dimanche 11 avril 2021
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Double page du journal de l’AAMFG consacrée à la remise de l’ordre du Mérite à Murielle Noël par Claude Guéant, en plein milieu de sa campagne de harcèlement contre Vincent Ouziel.
Double page du journal de l’AAMFG consacrée à la remise de l’ordre du Mérite à Murielle Noël par Claude Guéant, en plein milieu de sa campagne de harcèlement contre Vincent Ouziel.

Quand une association est dévoyée avec le soutien de la hiérarchie de la Gendarmerie

C’était une belle cérémonie. Le 16 mars 2012, à Cressac, dans la Creuse, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant remettait les insignes de chevalier de l’ordre national du Mérite à Murielle Noël, à la tête de l’Association d’aide aux membres et familles de la Gendarmerie (AAMFG). Au côté du ministre se tenait le général de corps d’armée Laurent Muller, alors major général, qui gagnerait moins d’un mois plus tard sa cinquième étoile en devenant inspecteur général des armées-Gendarmerie.

Du beau monde, donc, pour récompenser le travail de la présidente de l’AAFMG. “La République, expliquait le ministre, souhaitait distinguer, aussi, le souci de mesure et de dialogue dont (elle avait) toujours fait preuve dans (ses) contacts avec les pouvoirs publics.”

A l’origine du conflit avec la présidente d’association: l’organisation du bal de la Gendarmerie

S’il avait été dans la salle, le capitaine Vincent Ouziel aurait probablement ri jaune. Depuis qu’il avait pris, à l’été 2011, le commandement de la compagnie de Guéret, il avait en effet eu maille à partir avec Murielle Noël, dont le mari, Marc, maréchal des logis-chef, servait sous ses ordres.

Lire aussi: Murielle Noël définitivement condamnée pour harcèlement sur un officier

A l’origine de ce conflit on trouve un motif futile. Vincent Ouziel avait en effet mis un terme à un arrangement de son prédécesseur: le bal de la Gendarmerie. Désormais, celui-ci ne serait plus organisé par la compagnie, jugé trop chronophage.

L’officier sera dès lors victime de harcèlement moral de la part de Murielle Noël. Elle adressera des plaintes multiples à tous les niveaux de la hiérarchie du jeune capitaine. Certaines iront jusqu’à la Direction générale.

Une pression intense sur les épaules du jeune officier

La pression est alors forte sur les épaules de Vincent Ouziel. Elle s’étend dans des domaines inattendus. Ainsi, Murielle Noël doit se rendre régulièrement à la direction générale de la Gendarmerie. En tant que présidente d’association, elle y assiste à des réunions avec des cadres de l’Institution. Elle n’hésite alors pas à solliciter Vincent Ouziel pour qu’il aménage le service de son mari. Elle souhaite en effet que celui-ci la conduise sur la capitale.

Mais Vincent Ouziel tarde à répondre. Il recevra alors un mail du chargé de mission ressources humaines au cabinet du directeur général. Celui-ci lui explique qu’il serait opportun de répondre favorablement à cette sollicitation.

Un mois plus tard, le commandant de la région Limousin viendra lui-même remonter les bretelles de Vincent Ouziel. Dans les locaux de la compagnie, le général Michel Labbé lui demande de se montrer plus conciliant avec Murielle Noël.

Pour enfoncer le clou, il lui enverra, une dizaine de jours avant la décoration de Murielle Noël, un courrier intitulé “Amélioration de votre façon de servir.” Dans cette lettre menaçante, il lui reprochera notamment de ne pas avoir complimenté Murielle Noël lors de la publication du décret portant sa nomination dans l’ordre du Mérite, ou encore de ne pas s’être “approprié les enjeux de la situation”. Le général souligne que Vincent Ouziel est appelé à la côtoyer régulièrement. En effet elle occupe, au titre de son association, un bureau dans les locaux de la compagnie. Il conclut sa lettre en indiquant qu’elle “constitue le dernier avertissement”.

