<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Reconnaissance faciale sur smartphone, un outil contesté mais encadré

Photo : Grâce à leur smartphone NeoGend, les gendarmes ont accès à de nombreux outils professionnels sécurisé en mobilité, à l'image des fichiers comme le TAJ (traitement des antécédents judicaires) qui s'est enrichi récemment d'un système de recherche par reconnaissance faciale. (Photo d'illustration: LP/L'Essor)

20 mars 2026 | Société

Temps de lecture : 4 minutes

Reconnaissance faciale sur smartphone, un outil contesté mais encadré

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Dans un article publié par le média indépendant Disclose, la mise en place d'un système de recherche par reconnaissance faciale, intégré au fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) et désormais accessible depuis les smartphones professionnels des policiers et des gendarmes, suscite le débat. Son usage serait, selon le média, détourné et illégal.

Dans un article publié le 16 mars 2026, le média indépendant Disclose dénonce la mise en place d’un nouvel outil à disposition des forces de sécurité intérieure. Il s’agit d’un système de recherche par reconnaissance faciale, intégré au fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ). Son utilisation par les policiers et les gendarmes, serait, selon le média, régulièrement détournée et illégale. Notamment lors d’actions de contrôle.

Le média indépendant Disclose, associé à des organisations militantes comme La Quadrature du Net – qui combat avec véhémence la reconnaissance faciale, qu’elle juge « anti-démocratique » et « déshumanisante » – dénonce également un « déploiement à grande échelle de la reconnaissance faciale sur les téléphones des forces de l’ordre ». Et ce, depuis 2022.

Croisade contre la reconnaissance faciale et le TAJ

Particulièrement en cause, une fonctionnalité de reconnaissance faciale intégrée dans un fichier judiciaire exploité quotidiennement par les policiers et les gendarmes, et désormais aussi accessible depuis leur smartphone Neo: le TAJ. Ce fichier dédié au traitement des antécédents judiciaires, contient selon les derniers chiffres présentés par le ministère de l’Intérieur, plus de 18 millions de fiches nominatives. Dont près de la moitié contiennent des photos.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les personnes condamnées ou disposant d’un casier judiciaire ne sont pas les seules à figurer dans ce fichier XXL. Il contient en effet les données de toutes les personnes mises en cause dans le cadre d’une enquête, y compris si celle-ci n’aboutit pas sur une condamnation ni même une mise en examen.

Enfin, fait plus méconnu encore, les victimes figurent également dans ce fichier. Il peut tout aussi bien s’agir d’une personne décédée ou portée disparue, qu’une personne identifiée comme victime dans une affaire, ou encore d’une personne venue porter plainte dans un commissariat ou une brigade de gendarmerie.

En 2024, le fichier TAJ a fait l’objet de près d’un million de consultations par les policiers et les gendarmes.

Usage encadré

Images, témoignages de personnes contrôlées et extraits de reportages télévisés à l’appui, le média – qui a travaillé pour l’occasion avec la journaliste réalisatrice Camille Courcy, alias Camille reporter – explique cependant que des policiers utilisent cet outil de manière sauvage, détournée et « complètement illégale ». Si la méthode d’utilisation de l’outil peut effectivement interroger sur certains extraits vidéos présentés, la pratique n’en reste pas moins très encadrée.

Selon les informations de L’Essor, l’usage de cette fonctionnalité doit en effet rester limité aux enquêtes judiciaires, aux vérifications d’identité, ainsi qu’à la recherche de renseignements. Une note interne de la Gendarmerie, diffusée en mars 2023, rappelle d’ailleurs ces règles d’utilisation. D’ailleurs, si le système de rapprochement par reconnaissance faciale existe bien sur la version ordinateur du fichier TAJ depuis 2022, il n’est en revanche disponible que depuis 2025 sur les smartphones Neo des gendarmes.

Aide à l’enquête…

Bien loin d’un objectif de « contrôle de masse », l’intérêt de cette technologie est double. D’abord, elle doit permettre d’effectuer des rapprochements sur l’identité potentielle d’une personne non identifiée. Notamment lorsque son visage apparaît dans une enquête. Par exemple, un cambrioleur filmé par une caméra de surveillance. À condition toutefois que les images soient de qualité suffisante. La recherche s’effectue alors de la même manière que l’on cherche une correspondance pour de l’ADN dans une base de données.

Néanmoins, cette recherche par rapprochement n’apporte pas un résultat fiable à 100%. Elle constitue simplement une « aide à l’enquête« . Une note interne sur l’élargissement de l’accès au TAJ en gendarmerie précise d’ailleurs que « les photos proposées par l’outil de reconnaissance faciale doivent faire l’objet d’un examen attentif de la part des utilisateurs ».

Par ailleurs, « les résultats obtenus peuvent permettre d’orienter les investigations, mais ne doivent pas être considérés comme un élément de preuve », prévient la note. Les éléments ainsi recueillis doivent de plus faire l’objet d’un procès-verbal.

… et au contrôle

La deuxième exploitation de cette technologie est plus opérationnelle que judiciaire. Sur le terrain, il arrive fréquemment que des personnes contrôlées ne disposent pas, à l’instant-T, de papiers d’identité. Ou bien qu’elles refusent de les présenter. Voire qu’elles donnent de fausses identités pour tromper les gendarmes et les policiers et échapper à une sanction. Le simple contrôle peut alors se transformer en vérification. Cette vérification peut être réalisée sur place ou dans des locaux de police ou de gendarmerie. Et dans ce cas, le recours au TAJ peut permettre d’identifier la personne, grâce à cet outil plus rapidement.

D’après nos informations, la reconnaissance faciale n’est par ailleurs accessible que pour les agents judiciairement habilités. Gendarmes adjoints volontaires et réservistes n’y ont par exemple pas accès.

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Des contrôles pour limiter les abus

Comme d’autres, le fichier TAJ fait l’objet d’une étroite surveillance. Notamment par la Cnil, systématiquement en veille en cas d’utilisation de données personnelles. Mais aussi en interne. Depuis quelques mois, la Gendarmerie a mis en place un outil informatique de contrôle interne des traces des applications et du réseau (Citar). Développé par l’Inspection générale de la Gendarmerie (IGGN) en lien avec l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (Anssi), cette solution a été déployée en décembre 2025.

Grâce à un suivi précis des connexions, elle permet un contrôle renforcé, directement par les échelons territoriaux de commandement, des consultations des fichiers centraux par les personnels. Outre le mésusage et les consultations illicites, cet outil à aussi vocation à renforcer la lutte contre l’improbité et la corruption en Gendarmerie. L’outil a aussi un effet dissuasif et préventif assure l’IGGN.

Du débat au fantasme

Sur les réseaux sociaux, l’article de Disclose n’a pas manqué de faire réagir. Le débat s’est même étendu aux caméras piétons, portées par les gendarmes et les policiers. Certains internautes invoquent ainsi des craintes que la technologie de reconnaissance faciale, disponible pour effectuer des recherches dans le fichier TAJ, ne soit étendu automatiquement à ces caméras… Il s’agit – en tous cas à ce jour – d’un pur fantasme.

Ces caméras, qui ont aussi un effet dissuasif contre les outrages et les agressions, ne servent en effet qu’à enregistrer une action (par exemple un contrôle, une agression ou un cas d’usage des armes), à des fins d’images preuves. Qu’elles soient d’ailleurs à charge ou à décharge pour les porteurs de la caméra.

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