Ils ont de toute évidence choisi le mauvais déguisement. Deux hommes, vêtus d’un polo de gendarmerie, apparaissent dans une vidéo, devenue virale sur les réseaux sociaux. Ils y tiennent des propos et gestes racistes. Outre ces propos, l’un des deux hommes effectue également un salut nazi. Cette vidéo a été dénoncée par un groupe antifasciste basque, puis signalée par le préfet à la Justice.
Propos racistes déguisés en gendarmes
Ces deux hommes participaient le 14 mars 2026 à une soirée thématique dans le village de Guiche (Pyrénées-Atlantiques). Une soirée comme le comité des fêtes du village en organise chaque année. Le thème retenu cette année : le bleu. Si certains, à l’image des organisateurs, ont choisi le costume de Schtroumpfs, d’autres ont été moins inspirés. Ils ont opté pour une tenue de gendarme, composée notamment d’un vrai polo de gendarmerie.
Ce « déguisement », porté par plusieurs participants à cette soirée, constitue déjà, à lui seul, une infraction. Le port illégal de la tenue de gendarme, peut faire l’objet de poursuites pénales. Le Code pénal fait en effet encourir jusqu’à un an d’emprisonnement et 15.000 euros d’amende pour ces faits.
Mais ce port illégal de l’uniforme de gendarme n’est rien, comparé au comportement adopté au cours de la soirée festive par certains participants. Sans doute à grand renfort de « potion magique », deux des personnes déguisées en gendarme se sont filmées en train de tenir des propos racistes. Pire encore, l’un d’eux effectue fièrement un salut hitlérien et crier « Heil », salut nazi. Avant, bien évidemment, de diffuser la vidéo sur les réseaux sociaux, rendant ainsi les propos publics.
La vidéo n’a pas échappé à un groupe antifasciste local, qui l’a dénoncé sur les réseaux sociaux quelques jours plus tard.
Un ancien gendarme sous obligation de disponibilité
Dès le relais de la vidéo par ce groupe, l’un des deux protagonistes est identifié comme étant un gendarme. Toutefois, l’Institution dément cette information. Sur X, la Gendarmerie a d’ailleurs souligné la non-appartenance des mis en cause à ses rangs. En répondant, chose rare, directement à un tweet qui affirmait qu’ «au moins un gendarme» figurait sur ces images. Cette stratégie de réponse direct correspond à une volonté de contrer la désinformation où elle se trouve, expliquait il y a quelques temps un gendarme à L’Essor. Selon l’Arme, « les individus s’exprimant sur cette vidéo ne sont pas des militaires de la Gendarmerie en activité ».
L’homme identifié comme un gendarme n’en est donc pas un. Ou plutôt, il n’en est plus un… Car il a bien été gendarme. Sans que l’on sache précisément depuis quand il a quitté l’Arme. Il n’a en tous cas aujourd’hui « plus aucun lien avec l’Institution », confiait à L’Essor une source proche du dossier.
Selon nos confères de France 3 Nouvelle-Aquitaine, l’homme serait néanmoins encore membre (automatique) de la réserve de la Gendarmerie. Mais celle dite « de disponibilité ». Aussi appelée « réserve opérationnelle de niveau 2 (RO2) ». À ne pas confondre avec la réserve opérationnelle de premier niveau (RO1), qui est totalement différente.
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Des réserves radicalement différentes
La RO1, ce sont les réservistes opérationnels dont on parle le plus souvent. Étudiants, professionnels ou retraités, ils assurent régulièrement des renforts au profit des unités de l’Arme. Certains viennent du monde civil et reçoivent une courte formation initiale. D’autres sont d’anciens militaires de l’Arme et choisissent de continuer à la servir, mais pas à temps plein. La Gendarmerie dispose actuellement de près de 35.000 réservistes opérationnels de premier niveau.
À l’inverse, les armées comme dans la Gendarmerie, disposent d’un réserve de deuxième niveau. Cette RO2 est constituée d’anciens militaires de carrière ou sous contrat. En quittant l’armée ou la Gendarmerie, ils n’ont pas signé de contrat d’engagement à servir dans les réserves (ESR). Néanmoins, ils restent soumis à une obligation de disponibilité durant les cinq années qui suivent leur départ. Dans la limite toutefois de la limite d’âge pour servir. À ce titre, ils conservent une partie de leur paquetage durant ces cinq années. Cela, explique un rapport du Secrétariat général de la Garde nationale, « afin de pouvoir être rappelés sous faible préavis en cas de crise majeure sur le territoire national ». La RO2 de la Gendarmerie se compose ainsi de près de 29.000 réservistes non activés. Dont environ 13.000 ex-gendarmes adjoints volontaires.
C’est donc le cas d’un des deux hommes visible sur cette vidéo polémique. D’ailleurs, dans sa mésaventure, il va certainement gagner le droit de ne pas revenir sous les drapeaux.
L’enquête éclair des vrais gendarmes
Alors que la vidéo, dénoncée par le groupe antifa, devenait virale, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques s’est saisi du problème. Elle explique, dans un communiqué que ces propos sont « susceptibles de constituer des infractions pénales (…) relatives à la provocation à la haine ou à la discrimination ». D’autant plus que « certaines communications sur les réseaux sociaux mettent en cause un homme présenté comme un militaire de la Gendarmerie nationale ». Le préfet a donc déclenché un signalement au parquet de Bayonne, au titre de l’article 40 du code de procédure pénale. Celui-ci prévoit en effet que « toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République ».
Les investigations, menées par les gendarmes de la section de recherches de Pau, n’ont pas traîné. Dans le cadre d’une enquête préliminaire, ils identifient rapidement plusieurs personnes. Cinq ont été entendues dans en audition libre. Elles ont fait « l’objet d’une décision d’avertissement pénal probatoire pour le délit de port illégal d’uniforme », détaille ce lundi 23 mars le parquet de Bayonne.
Deux autres, les deux hommes visibles auteurs de la vidéo et ayant tenus les propos racistes, ont été placées en garde à vue samedi 21 mars 2026. À l’issue de leur garde à vue, lundi 23 mars, « elles ont été déférées devant le procureur de la République de permanence au parquet de Bayonne », selon Marion Chalaux, procureure de la République adjointe.
Âgés de 26 et 27 ans, ces deux hommes, dont l’ancien gendarme, résident dans les environs. Placés sous contrôle judiciaire, ils seront jugés le 8 septembre 2026 devant le tribunal correctionnel de Bayonne. Ils ont, en attendant, l’interdiction de quitter le territoire et d’entrer en contact.
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