« Ces trois dernières années, j’ai appris à connaître la gendarmerie. Les gendarmes ne se plaignent jamais. Mais aujourd’hui, ils en arriveraient presque à rafistoler des hélicoptères avec du chatterton ! En théorie, il doit s’écouler une heure entre une demande et l’arrivée de l’hélicoptère. Mais en raison de l’indisponibilité du matériel, dans certaines zones, il faut parfois attendre beaucoup plus. Lorsque des vies sont en jeu, c’est bien trop long. »
Le sénateur Bruno Belin n’a pas mâché ses mots devant la commission des finances lros de l’examen de son rapport d’information sur « Les moyens aériens de la gendarmerie et de la police nationales ».
Dans ce document remis le 30 juin dernier, le sénateur (LR) de la Vienne fait le constat d’une flotte héliportée de la Gendarmerie à bout de souffle.
Disponibilité en chute libre
Premier reponsable: la disponibilité des appareils. Sur un parc théorique de 55 hélicoptères, seuls 34 sont en moyenne effectivement disponibles, soit, « un pour trois départements », alors qu’un maillage territorial efficace en demanderait plus de 40. « Ce déficit explique les fermetures temporaires, par rotation, de certaines unités aérienne ».
Le taux de disponibilité technique des Écureuil AS350, les appareils les plus anciens, est ainsi passé de 69,7 % en 2018 à 43,7 % en 2025. Celui des EC145 a reculé de 73,8 % à 66,6 %, et celui des EC135, plus récents, de 83,1 % à 72,3 % sur la même période. Ces Écureuil affichent un âge moyen d’environ 40 ans, contre 20 ans pour les EC145 et 17 ans pour les EC135.
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En commission, Bruno Belin a illustré cette tension par un exemple concret vécu lors d’une visite à la base aérienne Villacoublay où se trouve les siège des formations aériennes de l’Arme. « Seul un des quatre hélicoptères compétent pour la région Île-de-France était disponible, dans le contexte de l’organisation du G7 à Evian et de la destruction d’un hélicoptère dans un accident intervenu en juin 2026 dans le Loiret. »
Fermetures annoncées des SAG
Sans acquisitions supplémentaires, il prévient qu’« environ dix sections aériennes pourraient devoir fermer à partir de 2028, à mesure que les hélicoptères anciens devront être retirés du service ».
Certaines fermeture temporairesont déjà eu lieu. Les SAG de Limoges, Égletons et Amiens ont ainsi été touchées, tout comme plusieurs implantations de montagne (Digne-les-Bains, Briançon et Modane). « Ces interruptions imposent de solliciter les bases voisines, d’allonger les délais d’intervention ou, éventuellement, de reporter certaines missions sur d’autres administrations », regrette le rapport. « Le risque de rupture capacitaire n’est donc plus seulement lié à la dégradation progressive de la disponibilité, il porte désormais sur la pérennité même d’une partie du maillage territorial. »
350 millions d’euros à trouver
Face à ces difficultés, le renouvellement de la flotte est en berne. « Les commandes actuelles portent seulement sur 16 hélicoptères », alors que 42 appareils devront être remplacés d’ici 2033.
La Gendarmerie doit disposer d’un parc minimal de 53 hélicoptères pour préserver le maillage territorial, soit « 24 sections aériennes en métropole et 6 outre-mer ». Pour l’atteindre, il préconise « l’acquisition urgente de 22 H145-D3 supplémentaires », pour un montant d’« un peu plus de 350 millions d’euros d’autorisations d’engagement », soit une dépense « légèrement supérieure à 50 millions d’euros par an pendant environ sept ans ».
Pas sûr que ces investissments soient lancés alors que le budget de l’Etat est en berne. Lors des échanges en commission, le rapporteur général Jean-François Husson a néanmoins rappelé que, « dans de nombreux domaines, nous prenons conscience qu’à force de repousser certains investissements, nous nous exposons à des difficultés ».











