Au sein de la Gendarmerie, il existe une spécialité peu connue du grand public : la Prévôtale. Policiers des armées, ils sont chargés de l’aspect judiciaire lors des projections extérieures de l’armée française.
Accès limité et exclusif
Commandée par le général de brigade Laurent Lesaffre, la prévôtale dispose de “50 à 60 personnes dans le monde”, explique le général à l’AFP. Partout où la France déploie ses militaires, un officier et deux sous-officiers prévôts les accompagnent systématiquement. Elle est composée de « 10 à 15 permanents et entre 40 et 50 non permanents ».
Un cercle très restreint donc et qui requiert de l’expérience : « On ne prend que des expérimentés, des officiers de police judiciaire depuis au moins quatre ans » poursuit le général. Pour ce qui est du volume de formation, la Gendarmerie forme « 120 prévôts par an » lui permettant d’avoir “environ 200 personnes » mobilisables sur les théâtres extérieurs.
“Compétence exclusive sur les militaires à l’étranger”
A contrario des fameux “MP” (Military police) américains, les prévôts ne s’occupent pas du contrôle des personnes sur une base ou de la surveillance des prisonniers. Ils sont, judiciairement, aux ordres du parquet de Paris. Sur le territoire national, la gendarmerie n’exerce pas de mission prévôtale générale. Les règles de droit commun et le contrôle des services de police ou de gendarmerie s’appliquent aux forces armées. Ils ont “une compétence exclusive sur les militaires français à l’étranger” souligne le général.
Même si peu de leurs affaires sont médiatisées, celle de quatre élèves officiers de Saint-Cyr-Coëtquidan avait fait du bruit en octobre 2025. Alors en stage à l’Académie nationale de défense japonaise, à Yokosuka, au sud de Tokyo, ils se rendent à Okinawa pendant une permission. On les accuse alors d’avoir incendié, « involontairement » selon eux, un navire américain. La gendarmerie prévôtale prend alors en charge cette affaire, sous la diligence du parquet de Paris.
“15 %” de femmes prévôts
Les femmes représentent “15 %” des prévôts. Isaline, instructrice au combat tactique à l’Académie militaire de la Gendarmerie nationale à Melun (AMGN) en fait partie. Elle a été projetée deux fois à l’étranger : en Bosnie-Herzégovine au printemps 2024, ce qui concorderait avec l’exercice Otan/UE “Méléagre”. Puis en Irak durant quatre mois de juillet à novembre 2024. Stationnée sur une base américaine abritant un camp français elle n’a participé à aucune opération judiciaire, seulement des tâches de police générale, comme l’enregistrement des procurations pour les élections législatives anticipées.
Une fraternité d’armes sous le feu
Cependant, aux côtés de soldats américains blessés par des roquettes et « chaque nuit [sous] des survols de drones », une autre réalité s’impose. Pendant quatre mois et demi, Isaline a partagé le quotidien des forces : “Pas toujours facile, il faut savoir composer avec les caractères parfois forts, mais chacun sait la mission de chacun.”
De cela est né un lien particulier entre la gendarme et les troupes. “Il y a une fraternité d’armes qui se crée quand vous êtes constamment sous les tirs des drones et des roquettes”, confie-t-elle à l’AFP. Un baptême du feu qui ne l’a pas refroidie : “C’est une expérience humaine incroyable. Je suis prête à repartir dès demain !”
Une ligne entre deux mondes
Ces projections, dont la durée varie généralement de “trois semaines à six mois”, nécessitent un certain sens organisationnel. À 31 ans, la jeune femme explique que le départ sur le terrain ne signifie pas pour autant une mise entre parenthèses de ses fonctions sur le territoire national. Même projetée, elle “ne lâche pas son travail” et continue de “gérer son unité à distance”.
Sur le théâtre d’opérations, la distinction visuelle entre le soldat et le gendarme est subtile. Si prévôts et militaires portent la même tenue de combat, les premiers se distinguent par des attributs institutionnels. Ils portent le brassard noir de la prévôtale au bras et coiffent le calot, quand ils n’ont pas le casque.
Sas de décompression
Le retour à la vie civile fait également l’objet d’un protocole strict. À l’issue de leur mission, prévôts et soldats se retrouvents pour un séjour de trois jours en Corse. Un passage obligé pour refermer la parenthèse de la projection. “C’est un sas de décompression qui nous permet de redécouvrir la vie civile, de nous préparer à retrouver notre foyer qui s’est habitué à vivre sans nous”, estime Isaline.
Les prévôts sont généralement âgés de 30 à 55 ans. Une fois intégrés, les personnels s’inscrivent dans le temps long, restant a minima une dizaine d’années au sein du service.
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