vendredi 30 octobre 2020
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Dans une interview accordée à 'L'Essor", le député Jean-Michel Villaumé analyse les conséquences de la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme dans les affaires Matelly et Adefdromil.

Jean-Michel Villaumé, député : “Les retraités doivent être associés”

Vuilaumeok

Son intérêt pour les questions militaires a conduit le député Jean-Michel Villaumé à participer, le 16 décembre, à notre colloque organisé à l’Assemblée nationale et consacré aux conséquences de la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme dans les affaires Matelly et Adefdromil. Nous l’avons interrogé sur les conséquences de cette décision.

Propos recueillis le 14 janvier 2015.

 

 

« L’Essor ». – Que vous inspirent les attentats qui ont frappé la France ?

Jean-Michel Villaumé. – Je voudrais saluer à nouveau le grand professionnalisme, la bravoure, le courage, le dévouement et l’efficacité de nos forces de l’ordre. Nous leur avons déjà rendu hommage à l’Assemblée, ainsi que sur l’ensemble du territoire. La cérémonie dans l’hémicycle de l’Assemblée était vraiment très émouvante. Pour moi, qui suis député depuis des années, cela restera une journée inoubliable et pleine d’émotions.

Durant le week-end qui a suivi les attentats, j’ai rencontré beaucoup de monde lors de cérémonies de vœux, et j’ai pu constater l’union nationale. Les Français sont fiers du travail qui a été réalisé lors de ces événements.

« L’Essor ». – Peut-on déjà tirer des enseignements de ces événements ?

Jean-Michel Villaumé. – Au-delà des mesures annoncées par le Premier ministre concernant l’évolution des moyens juridiques, mais aussi humains et matériels, il est nécessaire de travailler sur le cyberterrorisme. Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, parlait d’une quatrième armée, après la Terre, la Mer et l’Air : c’est la cyberarmée. La Gendarmerie a un rôle important à y jouer.

« L’Essor ». – Au vu de l’état de nos finances, avons-nous les moyens d’assurer notre sécurité ?

Jean-Michel Villaumé. – Pendant cinq ans, il y a eu une baisse des effectifs de Police et de Gendarmerie. Je ne veux pas polémiquer, mais nous avons eu 13 000 policiers et gendarmes en moins, et nous avons décidé de reprendre le recrutement. Chaque année, nous remplaçons tous les départs en retraite et recrutons de 500 à 1000 postes. Bien sûr, cela est encore insuffisant : il faut voir l’état des gendarmeries dans mon département, la Haute-Saône, qui est un département rural. Je discute régulièrement avec les cadres sur la dégradation du matériel. Cela influe sur le moral des gendarmes, qui donnent déjà beaucoup.

« L’Essor ». – Vous avez participé, le 16 décembre, à notre débat organisé à l’Assemblée sur le droit d’expression et d’association des militaires.

Jean-Michel Villaumé.  – A l’époque, je vous avais annoncé le dépôt d’un projet de loi sur le sujet, en 2015. Depuis, le rapport est sorti et nous allons auditionner M. Pêcheur, le 20 janvier, à l’Assemblée nationale. La décision de la Cour européenne des droits de l’homme a été prise en compte par le président de la République ainsi que par les ministres concernés, puisqu’ils ont pour mission de nous présenter, dès cette année, un projet de loi pour que la France se mette en conformité.

Je suis tout à fait à l’aise par rapport à cette demande. J’y suis même favorable. Il s’agit de permettre aux gendarmes d’exercer une liberté fondamentale – le droit d’association –, mais avec des restrictions légitimes au regard du rôle particulier que jouent les militaires.

« L’Essor ». – Cette réforme a l’air de se dérouler, pour le moment, dans la sérénité. Pourquoi faut-il attendre que la France soit condamnée pour se mettre en conformité avec le droit européen ou les conventions internationales ?

Jean-Michel Villaumé.  – C’est vrai, il a fallu attendre cette décision pour faire bouger les choses. Dans le cadre de la loi de programmation militaire, nous avions des discussions sur ce sujet lors des réunions de commission avec le ministre de la Défense. Il y avait également un rapport parlementaire sur cette question et sur la nécessité d’évoluer. Mais vous connaissez l’Etat, ses pesanteurs administratives et conservatrices…

Jean Hugues Matelly et l’Adefdromil ont fait respecter leurs libertés fondamentales. Cela a bousculé les choses et je les en félicite ! Nous devons maintenant concrétiser, j’espère pour la fin d’année, le projet de loi que nous allons porter.

« L’Essor ». – Une question se pose dans cette perspective, celle des associations de retraités qui demandent de longue date à être associés à certaines instances. Comment voyez-vous leur avenir ?

Jean-Michel Villaumé. – Pour ma part, je pense qu’elles doivent être associées. La question est posée de la forme de leur participation. Est-ce que cela doit être exécutif ou représentatif ? C’est à voir, mais on ne peut pas les écarter. C’est vrai que cela n’est pas prévu dans le rapport Pêcheur, mais les retraités ont un rôle à jouer. Cela est valable également pour les réservistes, dont le rôle est de plus en plus important. Il faut que la réserve soit également représentée, elle aussi sous une forme qui reste à décider.

« L’Essor ». – En tant que député d’une circonscription rurale, que pensez-vous de l’action de la gendarmerie dans votre département ?

Jean-Michel Villaumé.  – Je suis élu depuis 1983. Avant d’être député, j’ai été maire et président d’une communauté de communes. J’ai toujours eu des contacts très humains et très positifs avec la Gendarmerie. Je vous le dis sincèrement. C’est essentiel, surtout dans un territoire rural. Avec les maires, nous comprenons l’effacement du contact humain lié à l’augmentation des tâches, mais nous le regrettons.

Il y a dix ou vingt ans, les gendarmes pouvaient aller voir les maires et les élus et discuter avec eux. Tout cela s’est effacé. On le regrette, tout comme les gendarmes, sans doute.

L’Essor ». – Pensez vous que l’on n’aurait pas dû rassembler les brigades en communautés de brigades ?

Jean-Michel Villaumé. – Je pense que c’est une bonne chose que d’être mutualisés et de se regrouper pour être encore plus professionnels. J’évoquais tout à l’heure le professionnalisme et l’efficacité des gendarmes, c’est aussi cela, pour moi. C’est d’ailleurs valable également pour les élus, puisque les communautés de communes permettent aussi d’avoir plus d’efficacité.

Cela permet d’avoir des moyens encore plus performants pour les gendarmes, plus efficaces, et aussi d’améliorer leur situation matérielle. Dans mon département, j’ai visité les logements de gendarmes, et j’ai pu voir leur très mauvais état dans les petits cantons et les petits bourgs. On avait parfois honte de voir certains logements. Les communautés de brigades ont permis d’en créer de nouveaux, de construire de nouvelles gendarmeries. Il y a encore beaucoup de choses à faire, mais l’on progresse, et c’est important.

Propos recueillis par Pierre-Marie Giraud et Matthieu Guyot.

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