jeudi 6 mai 2021
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Photo d'illustration (Crédit photo: Pixabay).
Photo d'illustration (Crédit photo: Pixabay).

Harcèlement moral: un nouveau témoignage dans la Gendarmerie

Suite à la publication d’un article sur une affaire de harcèlement moral dans les Pays-de-la-Loire, un nouveau témoignage de harcèlement dans la Gendarmerie nous est parvenu par l’intermédiaire de l’avocate Elodie Maumont. Témoignage.

“En 2016, ma cliente a constaté des problèmes au niveau de la gestion de l’unité. Et l’octroi de certaines largesses aux personnels qui avaient des accointances réelles ou par intérêt avec un gradé. Celui-ci s’est permis de l’insulter de conne devant un collègue et cela a été le fait de trop. Elle avait aussi été témoin de situations au cours desquelles ses collègues n’hésitaient pas à renvoyer des justiciables au lieu de prendre leur plainte. Ce même gradé se targuait de ne pas faire plus de trois ans dans une unité. Parce qu’après, plus personne ne le supportait. Tout comme il aimait se vanter d’avoir fait l’objet de plusieurs enquêtes de commandement à son encontre qui n’avaient rien donné.

Lire aussi: La Gendarmerie en passe d’être condamnée en appel pour le harcèlement moral d’une enquêtrice de Saint-Nazaire

Décrédibilisation

“A l’époque, le commandant de compagnie est venu voir ma cliente pour la dissuader de porter plainte. Il l’a ensuite convoquée quelques jours après son dépôt de plainte pour lui notifier une lettre d’observation dans laquelle il lui demandait de cesser ses récriminations. Une politique de décrédibilisation a alors commencé. En effet, il a été demandé à ses collègues de rédiger des comptes rendus sur son comportement. Alors que c’était elle la victime. A ceux qui ne voulaient pas le faire, il a été indiqué que cela serait considéré comme un acte d’insubordination. Le gradé contre lequel elle avait porté plainte a enfin transmis à l’ensemble de l’unité, dont à elle, sa constitution de partie civile pour se victimiser et inverser la situation.

Après son dépôt de plainte, elle n’a reçu aucun soutien. Au contraire ses conditions de travail se sont dégradées. Elle était devenue une pestiféré à qui personne ne voulait plus parler. Des comptes-rendus lui ont été demandés pour tout et rien. Elle n’était plus en repos en même temps que son compagnon alors qu’aucune raison de service ne l’imposait. Elle ne bénéficiait plus de la totalité de ses quartiers libres. Il lui était fait des réflexions lorsque elle ne partait pas à l’heure tandis que d’autres pouvaient se permettre de rester au bureau après le début de patrouille.”

Promise à un bel avenir

“En définitive, la seule réponse qui a été apportée de la part de sa hiérarchie directe a été de lui dire qu’il fallait composer avec. Alors que la situation devenait insoutenable, ma cliente a demandé à être mutée. Afin d’obtenir un poste dans une autre brigade. Contre toute attente, cette demande de mutation était refusée. Parallèlement, elle a saisie l’inspection générale (IGGN). Ce qui lui a valu dix jours d’arrêts: il était ressorti de l’enquête de l’IGGN que les faits dénoncés par l’intéressée n’étaient pas avérés. Finalement, ma cliente a été mutée dans l’intérêt du service. 

Ma cliente était pourtant promise à un bel avenir. En témoigne ses notations, lettres de félicitations et primes au mérite. Elle avait accédé au grade d’adjudant après 8 ans de service. Son commandant de compagnie lui a dit en aparté que si elle n’avait rien dit, elle aurait été inscrite au tableau d’adjudant-chef en 2017. Quand elle demande des stages, ils ne lui sont pas accordés. Pour des motifs plus ou moins acceptables alors que d’autres personnels de son unité y partent, eux, sans problème.

Elle espère désormais que la justice procède enfin aux enquêtes qui n’ont jamais été diligentées. Et ce malgré plusieurs dépôts de plainte contre ce harcèlement moral dans la Gendarmerie. Ils ont été classés sans suite sans audition d’éventuels témoins mais surtout du mis en cause. Il faut faire cesser ces agissements qui existent en Gendarmerie et mettre un terme aux nuisances de ces personnels qui se sentent puissants puisqu’ils ne sont jamais inquiétés par la hiérarchie. Cette dernière, en ne faisant rien ou très peu –par exemple les déplacer d’unité en unité–, cautionne leurs actes.”

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2 Commentaires

  1. Desbois

    Malheureusement cela existe encore, dans toutes les entreprises comme la Gendarmerie. Il y aura toujours des personnes protégées, des Chefs qui le seront également par leur hiérarchie, issue du même moule qu’eux. De tels comportements sont inacceptables de nos jours mais encore faudrait il qu’ils soient reconnus. Et il est plus facile d’ignorer plutôt que de se battre, que de seconder son collègue qui se trouve en difficulté, plus facile de ne rien dire et de garder la bonne ligne de sa carrière que de s’opposer à l’injustice et de perdre toute sa crédibilité en très peu de temps.
    Heureusement qu’il y a encore de bons supérieurs mais hélas encore de nombreux “moins bons” ; on appelle cela des carriéristes…

  2. MICHELE HUART

    Honte à ces hommes et à ces femmes (y compris les membres de l’IGGN) qui par leur silence ou leur indifférence cautionnent le comportement inacceptable d’un gradé ! Gradé qui entache l’image de cette belle institution par le harcèlement, la misogynie ou le racisme n’a plus sa place dans la Gendarmerie qui se doit d’être exemplaire ! Que Justice soit rendue à ces Femmes victimes de tels agissements qui ne devraient pas exister dans une corporation qui se doit de lutter contre les violences faites aux Femmes ! !

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