dimanche 9 mai 2021
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L'homme d'affaire rwandais Félicien Kabuga a été arrêté le 16 mai 2020 par les gendarmes de l'OCLCH (Photo: DR).
L'homme d'affaire rwandais Félicien Kabuga a été arrêté le 16 mai 2020 par les gendarmes de l'OCLCH (Photo: DR).

Une sous-officière a permis l’arrestation du financier du génocide rwandais

Elle a réussi là où le FBI a échoué. Avec ses collègues de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH), l’adjudante Estelle Vaucher-Grondin a mis fin, il y a près d’un ans, à la longue cavale du financier du génocide rwandais Félicien Kabuga. Âgé de 88 ans, celui-ci dort désormais sous les verrous à La Haye (Pays-Bas). Il s’y verra bientôt jugé par les magistrats du Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI).

Le 16 mai 2020, l’homme était arrêté dans un appartement d’Asnières-sur-Seine où il vivait sous une fausse identité. Sans la ténacité de cette sous-officière de gendarmerie, 43 ans, il n’aurait peut-être jamais eu à répondre de ses crimes.

Kabuga, longtemps insaisissable après le génocide

En février 2020, le parquet général de Paris et le procureur du Mécanisme international relancent l’enquête. Estelle Vaucher-Grondin connaît déjà le dossier sur le bout des doigts. Elle a disséqué toutes les informations disponibles sur Félicien Kabuga. Il a dirigé la Radio-Télévision libre des Mille Collines, connue pour ses appels au meurtre des Tutsis. Ce Hutu a également financé la création et l’armement des milices Interahamwe à l’origine de la plupart des massacres commis d’avril à juillet 1994. Vite recherché par la justice internationale, objet d’une notice rouge d’Interpol, il demeure insaisissable. 

Sa dernière trace remonte à septembre 2007, lorsqu’il a subi dans une clinique de la région de Francfort l’ablation d’une tumeur au cou. Un maigre indice. Alertée par la police fédérale belge, la sous-officière s’intéresse alors aux treize enfants de l’octogénaire, dont huit résident en France. En épluchant les fadettes des frères et sœurs Kabuga, un détail lui saute aux yeux. Tous leurs téléphones bornent régulièrement à Asnières-sur-Seine où aucun d’entre eux n’est pourtant domicilié.

Prime de 5 millions de dollars

Le mystère s’éclaircit quand elle découvre que l’un des frères, locataire à Paris, acquitte la taxe d’habitation d’un logement dans la ville des Hauts-de-Seine. Un domicile pourtant bien occupé. En témoignent les factures d’eau et d’électricité réglées rubis sur l’ongle par les enfants. Ont-ils caché leur père, octogénaire et malade, dans cet appartement du 99, rue du Révérend-Père-Christian-Gilbert?

Un autre élément renforce cette intuition. Une des filles Kabuga a libellé un chèque à l’ordre de l’hôpital Beaujon de Clichy, une ville voisine. L’hôpital confirme avoir opéré un homme de 85 ans domicilié à Asnières. La photo de cet homme, titulaire d’un passeport de la République démocratique du Congo, ne laisse plus aucune place au doute. Il s’agit bien du criminel recherché par toutes les polices. Les Etats-Unis ont même promis une prime de 5 millions de dollars pour tous renseignements qui conduiraient à son arrestation.

Dès lors, il faut agir, et vite. Quand les gendarmes font irruption dans l’appartement le 16 mai 2020, Estelle Vaucher-Grondin se précipite dans la chambre et découvre un vieil homme encore dans son lit. Félix Kabuga est enfin arrêté, après 23 ans de cavale. L’opiniâtreté de l’enquêtrice a payé.

Cette fille de gendarme chérit “le respect des règles”

Il faut dire que la carrière de cette fille de gendarme qui chérit “le respect des règles”, comme elle le confie dans le portrait que lui consacre Madame Figaro, confine à la vocation. Après des études de droit, celle qui est aujourd’hui mère de trois enfants passe le concours de sous-officiers de Gendarmerie. Femme de caractère, elle doit faire ses preuves dans un métier encore très masculin. D’abord à Castries (Hérault), puis surtout à Case-Pilote (Martinique), où la vie n’est pas rose tous les jours. L’aventure se solde d’ailleurs par un divorce et un retour en métropole.

Lire aussi: Des renforts à l’OCLCH pour lutter contre les crimes de haine

A Paris, elle rejoint le service de renseignement judiciaire et se forme à la reconnaissance faciale. Un nouveau métier qui la conduit à Washington pour se perfectionner auprès du FBI. Capable de mémoriser et d’identifier un visage quasi instantanément, elle se révèle extrêmement douée. C’est ainsi que la “superphysionomiste” intègre l’OCLCH, ce service de police judiciaire dirigé alors par un colonel de gendarmerie, qui traque génocidaires, bourreaux et tortionnaires. Une petite unité sous l’égide la section AC5 du Parquet et de la juridiction d’instruction du pôle spécialisé du tribunal de grande instance de Paris. Installés au fort de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), puis à Paris, les enquêteurs de l’OCLCH restent fidèles à leur devise: “Hora fugit, stat jus” (le temps passe, le droit demeure).

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