mercredi 30 septembre 2020
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Yves Fromion, député du Cher : «  Réduire les effectifs a été une erreur  »

Député (LR) du Cher, Yves Fromion fait son mea culpa sur la baisse des effectifs de la Gendarmerie, décidée par la précédente majorité. Saint-cyrien passé dans la préfectorale, il regrette le trop grand regroupement des brigades et plaide pour un renforcement de la gendarmerie mobile.

« L’Essor ».-  Que pensez vous des attaques des syndicats  de Police auxquelles le DGGN a répondu ce matin (1) dans une interview au « Parisien » ?

(1) Entretien réalisé le 4 février 2016.

Yves FROMION.- Je suis étonné de ce genre de choses, parce que l’un des objectifs du rapprochement de ces deux entités au sein du ministère de l’Intérieur était de permettre un dialogue un petit peu plus limpide et amical.

« L’Essor ».- Certains syndicats de Police demandent d’ailleurs la fusion des deux forces avec autant de virulence qu’avant le rapprochement. Ce qui constituait d’ailleurs l’une des principales inquiétudes de beaucoup de gendarmes avant l’adoption de ce texte de loi.

Yves FROMION.- Ainsi que celle des parlementaires. Nous mesurions cependant l’intérêt de ce texte dans la fin de la guerre des polices, qui est sans doute quelque chose qui prenait parfois un tour un peu trop radical. On le sent bien d’ailleurs dans les territoires ruraux.

Notre volonté était de rationaliser les choses, mais nous craignons également la contagion avec les policiers qui revendiquent une fusion.

A la commission de la Défense, nous tenions tout particulièrement à ce que la militarité du métier de gendarme soit conservée, parce que cela donne à cette force une sorte de souplesse dans son emploi.

« L’Essor ».- N’est-ce pas d’ailleurs, pour l’Etat, le principal avantage de la militarité des gendarmes ? Les missions militaires sont finalement peu nombreuses par rapport aux sujétions liées au statut militaire.

Yves FROMION.- C’est vrai que les missions militaires sont assez faibles. Parmi elles, il y a la prévôté, mais aussi la Force de gendarmerie européenne (FGE). Il y a aussi de nombreux pays qui ont conservé une Gendarmerie, et cela permet de créer des coopérations. Il y a pas mal de formations dans les pays africains. Je suis allé en République centrafricaine ou au Mali, on voit bien que la Gendarmerie française représente une façon différente d’aborder les problèmes de sécurité intérieure.

Le fait d’avoir deux forces est historique. Je trouve qu’il n’est pas inutile d’en avoir une davantage dédiée à l’espace rural, parce que la mission des gendarmes est de couvrir le territoire, et celle de la police de couvrir la population.

Il est vrai qu’aujourd’hui, les territoires ont évolué, et que 80 % de la population française se trouve dans les villes.

« L’Essor ».- Pourquoi, lors de son audition par la commission de la Défense, avez-vous interpellé le Directeur général sur les fermetures de brigades dans votre circonscription ?

Yves FROMION.- Je suis un défenseur opiniâtre du dispositif de brigades de Gendarmerie. Qu’elles aient été un peu regroupées, on peut le comprendre : il y a une démographie déclinante dans l’espace rural que l’on ne peut contester.

Pour autant, il y a des besoins qui s’expriment de manière très claire, et c’est pourquoi je trouve que le mouvement de regroupement des gendarmes est excessif dès lors qu’il conduit à faire le vide.

La difficulté des gendarmes, c’est de couvrir le territoire. C’est ce qu’ils faisaient avec le maillage territorial. S’ils ne veulent plus couvrir le territoire, leur légitimité va aussi être atténuée.

Je ne me résous pas à accepter la contraction du dispositif de la Gendarmerie. Je pense que c’est une énorme erreur. Ce sont les seuls à faire le rappel à la loi pour les jeunes. Ce n’est pas négligeable. C’est le seul rappel de l’autorité. Si on supprime le rappel à la loi dans tout l’espace rural, il ne faut pas s’étonner que la société parte en vrille.