“La pédagogie n’est plus à l’ordre du jour”, écrit Murielle Noël au commandant de région

Il est ainsi au diapason de Murielle Noël. Celle-ci avait en effet écrit au général Labbé à l’été 2012, qu’elle venait de parler de la situation “sur Paris”. “La pédagogie (n’est) plus à l’ordre du jour”, avertissait la présidente d’association de Gendarmerie.

Au milieu des nombreuses difficultés rencontrées par Vincent Ouziel, un événement sort du lot. Il le décidera à porter plainte au pénal pour harcèlement moral. L’une de ses gendarmes avait demandé une mutation exceptionnelle liée à des difficultés personnelles. En octobre 2012, un coup de fil de Murielle Noël lui apprend que toutes ses demandes sont refusées. A bout, la jeune femme envisage de commettre l’irréparable. Un camarade intervient pour l’emmener voir un médecin. Il patiente le temps qu’elle réponde à un coup de fil. Elle raccroche et lui explique que c’était Marc Noël. Selon elle, il lui avait assuré que Vincent Ouziel avait émis un avis défavorable à ses demandes. Une information fausse.

Allègement de la peine en appel

Si les époux Noël contestent cette version, c’est bien celle que retiendront les juges de première instance. Il les condamneront, le 1er juin 2017. Elle à huit mois de prison avec sursis avec cinq ans d’interdiction de diriger une association en lien avec la Gendarmerie, et lui à deux mois de prison avec sursis. La peine sera largement allégée en appel, le 4 mai 2018, après une audience qui avait vu témoigner, cité par la défense du couple, le général Labbé, alors numéro 2 des ressources humaines de la Gendarmerie. Marc Noël obtiendra une relaxe. Murielle Noël écopera d’une condamnation à 2.000 euros d’amende, 2.000 euros de dommages et intérêts et 1.000 euros aux dépens.

Hasard du calendrier, la Cour de cassation confirmera cette condamnation début 2019, quelques mois après celle de Claude Guéant dans l’affaire des primes en liquide du ministère de l’Intérieur. La fin d’une époque.

Lire aussi: Affaire Noël: “Selon que vous serez puissant ou misérable…”

Retrouvez également le dossier complet sur les associations dans la Gendarmerie, dans votre magazine L’Essor de la Gendarmerie n°552 (avril 2021).

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4 Commentaires

  1. Retrate

    Ce qui serait intéressant, voire amusant, ce serait de pouvoir lire le mémoire de proposition qui a permis à cette dame de ce voir attribuer une décoration dans l’ordre national du mérite. On pourrait également voir qui a signé le mémoire.

  2. Jean-Pascal CANIVET

    Il faut que le capitaine aille jusqu’au bout des procédures et qu’il retrouve son honneur et ses droits face à des comportements de cloportes qui se complaisent dans la médiocrité c’est à dire les Guéant et consorts qui adorent les petites gens qui font tout pour ne pas travailler mais aiment organiser messes, bals et autres balivernes. Ça c’est facile. Seul compte l’intérêt général.

  3. Hirondelle

    L’ONM a été attribué dans le délai minimum d’activité requises (10 ans), par décret du 14.11.2011 au titre du contingent du Ministère de l’Intérieur.
    Le Ministre a remis personnellement la décoration et son discours éclaire sur la motivation de la décision, en filigrane sur le contenu du mémoire de proposition, potentiellement sur son origine.
    http://aamfg.fr/wp-content/uploads/2012/10/20120316-DISCOURS-Decoration-ONM-Murielle-Noel-AB.pdf

  4. Desbois

    C’est quand même écœurant de voir que de tels faits peuvent se produire à l’intérieur de cette institution qu’est la gendarmerie et tout cela, sous couvert de nombreuses autorités. J’écrirais même que c’est lamentable. Heureusement que nos Gendarmes ne se comportent pas de la sorte sur le terrain !
    Encore une fois un personnel a été sacrifié par ses chefs, pour une sinistre cause.
    En lisant les derniers articles, la Gendarmerie réfute vraisemblablement tout acte de harcèlement, même après enquête interne. Mais à force de persévérance de la part des victimes et ou des familles, la vérité finit parfois par sortir.
    Bonne continuation au chef d’escadron OUZIEL.

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