vendredi 2 octobre 2020
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micro-drone de l'entreprise Aeracess
Micro-drone de la société Aeracess. Crédit : Aeraccess.

La Gendarmerie s’intéresse au développement des drones anti-drones

Drones brouilleurs d’ondes, équipés de filets ou drones suiveurs : les concepteurs d’aéronefs ne manquent pas d’idées pour lutter contre les survols illégaux de drones. La Gendarmerie, confrontée aux survols croissants de sites sensibles comme les centrales nucléaires, évalue régulièrement les différentes solutions proposées.

Le 19 février, un accident évité de justesse a rappelé le problème posé par la circulation des drones civils. Un aéronef est passé à 5 mètres d’un airbus A380 alors que ce dernier entamait sa descente vers l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Le drone volait à une altitude de 5.500 pieds (1.600 mètres), soit bien au-dessus de l’altitude maximale autorisée pour les drones civils. La législation interdit les vols au-dessus de 150 mètres. Les hélicoptères, qui volent plus bas que les avions, sont encore davantage exposés aux risques de collision avec un drone. Entre un et deux incidents sont rapportés chaque semaine en France à l’Union française de l’hélicoptère.

Un accroissement des vols illégaux

J’ai pu recenser une vingtaine de vols illégaux de drones en 2015 via des vidéos diffusées sur YouTube”, affirme à “L’Essor” Francis Duruflé, vice-président de la Fédération professionnelle du drone civil (FPDC). “Et encore, je suis certain que la plupart des vols réalisés en infraction ne font pas l’objet de publicité sur Internet”, ajoute t-il en précisant que le problème vient surtout de la vente d’aéronefs ayant des capacités de vols allant bien au-delà des normes en vigueur pour le grand public. “C’est un peu comme pour les véhicules. Vous pouvez aujourd’hui acheter une voiture atteignant plus de 200 km/heure alors que la vitesse maximale autorisée sur autoroute est de 130 km/h.”, explique le vice-président de la FPDC.

Plus préoccupant, à l’inverse des véhicules, n’importe qui peut utiliser un drone sans avoir suivi de formation sur la réglementation en vigueur et sur les limitations imposées par cette réglementation. “La mauvaise utilisation des drones provient, la plupart du temps, de gens qui ne sont ni formés, ni encadrés”, constate Francis Duruflé.

Face à ce manque d’encadrement, la Gendarmerie s’intéresse de près aux drones anti-drones. Ainsi, le sommet FIEP (France Italie Espagne Portugal), organisé les 7 et 8 octobre 2015 à Versailles-Satory, fut l’occasion de démonstrations de drones anti-drones par des sociétés françaises et européennes. L’association regroupant les forces euro-méditerranéennes de gendarmerie et de police à statut militaire a ainsi marqué son attention vis à vis de ce marché en plein développement.

Plus récemment, des tests de drones anti-drones ont été réalisés au stade Charléty (Paris 13ème) en partenariat avec la Garde républicaine. Des solutions dites “intermédiaires” ont été étudiées, c’est à dire des interceptions de drones depuis le sol dans des environnements urbains. Objectif : la protection de sites sensibles tels que l’Assemblée nationale afin de parer à des prises de vues illégales.

Des solutions insolites 

L’interceptor MP200, drone anti-drone équipé d’un filet, a réalisé une démonstration à Charléty. Cet aéronef a été mis au point par Malou Tech, une PME de Vitry-sur-Seine, appartenant au groupe français Assmann. Le principe est de capturer le drone malveillant à l’aide du filet afin de le neutraliser.

 Cet aéronef est vendu à l’étranger mais pas en France. La DGAC n’autorise pas l’usage de ce drone de 20 kg, trop lourd par rapport à la réglementation en vigueur, et non télé-pilotable à distance.

Autre concept, celui du drone détectant les ondes émises par d’autres drones. L’entreprise française ECA, y travaille avec l’utilisation de radars et appareils recourant à la goniométrie (mesure des angles) ou à l’optronique (système combinant capteur optique et composants électroniques). « La Gendarmerie nous a demandé de travailler sur une solution qui permet d’identifier les télé-pilotes en infraction », explique Francis Duruflé, également responsable commercial d’ECA Group. La filiale du groupe Gorgé a donc mis au point un système, à l’état de prototype, capable de détecter un drone à distance. « Une fois que ce détecteur a localisé le drone malveillant, il envoie les coordonnées de ce dernier vers un drone de la Gendarmerie qui va décoller avec pour mission de rejoindre, le plus rapidement possible, le drone grâce au système de primo-détection », poursuit Francis Duruflé. Un autre système consisterait à détecter les ondes émises par la télécommande utilisée par le télé-pilote en infraction. L’aéronef se dirigerait alors vers ces ondes pour arriver au-dessus du télé-pilote et effectuer des prises de vue de l’opérateur du drone fautif.

Enfin, parmi les solutions les plus étonnantes, figure l’utilisation d’aigles dressés pour attraper des drones. La police des Pays-Bas y a déjà recours. Une vidéo des tests publiée montre un aigle se jeter en plein vol sur un drone pour l’agripper fermement et aller se poser quelques mètres plus loin, l’aéronef entre les serres. Selon la police néerlandaise, les serres de l’aigle sont bien protégées et les hélices des aéronefs ne peuvent blesser l’animal.

Reste que ces différentes solutions ne trouvent pas encore d’application concrète en France car elles ne sont pas abouties. Techniquement, il n’est pas encore possible de gommer toutes les nuisances collatérales liées aux utilisations de GPS ou liaisons wi-fi, en particulier dans les espaces urbains, de même que les risques liés à la chute de l’appareil neutralisé.

Pour autant, le cadre légal de l’utilisation des drones évolue. Pour preuve, deux arrêtés publiés au Journal officiel du 24 décembre 2015 précisent les nouvelles règles s’appliquant au 1er janvier 2016. L’article 8 prévoit ainsi que les aéronefs circulant « sans personne à bord utilisés pour le compte de l’Etat dans le cadre de missions de secours, de sauvetage, de douane, de police ou de sécurité civile, peuvent évoluer en dérogation aux dispositions du présent arrêté lorsque les circonstances de la mission et les exigences de l’ordre et de la sécurité publics le justifient ». Autrement dit, les drones anti-drones utilisés par les forces de sécurité intérieure pourraient évoluer au delà de 150 mètres, l’altitude maximale à laquelle les drones civils sont autorisés à voler dans le cadre d’une activité de loisirs.

D’après un recensement réalisé par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), entre 150.000 et 200.000 drones civiles circulaient en 2015. 98 % d’entre eux auraient un poids inférieur à 2 kg et seraient de ce fait difficilement détectables.

Nathalie DELEAU

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Photo : micro-drone de l’entreprise Aeraccess (Crédit : aeraccess)

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