« L’Essor ».- Le général Favier a plusieurs fois exprimé sa volonté de fermer les brigades comportant trop peu de gendarmes.

Yves FROMION.- Il est possible qu’il y ait des brigades avec trop peu d’effectifs. Mais on doit d’abord se demander pourquoi elles en ont trop peu. Les gendarmes ne se sont pas évaporés : ils n’y sont plus parce qu’on les met ailleurs, ou que l’on s’en sert pour autre chose.

Dans mon département, on ne peut plus dire qu’il y ait encore des brigades à faible effectif. Ce n’est pas vrai. Par contre, ce que l’on observe, c’est la volonté des gendarmes de se regrouper sur des centres relativement importants, parce que certains chefs-lieux de canton ont perdu beaucoup de substance.

« L’Essor ».-  Vous avez évoqué des communauté de brigades faisant la taille d’une demi-compagnie.

Yves FROMION.- Beaucoup d’opérations ont été faites concernant les regroupements de brigades. Je trouvais que ce système de communauté de brigades était une bonne chose parce qu’il maintenait un dispositif qui me convenait.

Aujourd’hui, on en est à détricoter cette bonne idée en regroupant en un seul lieu les brigades qui sont en communauté.

Peu à peu, on risque effectivement d’avoir des compagnies constituées de deux grosses brigades.

Si cela présente un intérêt en terme comptable, cela a forcément des conséquences sur l’occupation du terrain et sur la visibilité des gendarmes. C’est une évidence.

Les brigades de gendarmerie sont aussi importantes pour la vie rurale que les écoles. Il ne faut pas se leurrer. Les gens ont besoin de sécurité et d’éducation. Si on supprime la fonction sécurité, cela entraînera la disparition des autres fonctions. Parce qu’elles vont de pair.

Certes, cela dépend des moyens que l’on donne à la Gendarmerie. Mais je suis défenseur d’un dispositif de Gendarmerie aussi étalé que possible sur le terrain.

« L’Essor ».- Quel est l’intérêt d’un tel étalement ?

Yves FROMION.- C’est en vivant à proximité de la population qu’on recueille le renseignement, qui est une fonction essentielle de la Gendarmerie. Quand vous êtes regroupés dans des grosses structures d’une petite ville, dans le meilleur des cas vous allez faire un tour sur le marché, mais vous ne savez plus ce qui se passe autour, dans toutes les petites communes. Les gens ne viennent plus vous voir spontanément. Le renseignement était d’une très bonne qualité dans la Gendarmerie, parce que les gendarmes se promenaient et que les gens allaient spontanément les voir.

Aujourd’hui, vous avez des gendarmes qui sont représentatifs de la population nationale, c’est-à-dire avec un recrutement très largement urbain et non pas rural, ils ne sont pas habitués à ce monde.

Si vous les regroupez dans des pôles de gendarmerie, ils ne vont pas avoir une propension naturelle à aller sur le terrain pour voir les gens dans les fermes et les hameaux.

« L’Essor ».- La Gendarmerie fait aussi avec l’effectif qui lui est alloué. On ne peut mettre des gendarmes partout.

Yves FROMION.- C’est exact. Je considère que la Gendarmerie a été trop touchée par les mesures de réduction d’effectifs. Aujourd’hui, au regard de la situation, il y a des efforts à faire pour accroître ses effectifs.

Je pense que ces efforts doivent être portés en priorité sur la gendarmerie mobile, parce que, face à la menace terroriste, ce n’est pas l’armée qui doit être en première ligne. On a fait massivement appel à l’armée, parce que la Gendarmerie comme la Police, à travers leurs deux composantes de sécurisation des territoires que sont la gendarmerie mobile et les CRS, sont au taquet.

On a vite fait le tour des 100 escadrons de gendarmerie mobile, d’autant plus qu’ils conservent également leur mission traditionnelle.

