lundi 26 octobre 2020
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Philippe Goujon, député-maire : «  Les associations professionnelles incompatibles avec le statut militaire »

Colonel dans la réserve opérationnelle de la Gendarmerie, le député-maire (UMP) du XVe arrondissement de Paris, Philippe Goujon, 61 ans, s’exprime sur les dernières opérations de la Gendarmerie, sa place dans la communauté du renseignement et son statut militaire.

« L’Essor ». – Neutralisation des frères Kouachi, début janvier, à Dammartin ; évacuation sans incident des zadistes, début mars à Sivens ; intervention sur le site du crash de l’Airbus de Germanwings, fin mars, dans les Alpes-de-Haute-Provence ; opération de recherches de la petite Berenyss, fin avril dans l’Est : quel jugement portez-vous sur ces quatre grosses opérations de la Gendarmerie, et quelles sont les leçons à en tirer ?

Philippe Goujon. – La Gendarmerie a prouvé qu’elle est en mesure d’assurer toute la gamme des missions de sécurité, quelles que soient les contraintes. Toutes ces missions ont été réalisées avec une grande maîtrise et un grand sang-froid. La Gendarmerie a ainsi confirmé le haut niveau de formation de ses personnels et prouvé sa totale disponibilité opérationnelle. Ces missions, de nature très différente, à la fois très délicates et ardues, ont nécessité la maîtrise de savoir-faire techniques et humains et un engagement très fort des gendarmes. Dans des cadres à chaque fois très différents, la Gendarmerie a fait preuve d’une forte réactivité.

« L’Essor ». – Estimez-vous que la Gendarmerie a disposé de moyens suffisants pour ces opérations ?

Philippe Goujon. – Ce serait une erreur de conditionner le succès d’une opération uniquement à un problème d’effectifs.   Aujourd’hui, il y a des moyens techniques et l’apprentissage de savoir-faire qui aident les gendarmes sur le terrain.

« L’Essor ». – Comment jugez-vous la place actuelle occupée par la Gendarmerie dans la communauté du renseignement ?

Philippe Goujon. – Lors de la discussion du projet de loi sur le renseignement, j’avais déposé un amendement pour que la Gendarmerie soit officiellement intégrée dans la communauté du renseignement. Cet amendement n’a pas été accepté et je le regrette. Il est incompréhensible que Tracfin et les Douanes appartiennent à cette communauté, et que la Gendarmerie, la Direction générale de la police nationale et la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris en soient exclus. Il me semble tout à fait naturel que la Gendarmerie puisse avoir accès aux moyens spéciaux dont disposent la DGSI, les Douanes ou Tracfin.

« L’Essor ». – Quelle est votre position sur la future création d’associations professionnelles militaires dans les armées et la Gendarmerie après les deux arrêts de la CEDH ?

Philippe Goujon. – La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) essaie de nous imposer des règles qui ne conviennent pas à notre pays. Je regrette que le gouvernement français ait toujours suivi, et même précédé, les avis de la CEDH. Ainsi, la réforme de la garde à vue, suite à un arrêt de la CEDH, a provoqué une augmentation des tâches de la Police et la Gendarmerie. Nous devons inverser les dérives de la CEDH. Les associations professionnelles militaires sont totalement incompatibles avec le statut militaire de la Gendarmerie. Je condamne l’existence de ce type d’association, qui n’est qu’un syndicat camouflé. J’ai par ailleurs regretté que la commission d’enquête sur le maintien de l’ordre, dont je suis secrétaire, ait reçu les responsables de GendXXI dont Jean-Hugues Matelly.

« L’Essor ». – La Gendarmerie doit-elle conserver son statut militaire ?

Philippe Goujon – Je serai toujours le principal défenseur du statut militaire de la Gendarmerie et du contrôle de la chaîne du commandement par la DGGN.  La loi de 2009, qui place la Gendarmerie sous l’autorité de ministère de l’Intérieur, a de toute façon confirmé ce statut militaire.

« L’Essor ». – Vous avez déposé un vœu au Conseil de Paris, le 13 avril, pour réclamer le maintien de la Gendarmerie dans les casernes Exelmans et Minimes, que la Mairie souhaite reprendre pour y installer des logements sociaux avant la fin des baux, prévue pour 2019. Quel est votre sentiment sur ce dossier ?

Philippe Goujon – La Mairie a tort de vouloir chasser la Gendarmerie de la capitale. Je trouve que cette décision est particulièrement insupportable au moment où on demande un effort maximum à la Gendarmerie dans le cadre de Vigipirate. Les deux casernements d’Exelmans et des Minimes, qui accueillent une centaine de familles de gendarmes, sont absolument indispensables pour contribuer à la sécurité des Parisiens et au bon fonctionnement de la Gendarmerie.

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2 Commentaires

  1. Raoul

    ce n’est pas un peu de la langue de bois, limite opération de communication? M. Goujon n’étant pas très concerné par les sujets gendarmerie, il répète sagement des éléments de langage tout prêt.
    En tout cas, merci à l’Essor d’avoir l’honnêteté et la transparence de préciser qu’il est réserviste.

  2. Fleurot rémy

    Pourquoi ce rappel, en préambule, à la fonction “colonel dans la réserve opérationnelle de la gendarmerie” de cet élu?

    Pour le fayoter, sans doute? Car si c’est pour donner davantage de poids à ses propos, c’est plutôt raté. En effet, ils dénotent des connaissances singulièrement limitées, notamment en ce qui concerne la situation déplorable, réelle et actuelle, dans laquelle sont tenus des centaines de milliers d’hommes et de femmes, pourtant prêts à risquer et à donner leur vie au service de la Nation.

