaillés aux Jeux d’hiver de Milan-Cortina, dont une gendarme