« L’Essor ».- Ces réductions d’effectifs ont pourtant été décidées par la majorité précédente, dont vous faites partie.

Yves FROMION.- J’assume cela. J’étais député et je ne cherche pas à fuir mes responsabilités de parlementaire. Mais nous avons, à mon avis, commis une erreur en réduisant les effectifs de la Gendarmerie autant que nous l’avons fait.

Aujourd’hui, il faut savoir reconnaître les erreurs qui ont été commises et il faut redonner des moyens à la Gendarmerie, et notamment aux forces de gendarmeries mobile, qui sont en première ligne face à la menace terroriste. Et je dirai la même chose de la Police au sujet des compagnies de CRS.

« L’Essor ».- Vous pensez donc que les mesures de recrutement annoncées par le ministre de l’Intérieur vont dans le bon sens ?

Yves FROMION.- Il faut quand même attendre de voir quand ces renforcements vont arriver et comment ils vont se faire, mais on ne peut pas critiquer l’intérêt de renforcer la Gendarmerie.

Je pense qu’un renfort de la gendarmerie mobile ne sera pas significatif en dessous de 2 000 militaires.

« L’Essor ».- Le fait que les gendarmes mobiles doivent renforcer les gendarmes départementaux n’est-il pas surtout le signe que ce sont ces derniers qui sont trop sollicités ?

Yves FROMION.- La gendarmerie mobile est aussi une forme de réserve générale de la Gendarmerie. Il n’est donc pas anormal que les gendarmes mobiles, lorsqu’ils ne sont pas sollicités pour des manifestations, soient appelés à venir renforcer ponctuellement les brigades.

On sait que, sur le territoire rural, les forces de Gendarmerie sont globalement en nombre insuffisant pour répondre à certaines missions. C’est d’ailleurs pourquoi les gendarmes font si souvent appel aux réservistes.

A ce sujet je pense que, même si l’armée a une vocation naturelle à défendre le territoire national dans des contextes tels que le terrorisme, il y a néanmoins des savoir-faire et des procédures que les militaires ne sont pas habitués à mettre en œuvre. Tout simplement parce qu’ils ne sont pas formés pour cela. Que l’on ait des militaires sur le territoire national lors de circonstances exceptionnelles, pourquoi pas. Mais le reste du temps, c’est une affaire de spécialistes.

Cela veut donc dire qu’il faut renforcer les moyens de la Gendarmerie, et notamment permettre à la gendarmerie mobile de développer ses réserves à travers un système qui viserait à avoir des escadrons dérivés.

« L’Essor ».- Vous parlez d’escadrons de réserve ?

Yves FROMION.- C’est cela. Que chaque escadron ait un ou deux pelotons sur son territoire, sous forme de réserves mobilisables avec l’escadron ou en dehors. Je trouve qu’il y aurait là un moyen extrêmement intéressant de développer les capacités d’action de la Gendarmerie.

« L’Essor ».- Les réservistes ne sont plus affectés en mobile depuis l’an dernier, en partie à cause des coûts de fonctionnement qu’induisent les déplacements.

Yves FROMION.- Je ne conteste pas cela, mais je dis que la sécurité a un coût. Aujourd’hui,

le ministre de la Défense,  Jean-Yves le Drian, annonce qu’il veut faire passer le nombre de réservistes à 40 000, tout en augmentant le budget des réserves qui passe de 70 à 80 millions. Son objectif est, en 2017, de pouvoir mettre 1000 réservistes par jour sur le terrain.

Cela coûtera cher, et je préfère que l’on emploie des réservistes de la Gendarmerie qui ont été formés pour faire ce métier, plutôt que l’on forme des réservistes militaires pour les mettre à des tâches d’ordre public.

L’armée n’est plus à même d’exercer la totalité de ses missions. Il ne faut donc pas lui en confier une qui ne soit sa mission première. Essayons plutôt de la donner à ceux qui ont été constitués pour cela, renforçons la Gendarmerie.