    Au demeurant, il est fort peu probable que cet élu possède les capacités techniques et professionnelles, nécessaires et suffisantes, pour jouer un rôle actif utile dans un groupement ou un état major de gendarmerie, en cas de rappel de réservistes. Tout au plus pourrait-il y tenir salon …

    On observera et on rappellera au passage, que ” l’honorable réserviste”, qui cumule déjà des fonctions, extrêmement lucratives, de député et de maire, exercées dans le meilleur des cas à mi-temps, mais pour lesquelles il est payé à plein temps, peut à ce titre, effectuer des journées de rappel, elles aussi généreusement “rémunérées “?

    En fin politique, par conséquent rompu au maniement de la langue de bois, il se croit autorisé à émettre son avis sur l’opportunité du maintien du statut militaire des gendarmes! Manifestement, il n’a pas encore pris conscience, à moins qu’il feigne de l’ignorer, que ce statut n’est plus qu’une survivance du passé, une façade délabrée, depuis que la DGGN est installée à Beauveau, “au plus près de la corbeille à papiers du ministre de l’intérieur”

    Il se déclare farouchement opposé à la création d’associations professionnelles? Dont acte; Mais en l’occurrence il ignore sans doute aussi que le besoin ne s’en serait jamais fait sentir, de surcroît aussi crûment, si les instances de concertation existantes, avaient de tout temps été prises au sérieux et mises en capacité de faire remonter jusqu’aux plus hautes instances, une version exhaustive, objective, non édulcorée, de la situation réelle et de la dégradation croissante des conditions de travail et de vie de la majorité des personnels.

    A titre d’exemple quand les gendarmes souffrent d’une situation alarmante , voire explosive, depuis des décennies, le ministre est pour sa part systématiquement informé, par quelques officiers généraux arrivistes et obséquieux, que “le moral des personnels est globalement satisfaisant”. Du moins affecte -t-il de le comprendre ainsi.

    Dommage également que la question douloureuse des suicides en gendarmerie, dont la hiérarchie est dans la majeure partie des cas responsable, n’ait pas été abordée. Et ce ne sont pas les accusations infondées récemment proférées à l’encontre d’un sous officier, acculé au suicide, qui démentiront ce sinistre état de fait.

    Monsieur le député aurait été bien inspiré de se renseigner sur le malaise et le désarroi, ressentis par nombre de gendarmes mobiles et leurs familles, en apprenant brutalement et sans préavis, la dissolution de leur escadron à leur descente d’avion , au retour d’une éprouvante et périlleuse mission en Afghanistan?

    Dissolution prononcée en la circonstance pour pallier la grogne de plusieurs compagnies de CRS, bénéficiant d’arrêts maladie que l’on sait de complaisance, délivrés par des médecins véreux, pour échapper à leur propre dissolution annoncée ..

    Pas de problèmes d’effectifs non plus, toujours selon cet élu décidément bien mal informé?

    En ce cas, quid de ces ordres scélérats, donnés aux gendarmes mobiles, de relever sur le champ des fonctionnaires de police, manifestant leur mauvaise humeur, à la limite du refus d’obéissance, et en usant du même stratagème “mensonger” de l’arrêt de travail collectif, pour justifier leur incapacité physique (et morale?) à en supporter davantage dans la mise en oeuvre du plan Vigipirate ?

    Dès lors, on ne s’étonnera pas qu’ils éprouvent le sentiment d’être non seulement taillables et corvéables à merci, mais encore traités en parias, pour ne pas avoir à dire “pris pour des cons”!

    Quand les moyens humains de remplir les missions imparties font défaut, de tels ordres deviennent imbéciles, voire irresponsables. Ne dit -on pas commander c’est prévoir? Alors, pourquoi avoir peur de rappeler aux politiques que cet adage s’impose en priorité à eux-mêmes?

    Certes, on sait que les politiques et élus, de tous bords, affectionnent particulièrement cette légendaire discipline militaire, qui assure une “obéissance absolue, sans hésitation ni murmure”, et qui surtout conforte leur pouvoir, voire plus encore, leur impunité!

    La hantise du putsch des généraux de 1968 n’a assurément pas encore quitté les mémoires.
    En d’autres termes, le “pouvoir politique civil”, exercé par le gouvernement et les élus, a tout intérêt à bien verrouiller le système, pour que le pouvoir de ces militaires reste sous contrôle, et continue à “fermer sa gueule”.

    C’en est déjà bien assez pour ces prétendues élites, de tenter de contenir le comportement, jugé de plus en plus dangereux pour leurs carrières et intérêts personnels, de ces policiers et autres magistrats engagés, arrondissant leurs fins de mois en organisant régulièrement des fuites dans les médias.

    Donc pas de syndicats dans la gendarmerie, au risque de rendre l’institution aussi incontrôlable que cette Police noyautée par les siens !

    Et comme pour faire bonne mesure, l’on s’apprête même à légiférer sur l’existence des associations de retraités, dont certaines sont jugées trop revendicatives et en tout état de cause, beaucoup moins dociles et malléables que celles des personnels en activité.

    Ainsi, monsieur le député-maire et colonel opportuniste, vos propos n’auront-ils été d’aucun soutien et d’aucune utilité.

    Car, comme vous devriez le savoir , cette noble Institution existant depuis déjà 9 siècles, est par la faute de quelques irresponsables, imbus d’eux mêmes et soucieux de préserver leurs pouvoirs, avantages et autres privilèges, condamnée à disparaître, chassée des villes, et phagocytée par une police de plus en plus politisée, dans l’indifférence générale !.

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