En plein week-end de Pâques, une affaire – révélée par l’AFP et Mediapart– a secoué la Gendarmerie. En fin d’année 2025, un militaire affecté au sein de la Garde républicaine a porté plainte pour des faits de harcèlement moral et de diffamation non publique. Des faits qu’il aurait subi au sein de sa caserne et qui posent la question de la prise en compte des dérives et de la discrimination au sein de l’Arme.
C’est une lettre anonyme, déposée dans la boîte aux lettres du gendarme au sein de la caserne, qui a fini par susciter la réaction de la victime présumée. Selon l’avocat du militaire ayant la double nationalité franco-algérienne, la missive comportait un message à caractère raciste. Un courrier qui s’inscrit dans un continuum. Engagé depuis dix ans au sein de la Gendarmerie, le garde républicain dénonce plus largement six années de racisme au sein de la prestigieuse institution francilienne. Raison qui l’a donc poussé à déposer plainte auprès d’un service de police parisien.
Contactée par L’Essor, la Direction générale de la Gendarmerie confirme l’ouverture d’une enquête judiciaire consécutive à ce dépôt de plainte le 17 décembre 2025. Selon l’AFP, le militaire, âgé de 29 ans, a été entendu un mois plus tard par des enquêteurs, le 21 janvier 2026. À ce jour, les investigations se poursuivent, sous l’autorité du Parquet de Paris.
Action immédiate en cas de signalement
Lorsque de tels faits surviennent ou sont dénoncés en interne, des procédures existent. La direction générale rappelle ainsi avoir mis en place un plan d’action « tolérance zéro ». Celui-ci vise spécifiquement les comportements discriminatoires. Il vient en complément des dispositifs déjà existants comme la plateforme de signalement «Stop discri». Mise en place et opérationnelle au sein de la Gendarmerie depuis 2014, la plateforme est accessible aux victimes comme aux témoins. Elle « garantie un traitement immédiat, centralisé et suivi par l’Inspection générale de la Gendarmerie nationale », indique l’Arme. Elle permet de faire connaître des situations de discrimination et de violences en interne.
Réservée aux personnels de l’Arme, la plateforme n’est toutefois accessible que via le réseau interne de la Gendarmerie. C’est à dire depuis un ordinateur ou un smartphone relié au réseau sécurisé. La cellule «Stop discri» de l’IGGN est également joignable par téléphone au 01 84 22 15 67. Chaque signalement fait d’ailleurs l’objet d’un entretien téléphonique. Les personnels de la cellule contactent systématiquement le plaignant ou le témoin.
Depuis sa création en 2014 et jusqu’en 2024 (derniers chiffres disponibles), l’IGGN a reçu 2.245 signalements «Stop discri». Chaque année, près du tiers des signalements ne donnent pas lieu à l’ouverture d’une procédure. La moitié des signalements restants sont considérés comme clos après analyse. Les autres aboutissent à une enquête administrative interne au niveau régional, ou à une enquête de l’IGGN.

Évolution des signalements internes « Stop-discri » recueillis au sein de la Gendarmerie entre 2019 et 2024. (Illustration: OGED / Source: Rapport d’activités IGGN 2024)
Lorsque les faits sont avérés, l’Arme fait preuve de fermeté dans sa réponse. Elle évoque une « tolérance zéro vis-à-vis des comportements discriminatoires » en interne. Ils font systématiquement l’objet de sanctions, adaptées à la gravité des cas. En outre, des enquêtes judiciaires peuvent aboutir à des condamnations fermes.
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Agir en amont
Au-delà du traitement des signalements, l’Arme a aussi mis en place des dispositifs de prévention et de sensibilisation. Conjugués au développement d’une culture de la diversité et de l’inclusion.
Elle organise des actions de formation et de sensibilisation auprès des cadres et des gestionnaires RH. Objectif : renforcer la vigilance et la culture de l’égalité au sein de l’Arme. En 2024, 33.481 personnels de la Gendarmerie ont ainsi été sensibilisés sur la question de la lutte contre les cas de harcèlement, de discrimination et de violences sexistes et sexuelles. Depuis la mise en place de ces actions il y a près de dix ans, 160.000 gendarmes et personnels civils ont ainsi été sensibilisés à ces enjeux. Par ailleurs, la totalité des gendarmes formés en école reçoivent désormais ces enseignements lors de leur formation initiale.
En plus de ces sensibilisations, l’Arme s’est dotée d’un réseau de plus de 700 « référents égalité & diversité » (RED). Déployés jusqu’au niveau groupement, y compris outre-mer, ils accompagnent les personnels et détectent les situations sensibles. Une centaine de formateurs relais complètent ce réseau de prévention et lutte contre les crimes de haine et la LGBTphobie, sous l’égide de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH). Une référente nationale, implantée au sein de la DGGN, coordonne l’ensemble de cette chaine.
Un observatoire dédié
Enfin, l’Observatoire de la Gendarmerie pour l’égalité et contre les discriminations (Oged) a vu le jour en mars 2023. Une personnalité externe à l’Arme le préside, « afin de garantir son indépendance ». Il s’agit, depuis la création de l’Oged, du haut fonctionnaire Richard Senghor, membre du Conseil d’Etat.
Cet observatoire a vocation à être un outil d’analyse et de réflexion stratégique en matière d’égalité, de diversité et de lutte contre les discriminations. Il intervient sur les problématiques d’égalité professionnelle, de diversité et de lutte contre les harcèlements, les discriminations et les violences. Et ce, aussi bien « en interne que dans le cadre de ses missions de sécurité au contact de la population ».
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