mercredi 30 septembre 2020
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Sur les ruines de l’affaire Grégory, la naissance d’une véritable police scientifique

16 octobre 1984: sauveteurs et curieux piétinent les bords de la Vologne, compromettant à jamais l’élucidation du meurtre du petit Grégory. “Un électrochoc” pour des générations d’enquêteurs qui a permis l’émergence d’une véritable police technique et scientifique (PTS).

A l’époque, “tout était fondé sur l’aveu et le témoignage”, résume Alain Buquet, auteur d’un “Manuel de criminalistique moderne”. Les laboratoires de police étaient tombés en désuétude et seule une centaine de personnes étaient formées en France, trois fois moins qu’au Royaume-Uni. “Ces techniciens se contentaient de relever des empreintes digitales, de faire un peu de balistique, de mesurer le taux d’alcool dans le sang. La préhistoire”, se souvient Patrick Rouger, ex-directeur de la PTS au service régional de police judiciaire de Toulouse.

L’affaire Grégory : “un électrochoc nécessaire”

C’est dans ce contexte que le cadavre de Grégory Villemin est retrouvé, ligoté dans cette rivière des Vosges. Pour Alain Buquet, le travail que feront alors les enquêteurs a été “une quintessence de tout ce qu’il ne faut pas faire”. Très peu de constatations sont réalisées –les gendarmes oublient de relever les traces de pneus près de la rivière– et de nombreux prélèvements, mal collectés, s’avèreront inutilisables. Pire, aucun périmètre de sécurité n’est installé.

Les lieux sont piétinés par des dizaines de badauds et journalistes qui détruisent de précieux indices. Enfin, lors de l’autopsie, l’eau dans les poumons de l’enfant n’est pas analysée: on ne saura jamais si Grégory a été tué avant d’être jeté dans la rivière ou s’il est mort noyé.

Ce fiasco révèle le manque criant de formation des enquêteurs. L’affaire Grégory fut “un électrochoc nécessaire dont nous avons tiré et tirons encore les enseignements”, souligne le général Jacques Hebrard, commandant du pôle judiciaire de la Gendarmerie nationale.

Maximum de prélèvements en un minimum de temps

Côté police, dès 1985, le ministre de l’Intérieur Pierre Joxe crée une sous-direction de la PTS au sein de la police judiciaire. L’Institut national de police scientifique et ses six laboratoires (à Paris, Lyon, Lille, Marseille et Toulouse) sont radicalement transformés. “Le budget des labos a été multiplié par 20 entre 1985 et 1995 et des dizaines de fonctionnaires ont été recrutés”, note Patrick Rouger.

Aujourd’hui, chaque laboratoire emploie 150 à 250 personnes. Pour la Gendarmerie, une section technique d’investigation criminelle voit le jour en 1987. Elle deviendra l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN): 220 gendarmes triés sur le volet et spécialisés dans les domaines les plus divers: “biologie, balistique, incendie-explosion, entomologie, informatique, électronique, microtraces…”, explique Jacques Hebrard.

Les laboratoires disposent de matériel très performant comme le microscope électronique à balayage qui grossit jusqu’à 300.000 fois et permet de révéler des particules de tirs, fibres ou terre indétectables à l’oeil nu. Sur le terrain, les équipes sont dotées de combinaisons stériles et de mallettes sophistiquées: sacs, fioles, étuis, pinces, poudre, boîtes étanches pour les traces susceptibles d’être endommagées par l’humidité, pulvérisateur de Bluestar pour révéler les traces de sang lavé…

“La police technique et scientifique est présente partout”

Des fichiers sont créés, et sans cesse développés, comme le Fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) en 1987 puis, onze ans plus tard, le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). Deux principes sont répétés dans les écoles: figer la scène de crime et effectuer le maximum de prélèvements en un minimum de temps. “Même le mégot de cigarette à 50 mètres d’un corps peut avoir son importance”, souligne Patrick Rouger.

Trente ans après l’affaire Grégory, la police technique et scientifique est présente partout. Pour de simples cambriolages, les crimes les plus complexes, les catastrophes comme le crash d’un avion d’Air Algérie en juillet pour lequel les gendarmes ont été appelés à identifier les corps. Une certitude pour les experts, si le petit Villemin était assassiné aujourd’hui, son meurtrier serait démasqué. En attendant, les dernières analyses effectuées en 2013 sur des traces ADN découvertes sur les vêtements et les chaussures de l’enfant n’ont rien donné.

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