mardi 29 septembre 2020
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Les gendarmes et la Résistance: conférence à Bayeux le 9 mai

Ancien commandant de la compagnie de gendarmerie de Bayeux de 1990 à 1995, François Le Berre donnera une conférence le vendredi 9 mai sur “la Gendarmerie dans le Bessin durant l’occupation et au moment du D-Day” à travers le portrait de trois gendarmes.

 “Œuvrons pour que la mémoire reste et demeure à jamais la sentinelle de l’esprit”. Cette phrase mise en exergue sur le carton d’invitation du conférencier résume bien la manière dont l’ancien chef d’escadron a travaillé pour livrer ce qui s’annonce comme une photographie exceptionnelle de la vie de trois gendarmes résistants. C’est en allant à la rencontre des militaires eux-mêmes ou de membres de leurs familles qu’il a amassé au fil des années la matière de son intervention. “Des témoignages authentiques” souligne t-il pour les opposer aussitôt aux récits trop souvent copiés et repris sur le net.

 François Le Berre est d’origine bretonne. S’il a pris sa retraite dans la ville de Bayeux où il a travaillé, c’est d’abord parce qu’il s’agit de la région d’origine de sa femme. Résultat des courses: l’homme y est connu comme le loup blanc! Et à trois semaines de sa conférence, il s’inquiète de la salle sans doute trop petite qu’il a réservée pour le 9 mai: 110 places.

Un retraité au service des autres

Actif, il souligne en passant que la retraite professionnelle est arrivée trop tôt à son goût. Alors il a comblé son emploi du temps laissé vacant aux bénéfices de plusieurs causes qui lui tiennent à cœur. L’ancien officier est conciliateur de justice depuis quinze ans. “Il y a beaucoup de détresse morale et financière. On ne s’en rend pas compte. Il y a un vrai travail de fond à faire.” S’y ajoute la fonction de volontaire bénévole auprès de l’Insertion pénitentiaire de Caen pour surveiller les personnes condamnées à des heures de travaux d’intérêt général.

Pendant six ans, il a présidé l’association pour la sauvegarde de la chapelle des Augustines de Bayeux avant de troquer sa casquette pour celle de président des amis de l’Eglise Saint-Patrice, fonction qu’il occupe toujours.

Des témoignages recueillis à la source

Sa carrière en gendarmerie a débuté dans l’Eure. Neufchâtel-en-Bray, Pont-de-L’Arche, Évreux où ses trois enfants sont nés. Puis ce sera Saint-Malo où il devient major puis Saint-Germain-en-Laye et Bayeux. Il terminera ses trois dernières années à l’état-major à Saint-Herblain en Loire-Atlantique. “Partout où j’étais, je me suis intéressé aux retraités et surtout à l’historique des casernes de la Gendarmerie. A Saint-Herblain, j’étais à la caserne Pelletier. Je me suis demandé qui était Pelletier? Comme j’étais célibataire géographique, j’avais du temps. Alors j’ai cherché. Willy Pelletier était le plus grand gendarme résistant de la ville de Nantes. J’ai retrouvé son fils Daniel qui est en retraite à Nantes et avec qui je suis toujours en contact. J’ai aussi retrouvé sa tante Jeanne Janeau que j’ai fait parler. Je l’ai rencontrée dans une maison de retraite de Nantes où personne n’avait pris la peine d’aller vers elle. Elle avait 96 ans et une lucidité incroyable. Elle est morte presque centenaire. Elle m’a raconté l’arrestation de son neveu et sa mort en 1944 sous la torture.” La salle d’honneur de l’état-major porte le nom de ce gendarme.

François Le Berre montre le fruit de son travail: un mémoire qu’il a remis aux Archives départementales de Nantes et qu’il présentera le 9 mai. “Je lui dédierai ma conférence car le lendemain, ce sera le 70e anniversaire de sa mort.”

“Qui était mon prédécesseur en 1944?”

Le second gendarme à faire l’objet de ses recherches est le lieutenant Lepère qui a dirigé la compagnie de Bayeux de 1941 à 1944. “Quand je suis arrivé à Bayeux, je me suis demandé “Qui était mon prédécesseur en 1944?”. Je l’ai retrouvé en retraite à Arles entre 1992 et 1994. Son état physique ne lui permettait d’assister aux cérémonies du 50e anniversaire du Débarquement. Alors il m’a écrit, tout à la main, depuis son arrivée à Bayeux et la situation dans les huit brigades qu’il avait sous ses ordres. Ce qu’il a fait au matin du 6 juin. J’expliquerai le comportement de Lepère, totalement différent des deux autres. Le lieutenant Lepère a dirigé la section (actuelle compagnie) de 1941 à 1949, preuve d’une longévité exceptionnelle qui atteste surtout la neutralité de l’intéressé devant les évènements et le désir de servir la patrie. Il était prudent. Son grand souci était de protéger les familles des gendarmes en leur faisant creuser des tranchées. Il est mort en 1997. Il avait une fille, Suzanne, toujours vivante, qui est venue à Bayeux en 2007. Elle avait 11 ans en 1944. Elle aussi, je l’ai fait écrire! Quand elle est venue, je lui ai fait visiter l’ancienne caserne. A l’étage, il n’y avait jamais eu de travaux. Elle était très émue de revoir le même papier peint que lorsqu’elle y a vécu. ” se souvient François Le Berre.

” Il fallait un jour où l’autre parler de ces évènements”

Le troisième personnage clé de la conférence est le gendarme Paul Quellec qui a vécu à la compagnie de Trévières avant d’être muté à Troarn. “Il avait quatre enfants. Il a passé huit mois seulement à Troarn où il a accompli des actes héroïques avant d’être tué par les S.S. Une promotion de l’Ecole de Châtellerault a porté son nom il y a quelques années.” rappelle t-il. “Sa femme et ses enfants avaient fui à pied en Bretagne. J’ai rencontré sa femme. Je raconterai tout cela. Je vais décortiquer le régime et expliquer à qui obéissaient les gendarmes. J’expliquerai leur comportement.”

Et le conférencier de conclure “Dans les anniversaires, la Gendarmerie a toujours été délaissée. On parle des vétérans mais jamais rien sur les gendarmes que l’on prend pour faire le service d’ordre. J’ai voulu creuser ce qu’ils faisaient en 1944. Depuis 1998, j’entretiens des relations constantes avec les trois familles qui voient arriver le 70e anniversaire avec émotion. J’ai aimé l’histoire des anciens. Je suis conciliateur de justice et épris de justice. Il fallait un jour où l’autre parler de ces évènements. Je trouve problématique actuellement de voir la mémoire des anciens qui disparait avec eux.”

S.D

Vendredi 9 mai à 20H30:

Dans le cadre du 70e anniversaire du débarquement des alliés, François Le Berre, chef d’escadron honoraire de Gendarmerie, donnera une conférence sur le thème de “La Gendarmerie dans le Bessin durant l’occupation et au moment du D-Day” à l’Espace Saint-Patrice de Bayeux. (avec le soutien de l’Amicale des retraités de la gendarmerie du Calvados).

Vendredi 30 mai à 20h30:

Une seconde conférence sera donnée le vendredi 30 mai à l’Espace Saint-Patrice sur “Les communautés religieuses et le clergé de Bayeux le 6 juin 1944”.

Entrée libre

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Un commentaire

  1. Montouroy

    Bonjour,

    Voudriez-vous me dire comment il serait possible d’obtenir un extrait de la conférence de M. François Le Berre relative à Paul Quellec, SVP ?
    Avec mes remerciements
    Cordialement
    TM

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