lundi 30 novembre 2020
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Sécurité publique/privée : les coopérations vont se renforcer

Assaillies par la demande, en particulier depuis les attentats de Paris, les sociétés de sécurité privées sont appelées à évoluer, assurant de plus en plus de missions jusque là gérées par la Police et la Gendarmerie.

Le secteur, lui-même, est en progression constante. Il compte 152.000 salariés avec un chiffre d’affaire de 5,7 milliards d’euros en 2014, en hausse de 3% par rapport à 2013.

C’est un secteur qui pèse lourd dans l’économie et je crois que cette progression va continuer sous l’effet de trois facteurs, analyse Cyrille Schott, directeur de l’INHESJ (Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice), ce secteur est conduit à se développer car la demande de sécurité est plus forte au sein de la société, c’est aussi la conséquence de l’internationalisation des risques et du développement de nouvelles menaces, enfin l’Etat ne peut pas tout ou ne peut plus tout faire.”

 

 

D’ailleurs, l’Etat s’est organisé par rapport à la montée en puissance des sociétés de sécurité privées. Texte de référence relatif à la sécurité privée en France, la loi du 12 juillet 1983 réglemente les activités privées de surveillance, de gardiennage et de transport de fonds. Un texte régulièrement amendé et modifié au gré des évolutions (LOPSI, LOPPSI, adaptations,…). Aussi, plusieurs organismes ont été créés pour mieux contrôler ce secteur, dont le Cnaps (Conseil national des activités privées de sécurité), un établissement placé sous la tutelle du ministère de l’Intérieur, chargé de l’agrément, du contrôle et du conseil des professions de sécurité privées.

Depuis les attentats de janvier dernier, il semble que les pouvoirs publics considèrent cette profession comme étant plus fréquentable, le recours à ces sociétés est massif. Ce n’était pas le cas avant.” affirme Patrick Haas, le directeur de la revue spécialisée “en toute sécurité”.

Les coopérations entre les forces publiques de sécurité et les sociétés de sécurité privées, déjà à l’oeuvre, se renforcent depuis plusieurs années. C’est le cas dans les stades, sur les navires marchands ou encore dans les aéroports. A Roissy, l’aéroport Charles de Gaulle emploie ainsi quelque 4.500 agents de sécurité privée. Le contrôle des bagages, auparavant effectué par la Police aux frontières (PAF), est désormais attribué à des agents de sécurité privée. “Ce n’est pas le rôle de la PAF de faire ce type de contrôle de sécurité, remarque Cyrille Schott, le directeur de l’INHESJ (Institut des hautes études de la sécurité et de la justice), la PAF doit agir pour lutter contre l’immigration clandestine, assurer la sécurité de nos frontières, lutter contre certaines pratiques illicites,…je crois que le contrôle des bagages revient naturellement aux sociétés de sécurité privées, qui, par ailleurs, sont contrôlées par l’Etat”.

Les marchés publics, représentent 30% du marché de la sécurité privée. Un débouché conséquent lié aux prestations de gardiennage de bâtiments publics (collectivités locales), de surveillance de HLM,… “ ça coûte évidemment beaucoup moins chère de faire appel à un prestataire extérieur que d’avoir des agents en interne”, relève Patrick Haas.

Des coopération qui s’exercent, bien sûr, dans certaines limites. Comme le veut l’article L613-1 du livre VI du code de la sécurité intérieure (CSI) régissant la profession, les agents « ne peuvent exercer leurs fonctions qu’à l’intérieur des bâtiments ou dans la limite des lieux dont ils ont la garde.” La sécurité privée sur la voie publique ne peut donc être assurée que de manière exceptionnelle, par le biais d’une dérogation.

Le secteur vit essentiellement des activités de surveillance qui représentent plus de 70% de son chiffre d’affaires. La diversification des activités tend à s’accroître avec le développement de la télésurveillance, de la sûreté aérienne et aéroportuaire, des transports de fonds, ou encore des détectives privés,…mais elle est encore minoritaire.