« L’Essor ».- Que pensez-vous des propositions récentes de créer une garde nationale ?

Yves FROMION.- Cette question ressurgit chaque fois qu’il y a des soucis.

J’ai entendu avec quelque surprise le président de la République évoquer cela devant le Congrès à Versailles, surtout sachant les réactions que l’on avait pu avoir de la gauche à une certaine époque lorsque nous l’avions proposé. Je trouve que cette idée est une absurdité. On veut s’inspirer de certains pays tels les Etats-Unis, où la garde nationale a une légitimité historique.

« L’Essor ».- D’autant que le principe s’approche de celui des réserves.

Yves FROMION.- La garde nationale serait une quatrième force de nature réserve. Il vaut mieux renforcer la réserve de la Gendarmerie, qui est légitime dans notre pays, avec notre tradition et notre organisation, plutôt que de créer une force que personne ne sait comment intégrer et articuler avec le reste.

« L’Essor ».- Cela ne renvoie-t-il pas à la fascination actuelle pour le service militaire ?

Yves FROMION.- Tout à fait. Je pense d’ailleurs que relancer le service national aujourd’hui est une totale utopie. J’ai servi dans l’armée à l’époque où il y avait le service national. Aujourd’hui, les armées n’en ont aucun besoin, et nous n’avons rigoureusement aucun moyen pour appeler des jeunes, les héberger, les loger et les former. C’est vraiment un serpent de mer totalement déconnecté de la réalité.

D’autant qu’il faut réfléchir à la raison pour laquelle 700 000 jeunes accepteraient de venir passer six mois dans un camp d’entraînement militaire, porter l’uniforme et crapahuter, dès lors que tout le monde sait que, derrière, cela n’a aucune utilité. A l’époque du service national, il y avait le pacte de Varsovie, ou l’Algérie, et c’est pour cela que les jeunes admettaient les contraintes du service national : il avait une finalité. L’armée n’est pas faite pour pallier les carences de l’Education nationale et des familles. D’autant qu’il y aurait d’autres moyens que l’armée pourrait déployer.

« L’Essor ».- Lesquels ?

Yves FROMION.- L’armée dispose de six lycées militaires, c’est ce qu’on appelait les écoles militaires préparatoires ou les enfants de troupe.

Ils pourraient s’intéresser aux collégiens qui sont déjà en situation de décrochage. C’est à ce niveau-là qu’il faudrait s’en occuper.

Puisque la défense a des établissements, pourquoi ne pas les multiplier par deux ou trois pour en faire des établissements qui ne soient pas des établissements pénitentiaires mais qui, en accord avec les rectorats, pourraient accueillir les élèves ingérables ?

Voilà un exemple de ce que l’armée pourrait faire. Elle serait légitime puisqu’elle a déjà des lycées.

Légende-photo : Yves Fromion, 74 ans, est député (Les Républicains) du Cher. Membre de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, cet ancien officier de l’armée de Terre a également occupé les fonctions de chef de cabinet du préfet de Police de Paris. Il représente l’Assemblée nationale au Conseil supérieur des réserves militaires.

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3 Commentaires

  1. le doze

    je suis absolument d accord avec cet article. Dans mon
    département depuis 5 ans nos pauvres gendarmes nous les voyons
    de moins en moins.

  2. le doze

    je viens de signaler ce qu il en etait

  3. noe

    L’Essor ».- Vous avez évoqué des communauté de brigades faisant la taille d’une demi-compagnie.*
    * incroyable hallucinant de lire des “” Couillonnades “” pareiles
    alors que la délinquance se développe partout dans les petites communes , ex; un membre de ma famille vivant dans un tout petit village soit disant tranquiile a élé agressé ce we a 70 ans ar des jeunes ados qui l ont fait tomber trainée par terre pour lui arracher son tel portable ,,,,!
    et plus de gendarmes pr courrir après ces petites racaill de délinquants de brigade y en a plus dans le coin ,, mais des petits délinquants oui ,,,,!

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