Deux affaires, à quelques semaines d’intervalle, et une même question. Un garde républicain, Ryan, dénonce six années de harcèlement raciste au sein de sa caserne, lettre anonyme insultante à l’appui. Quelques mois plus tôt, le général nommé à la tête de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine, l’OCLCH, soit l’unité chargée de traquer les crimes de haine, avait été écarté après des propos jugés problématiques par sa hiérarchie et tenus dans ses propres locaux. L’ironie serait cruelle si les faits n’étaient pas si graves. Faut-il en conclure que la Gendarmerie est une institution gangrenée ?
Non. Faut-il faire comme si ces affaires ne disaient rien ? Pas davantage. La vraie question n’est pas de savoir si une institution de 100.000 hommes et femmes, ancrée dans tous les territoires, brassant toutes les générations et tous les milieux, sera un jour confrontée au racisme, à la xénophobie, au sexisme ou à l’homophobie. Elle le sera. Elle l’est. La vraie question est ailleurs: comment réagit-elle, sur le fond, d’abord, dans la réalité quotidienne des casernes, ensuite ? L’Arme n’a pas attendu ces affaires pour se doter d’outils. La plateforme Stop Discri existe depuis 2014, accessible aux victimes comme aux témoins.
Plus de 2.200 signalements ont été traités en dix ans par l’IGGN. Un réseau de 700 référents Egalité et Diversité est déployé jusqu’au niveau groupement. L’Observatoire pour l’égalité et contre les discriminations, présidé par un membre extérieur du Conseil d’Etat, produit une analyse indépendante. Ces dispositifs ne sont pas des vitrines: ils fonctionnent, instruisent, sanctionnent. Mais les outils ne valent que par leurs usages et par la culture dans lesquels ils baignent. Là se joue l’essentiel. Un commandant qui accueille une nouvelle recrue avec des remarques sur la djellaba ne viole pas seulement une circulaire. Il envoie un signal dévastateur à tous ceux qui, dans les rangs, hésitent encore à signaler des dérives, quelle que soit leur nature. Mais il est un élément, essentiel, à relever. La Gendarmerie n’a pas mis la tête dans le sable. La preuve avec le débarquement rapide du patron de l’OCLCH.
L’enquête judiciaire sur les faits dénoncés par Ryan au sein de la Garde républicaine suit quant à elle son cours sous l’autorité du parquet de Paris. Une gendarmerie exemplaire n’est pas une gendarmerie sans faute. C’est une gendarmerie qui les regarde en face, les traite avec rigueur et en tire durablement des leçons.



![[Editos] Numéro 609. FÉVRIER 2026 Et si 2026 était une année de m… ?](https://lessor.org/wp-content/uploads/2026/05/pexels-ann-h-45017-32417524-scaled-e1779865621208-370x296.jpg)