Depuis les attentats, nous n’avons pas de surcroît d’activité”, s’étonne ainsi Jean-Nöel de Galzain, le PDG de Wallix, société spécialisée dans la cybersécurité. Ce dernier affirme disposer de systèmes innovant, allant de de la gestion des accès informatiques à l’analyse du trafic internet, qui permettraient pourtant de renforcer la sécurité des structures publiques.  “La sécurité n’est pas uniquement physique, souligne t-il, on ne peut pas, dans le cadre de l’Etat d’urgence, installer 70.000 policiers devant les établissements scolaires. Les réseaux terroristes s’organisent aussi à travers l’électronique, il faut donc assurer la sécurité informatique et couper leurs moyens d’organisation et de prolifération.”  

En revanche, s’il y a bien une priorité sur laquelle insiste le gouvernement en matière de sécurité privée, c’est celle de la formation. En décembre 2014, lors des 3èmes assises nationales de la sécurité privée, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve avait d’ailleurs insisté sur ce point. Il avait alors indiqué qu’il souhaitait mettre en place des dispositions pour contrôler aussi les organismes de formation. “On s’est rendu compte, par le passé, qu’il y avait des formations qui n’étaient pas très solides, ni très sérieuses, reconnaît Cyrille Schott, avec des délivrances de certificats de qualification qui ne correspondaient pas à une réalité. Certains agents de sécurité ne parlaient même pas notre langue nationale”.

La question de la formation se pose d’autant plus dans un contexte de menace terroriste grandissante. Dans la perspective d’un recours aux sociétés de sécurité privées dans le cadre de grands évènements comme l’Euro 2016, un certificat de qualification spécifique vient de voir le jour. L’arrêté du 2 décembre 2015 crée ainsi une carte professionnelle de surveillance dans le cadre de “manifestations sportives, récréatives, culturelles et économique rassemblant plus de 1.500 personnes”. Cette formation comprend notamment un module de gestion aux risques terroristes d’une durée de 14 heures, sur 105 heures au total. 10 % de la formation est donc consacré à la gestion du risque terroriste.

Dans cette même perspective, le Cnaps suggère la création du métier d’agent de sécurité renforcée (ASR)  susceptible d’être déployé sur des espaces statiques très exposés et autorisé, dans les mêmes conditions que les transporteurs de fonds, à être armé. Le Cnpas recommande également d’utiliser des agents cynophiles de détection d’explosifs en complément de la Police et de la Gendarmerie, comme dans les zones aéroportuaires. La montée en puissance des sociétés de sécurité privée est bien engagée.

Nathalie DELEAU

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3 Commentaires

  1. pierre

    Laissez moi rire, que dis-je, m’esclaffer. Il y a quelques années, j’étais en poste à la B.T. de Rennes-Sud : une nuit, nous sommes appelés sur un dépôt France Télécom pour une intrusion sur le site implanté dans une zone industrielle : nous nous rendons immédiatement sur place, rejoints par deux équipes cynophiles d’une société de surveillance et de sécurité, sue je ne citerai pas. A ma demande de lacher les chiens sur l’emprise close citée, un refus catégorique m’est fait. Qu’elle était donc l’utilité de la présence des chiens si ce n’est de faire leur boulot de débusquer les délinquants ? Je n’ai jamais eu de réponse, à moins que ce soit le fait qu’il puisse mordre, qui entre nous soit dit fait partie de leur capacité d’intervention.

  2. HARFANG69

    Voyez mes camarades, quand le pognon se mêle aux affaires, il n’y a plus de frontières…
    Cela fait des décennies que la Police Municipale demande à être armée dans le cadre de ses missions Républicaines et non régaliennes.
    Cela fait des décennies que nos élus nous font de beaux discours à ce sujet et , RIEN, RIEN ET RIEN.
    Mais lorsqu’il s’agit de faire fonctionner la machine à billets on trouve les solutions.
    Quand aux gardes champêtres améliorés, silence …..

  3. Laujac, Jean-Claude

    Mon propos est au sujet du sondage “port d’arme ou pas” en dehors du service.
    Il s’agit là d’un faux problème… En Gendarmerie… Ne sommes nous pas de service 24 h…sur 24. ?
    Je m’interroge… Il est vrai que j’ai quitté cette belle institution depuis + d’un quart siècle…..! Comme on pourrait dire dans la Royale..Je suis un peu largué.

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