lundi 21 septembre 2020
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Lettre ouverte à un ancien gendarme qui se plaint de l’indifférence et de la froideur que les actifs de la nouvelle Gendarmerie témoignent aux anciens de l’Arme.

La querelle des anciens et des modernes

Lettre ouverte à un ancien gendarme qui se plaint de l’indifférence et de la froideur que les actifs de la nouvelle Gendarmerie témoignent aux anciens de l’Arme.

Mon cher camarade,

Je comprends ta réaction mais je ne partage pas ta désillusion à cent pour cent. Il m’est arrivé, à moi aussi, de trouver porte de bois en me présentant dans une brigade mais, plutôt que d’accuser le mauvais vouloir des personnels en service, j’ai mis ça sur le compte d’une mauvaise évolution de notre Arme qui n’a fait que suivre, en quelque sorte, la mauvaise évolution de la société au sein de laquelle nous sommes tenus de vivre.

De quoi proviennent ces malaises que nous ressentons aujourd’hui et ces dérives qui font de la Gendarmerie actuelle une institution impersonnelle à l’image des autres corps constitués de l’Etat ? La réponse est facile mais pas aussi simple qu’il y paraît.

Le monde moderne est de plus en plus égoïste, plus superficiel et les comportements humains sont de plus en plus difficiles à cerner. L’individu est, il faut le dire, matérialiste uniquement préoccupé de ses intérêts présents, faisant ainsi litière des valeurs morales d’antan et des traditions, qui rattachaient les unes aux autres les générations passées. De notre temps, dans la Gendarmerie, nous acceptions plus facilement les contraintes d’un noble mais dur métier. Nous faisions passer l’intérêt général avant l’intérêt personnel, trouvant notre récompense dans la satisfaction du devoir accompli et notre équilibre dans une discipline librement consentie sous la houlette de chefs sévères mais intègres et justes.

Cherchant sans cesse à donner l’exemple, aussi bien dans notre vie familiale que dans notre activité professionnelle, nous étions pénétrés de l’idée que notre rôle était primordial pour la protection des personnes et des biens placés sous notre surveillance et indispensable à la paix publique.

D’où tenions-nous cette force ? Sans doute du sens que nous avions de notre mission et de l’estime qui nous était témoignée par le peuple duquel nous étions issus. D’origine paysanne ou ouvrière pour la plupart, nous avions presque tous exercé une activité manuelle avant de postuler pour la Gendarmerie et considérant cet engagement comme une promotion sociale, nous étions fiers de nous être élevés au-dessus de notre condition.

Grâce à l’instruction qui nous avait été dispensée par des enseignants valeureux, sur les bancs de l’école primaire, nous étions satisfaits de notre sort et de la place que nous tenions dans la société. Le respect était à la base de notre éducation et ce sentiment constituait le ciment qui nous liait les uns aux autres.

Aujourd’hui, avec le brassage des populations, l’émergence de la société des loisirs et du bien-être à tout prix, le refus de toute autorité et le repli sur soi avec la crise économique, la société s’est modifiée en profondeur et la Gendarmerie n’a pas échappé à cette évolution. Sans que l’on puisse se permettre de faire une relation de cause à effet, si le niveau intellectuel des nouveaux personnels est plus élevé, l’esprit de corps s’est émoussé et les liens de fraternité se sont distendus.

La réorganisation de la Gendarmerie départementale et le fait que les brigades ont une activité territoriale variable en fonction des besoins, n’a pas arrangé les choses. Avant on était sûr en téléphonant, de tomber sur la brigade compétente sur le territoire de laquelle on habitait. Les bureaux de toutes les unités étaient ouverts en permanence et tous les militaires d’une brigade étaient connus de la population de laquelle ils faisaient intrinsèquement partie. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et cela a bouleversé en profondeur les relations entre les gendarmes entre eux, entre les gendarmes et le public et entre les gendarmes en activité et les retraités de l’Arme.

L’avenir nous dira si l’évolution de la Gendarmerie sera négative ou positive sur le plan des contacts humains qui nous préoccupent, mais compte tenu des nouvelles mentalités qui sont celles des militaires en service aujourd’hui, il est peu probable que la qualité des rapports entre les générations de gendarmes aille en s’améliorant.

Major (ER) Pierre Soavi

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2 Commentaires

  1. oberhauser

    BRAVO MAJOR, Un retraite de l’arme te repond……Tu es dans le vrai….Peut etre vaux mieux ainsi, on le vivra plus… A chacun sa besogne…

  2. jean-pierre poulet

    Cela dépend des CB en place, nous avons un nouveau cdt de COB qui c’est bien rapproché des retraités.

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