Au terme de plusieurs mois d’investigations, les gendarmes de la brigade de recherches (BR) de Digne-les-Bains dans les Alpes-de-Haute-Provence ont interpelé, mardi 7 avril, cinq personnes soupçonnées d’orchestrer un mouvement sectaire, dont le couple au coeur de l’affaire.
C’est un signalement reçu en décembre 2025 par le procureur de la République de la ville qui a mis en branle une enquête d’envergure. Les enquêteurs ont identifié un groupement appelé « Lève-toi ». Animé par un couple vivant entre la France et l’étranger, il accueille régulièrement des adeptes dans une propriété située sur la commune de Bellaffaire, et apelée « le Refuge ». Pour étendre son influence, le couple s’appuie par ailleurs sur une chaîne YouTube. Elle s’intitule « Lève-toi international ». Les « les prédications du pasteur sont visionnées plusieurs milliers de fois », note le communiqué commun du parquet et de la Gendarmerie,
Conséquences graves pour les adeptes
Derrière cette façade de spiritualité, les militaires ont mis au jour des mécanismes d’emprise aux conséquences concrètes et parfois graves pour les victimes. Ainsi, « plusieurs adeptes sont soumis à une forte emprise psychologique, conduisant certains d’entre eux à modifier leurs choix de vie, à s’endetter, à rompre avec leur entourage ou à interrompre leurs traitements médicaux », précise le communiqué. Sur la vingtaine d’anciens adeptes identifiés à ce stade, dix ont d’ores et déjà été entendus par les enquêteurs.
Ceux-ci ont également mis en évidence « l’existence de flux financiers significatifs, alimentés par des dons, répartis sur plusieurs comptes bancaires et investis dans des biens immobiliers situés en France, en Belgique, en Suisse et en Israël ». Une coopération judiciaire internationale a été engagée pour permettre la saisie de ces avoirs à l’étranger.
L’opération menée en France le 7 avril sous l’autorité du juge d’instruction de Digne-les-Bains, a mobilisé quarante gendarmes. Le couple mis en cause ainsi que trois autres personnes, soupçonnées de participer à la gestion des fonds, ont alors été interpellés.
Les saisies réalisées ou en cours s’élèvent à environ 920 000 euros et comprennent, selon le communiqué : la propriété « Le Refuge », estimée à 700 000 euros ; 29 000 euros en numéraire ; 164 000 euros en or et 29 000 euros en argent ; ainsi qu’un véhicule d’une valeur de 15 000 euros.
Un numéro pour les éventuelles victimes du mouvement sectaire
À l’issue des gardes à vue, deux personnes ont été remises en liberté. Les trois autres ont été déférées devant le magistrat instructeur les 8 et 9 avril 2026. La personne présentée le mercredi 8 avril — un homme né en décembre 1984 — a été mise en examen pour « abus de faiblesse commis en bande organisée, escroquerie au préjudice de personnes en état de sujétion psychologique et blanchiment de fraude fiscale en bande organisée », selon le communiqué. Il a été placé en détention provisoire. Pour les deux autres mis en cause déférés le 9 avril, la décision du tribunal judiciaire de Digne-les-Bains n’était pas encore connue lors de la rédaction de cet article.
L’enquête se poursuit et la Gendarmerie invite les éventuelles victimes non encore identifiées à contacter les enquêteurs au 04 92 30 11 00.
MG
Lire aussi: Dossier : Les dérives sectaires (L’Essor de la Gendarmerie n°611 – Avril 2026)










