Mi-juin 1999, au Kosovo. « On est arrivés à Mitrovica de nuit, c’était un peu comme dans un film. Il y avait encore des voitures incendiées, des maisons qui continuaient de brûler. » Quelques jours après la résolution 1244 de l’ONU, Marc Muratovic a 30 ans lorsqu’il arrive au Kosovo avec 130 autres gendarmes. « On nous disait: Attention, ne quittez pas le goudron, parce que c’est risqué à cause des mines. »
Le pont de Mitrovica, symbole de la fracture
Mitrovica est alors une ville coupée en deux parties hostiles, les Albanais au Sud et les Serbes au Nord. Entre les deux, un pont, symbole de la fracture où, dès le lendemain de leur arrivée, les gendarmes s’interposent entre manifestants. Ils ne portent qu’une chemisette et aucun gilet pare-balles. « C’était assez impressionnant », se souvient Marc Muratovic, aujourd’hui major.
Un sous-officier polyglotte
Les gendarmes mettent en place un système similaire au dispositif français, avec un centre opérationnel et des brigades pour porter plainte. Très vite, les compétences linguistiques de Marc Muratovic le placent au cœur du dispositif judiciaire comme interprète. « Les premières plaintes concernaient des crimes. Il y avait des files d’attente pour ce motif. » Au début, l’absence d’interprètes locaux le met à contribution en permanence. « J’étais demandé de partout », se souvient le sous-officier.
Mais sa maîtrise du serbe est aussi source de danger, et il évite de le parler dans la rue. « Vous pouviez vous faire lyncher pour cela côté albanais », explique-t-il.
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Une mission et des rencontres qui marquent une carrière et une vie
Au-delà du maintien de l’ordre et des enquêtes, les gendarmes se retrouvent parfois dans des situations imprévues. Ainsi, ils protègent une famille isolée dans une enclave. « Tous les soirs, les gendarmes allaient passer du temps avec eux, discuter dans leur cour et les protéger pour ne pas qu’ils soient sortis de leur maison. » Après le départ du détachement du Kosovo, la famille finira par être chassée, raconte Marc Muratovic depuis son bureau où trône encore une photo de la mère de famille.
Il est retourné deux fois en mission au Kosovo: en 2005 pour neuf mois, puis en 2025 pour les élections. Mais c’est cette première mission de 1999 qui a marqué « sa carrière et sa vie ».
MG









