dimanche 27 septembre 2020
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Souvenir de Jean Cousteix

Les faits remontent à 1948. Sortant du stage d’élèves gendarmes de Pamiers dans l’Ariège, je venais d’être affecté depuis quelques semaines à un Escadron de la Garde Républicaine en formation en Charente-Maritime. Cet escadron est aujourd’hui dissous.

En tant qu’unité en formation, nous étions, en principe exempts de déplacements pendant six mois pour nous donner le temps de réaliser nos dotations en matériel. A l’automne 1948 des grèves à caractère insurrectionnel éclatent dans tous les charbonnages de France. Le ministre de l’Intérieur de l’époque utilisa même pour les réprimer, les half-track de la Gendarmerie des FFA appelés en renfort. Il en fut vite fait de notre indisponibilité et l’on nous dirigea par chemin de fer, avec le matériel que nous avions, vers le bassin minier du Tarn.

Le voyage ne se déroula pas sans encombre, puisque la locomotive du train qui nous précédait avec un autre escadron fut décrochée par les grévistes dans une petite gare de campagne à quelques kilomètres d’Albi. Ceci nous obligea, pour pouvoir débarquer notre matériel à improviser un quai de fortune, avec des traverses de chemin de fer que nous dûmes porter à dos d’homme.

Cette opération terminée nous avons rejoint par la route le cantonnement qui nous était affecté à Cagnac-les-Mines. Là, grande surprise ! En fait de cantonnement, nous disposons d’une salle de cinéma appartenant à la Mine, dont les sièges ont été retirés et pour couchage, une belle couche de paille d’une bonne vingtaine de centimètres d’épaisseur.

Imaginez un escadron de gardes en, tenue de maintien de l’ordre, vareuse noire, culotte de cheval et leggins, avec armes et bagages piétinant une couche de paille dans un cinéma.  Chaque matin il fallait “regonfler” la paille, tracer des allées au balai pour pouvoir circuler sans soulever trop de poussière. Enfin, il fallait bien s’en accommoder !

Un soir, au retour d’un service de maintien de l’ordre, suite à une manifestation à Albi, notre commandant d’escadron nous informe qu’un représentant d’une importante association nationale de retraités de la Gendarmerie, en visite dans les escadrons déplacés dans la région nous attend au cantonnement.

Il s’agit de Monsieur Jean Cousteix, en personne, président et fondateur de l’Union Nationale des Personnels Retraités de la Gendarmerie et de la Garde (UNPRGG)… C’était l’appellation de l’époque.

Après qu’il eut effectué une visite rapide de notre cantonnement, en compagnie du Capitaine, nous nous sommes rassemblés dans une cantine de la Mine qui nous servait de réfectoire. Au cours d’une allocution véhémente, le président Cousteix s’indigne de nos conditions de logement. Il nous déclare qu’il existe dans les intendances militaires des stocks de lits pliants provenant des surplus américains.

Rentrant le lendemain à Paris, il nous promet d’intervenir auprès de la Direction de la Gendarmerie pour qu’elle fasse l’acquisition de ces lits. Il faut croire qu’il fut convainquant, car quelques semaines après son passage nous percevions auprès du service matériel de notre légion à Limoges une centaine de lits pliants et les matelas de crins correspondants. Entre temps nous avions été dotés d’enveloppes de toile pour y insérer notre paille et en faire des paillasses.

Ce fut là mon premier contact avec l’UNPRG dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Depuis cette date, dans ma longue carrière de garde, puis de gendarme mobile (nouvelle appellation à partir de 1954), j’ai toujours eu une pensée respectueuse pour le Président Cousteix, en dépliant mon lit de camp lors de mes nombreux déplacements.

Robert Douteau,

Légende-photo : sur cette photo datant d’avant la Seconde Guerre mondiale, Jean Cousteix pose en tenue de cérémonie avec ses décorations.

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Un commentaire

  1. Cousteix

    Je suis émue de retrouver la photo de mon arrière grand-père, fils de Guillaume Cousteix, mon grand-père.
    Mon père, Jean Cousteix décédé en 2002 aurait été tout aussi ému!
    J’ai montré cette photo à mon fils, scolarisé au lycée miliaire de Saint Cyr l’Ecole qui a lu l’article.
    En cette période de bac, cela remobilise les troupes…
    Bien cordialement,
    F.Cousteix

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