mardi 24 novembre 2020
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Romuald est Technicien Investigation Criminelle (TIC) et,à ce titre, il a été engagé sur le crash de l'Airbus A320 de la Germanwings. Le vendredi 13 novembre 2015, il faisait partie des 1000 personnes invitées par la Lufthansa pour assister au match de football France-Allemagne au Stade de France.

Le témoignage d’un gendarme qui était au Stade de France

Romuald est Technicien Investigation Criminelle (TIC) et,à ce titre,il a été engagé sur le crash de l’Airbus A320 de la Germanwings.
Le vendredi 13 novembre 2015, il faisait partie des 1000 personnes invitées par la Lufthansa pour assister au match de football France-Allemagne au Stade de France. Il raconte cette double expérience sous le titre : “2015 année maudite ?” :

“Bonjour à tous.

Le 24 mars, un dépressif débile a la bonne idée de crasher son A 320 dans les montagnes. Nous sommes nombreux à être intervenus sur site et ce n’était pas beau à voir. Je suis TIC depuis quelques années, j’ai brassé du macchabée mais là c’était vraiment exceptionnel, on en a pris plein la gueule.

Entre les prélèvements ADN sur les familles avec des images que je ne raconterai pas par pudeur, le relevage des morceaux de corps, à flanc de montagne après des déposes hélico bancales, accrochés à une corde avec notre vie entre les mains d’un camarade du PGHM,le boulot sur la chaîne d’identification…

C’était une expérience riche, éprouvante mais riche et dont je suis très très fier. Après ça, double effet kiss cool, passages chez la psy qui a été remarquable et la vie a repris son cours.

Pendant quelques mois, j’avais plus trop envie d’en parler. Puis c’est revenu, je pouvais à nouveau en parler, sans boule au ventre, juste avec fierté. La vie a continué. Pour nous remercier, la Lufthansa nous a invités au match de foot France Allemagne le vendredi 13 novembre au stade de France. Quand je dis nous, c’est presque 1000 personnes. Gendarmes, policiers, pompiers, secouristes, habitants solidaires…Acheminement en train, bus, hôtel 4 étoiles avec repas, réception à la cité du cinéma, match de foot et retour le lendemain.

Je suis pas fan de foot, j’aime pas trop ce sport en fait, mais l’idée d’en finir de cette manière avec cette histoire de crash était chouette. Comme dans Astérix,on finit l’aventure par un banquet, tous ensemble. Alors OK, on y va, les copains de la CIC, ceux de la SR, retrouver ceux des autres Groupements et peut-être revoir mon secouriste du PGHM grâce à qui je ne me suis pas écrasé comme une merde sur un bout de carcasse d’avion ou un rocher.

Je ne lui ai jamais dit merci, je connais même pas son nom et lui m’avait appelé Rodolphe toute la journée. D’ailleurs j’ai pas corrigé, moi le mec qui tient ma vie dans ses mains, il m’appelle comme il veut, je ne veux pas le contrarier.

Bref, nous voilà à Paris, super hôtel, très bon repas, belle réception et nous voilà au stade de France. Faut reconnaître que c’est bien un match de foot dans un stade de 80000 personnes. On est joyeux, on fait des photos, heureux d’être tous ensemble. On s’installe dans la tribune, un petit drapeau tricolore est posé sur le siège. Debout et fiers, on entonne la Marseillaise version “je chante à tue tête comme un pied mais avec le cœur”.

Coup d’envoi, on regarde le match, on fait la Olla, c’est marrant en fait le foot en vrai dans un stade. Un premier BOOM, putain il était vachement balaise le pétard. Second BOOM, limite inquiétant, le sol a vibré. Ils sont cons ces supporters…

A la mi-temps, je sors de la tribune, on voit à l’extérieur des CRS courir, des policiers aussi, une voiture qui passe avec le gyrophare allumé. Bah tiens,  encore des cons qui foutent le bordel dehors, pas rare pour un match. Je retourne dans la tribune, le match va reprendre. Mon téléphone vibre, les SMS arrivent de partout : “T’es au stade gros ?” “ça va ?” “Donne vite des nouvelles”… Je suis pas le seul qui reçoit des infos. L’atmosphère est devenue bizarre. Les minutes deviennent longues, je vois même pas le deuxième but, le téléphone s’affole, la batterie est en chute libre, réseau saturé…

Et oui bougre de con, avoir fait 6 ans de mobile, entendre une explosion 10 fois plus forte et brisante qu’une OF et se dire que c’est un pétard…

Le match est terminé, l’heure n’est pas à fêter la victoire, il faut sortir du stade, faire le tour et regagner les bus. J’ai pas entendu de troisième explosion ou de coups de feu, j’ai juste vu le mouvement de foule qui a suivi. Les gens qui reviennent en courant et en hurlant.
A ce moment là, on pouvait reconnaître les gendarmes parmi les spectateurs. Tous ont gardé leur sang froid. Les civils avec nous étaient terrorisés. On a réussi à regagner les bus tranquillement, avec la rage au ventre, nous les bergers étions des moutons ce soir-là.

Je salue au passage les CRS qui ont encadré la foule, avec calme, sang froid et professionnalisme.

Eh ben les petits gars, on a eu chaud au cul car si ces raclures de fond de bidet avaient réussi à gagner les gradins, on n’était pas bien… Beaucoup de pauvres gens n’ont pas eu autant de chance. Voilà, mon petit témoignage. Ca fait pas avancer le schmilblick mais comme je suis quand même vachement content de ne pas être en pièces détachées et bien j’avais envie d’en parler.

PS : Pour ces messieurs qui nous commandent, je sais qu’on devrait avoir une récompense pour notre boulot lors du crash. Les récompenses Groupements et Région ont déjà été remises, nous ça viendra de la DG. Alors me concernant, pas la peine de m’inviter pour me remettre ça à Paris ni même à la préfecture ou ne serait-ce que dans la cour du Groupement. Posez l’enveloppe sur mon bureau, ça ira, on va éviter les emmerdes.

Merci.”

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Un commentaire

  1. Laurent

    Salut,
    Présent également au stade. Nous nous sommes peut etre croisés dans le train , à la réception qui sait… Ton témoignage est juste …
    Journée de fête gachée. Meme impression. Meme réflexion.
    Une bombe agricole, un pétard. habituel dans un stade…
    Et là. Le professionnallisme prend le dessus par instinct. Sortie en ordre, dans le calme, on prends en charge les civils, et on rentre à l hotel entier.
    Laurent

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