samedi 26 septembre 2020
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Exposé à l’amiante, un gendarme en retraite témoigne

« Je suis parti en retraite en 2009, et dans toutes les missions qui m’avaient été confiées jusque là, on n’avait jamais eu d’équipement de protection, ni la moindre visite médicale », explique à « L’Essor » un ancien gendarme qui a tenu à garder l’anonymat.

Cet ancien de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp), a saisi en 2015 le tribunal administratif de Melun (Seine-et-Marne) pour faire reconnaître le préjudice d’ « anxiété » lié à son exposition à l’amiante en 2006. L’audience prévue le 25 juin 2015, avait été repoussée à une date ultérieure.

Une dizaine de gendarmes de son service exposés

En avril 2006, alors qu’ils enquêtent sur le scandale de l’amiante, le plaignant et ses collègues du groupe « enquêtes techniques amiante » de l’Oclaesp, sont envoyés fouiller les archives du plus gros producteur mondial d’amiante, Eternit. Les perquisitions, ordonnées par la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy, se déroulent au siège social de la société, à Vernouillet (Yvelines).

Lors de la première perquisition, le 10 avril 2006, les gendarmes fouillent des archives pleines de poussières durant quatre heures. « Les archives se trouvaient au sous-sol, c’est là où on est tombé sur le local amianté, relate l’ancien gendarme. Il y avait de la poussière partout et, au départ, on pensait que cela provenait du gravier qui recouvrait le sol. On s’est rendu compte au bout de quelques heures que le mobilier de rangement était constitué de plaques d’amiante, certaines étagères étaient brisées, d’autres effondrées. Le local était dans le désordre le plus complet. »

Selon lui, après ces premières constatations, les gendarmes du groupe ont demandé à ce que des mesures du taux de fibres d’amiante dans l’atmosphère soient effectuées. D’après le plaignant, cette demande est restée vaine. Une deuxième perquisition est menée quelques jours plus tard, sans plus de précautions. D’après le gendarme en retraite, une dizaine de gendarmes de l’Oclaesp ont participé à ces perquisitions.

« Une démarche par solidarité pour mes camarades d’active »

Contrairement à l’un de ses anciens collègues, récemment indemnisé par le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (Fiva), il n’a pas développé de maladie liée à cette exposition. « Je vis toutefois avec une épée de Damoclès au dessus de la tête, car les fibres d’amiante qu’on a respirées peuvent provoquer des cancers d’ici dix, quinze ou vingt ans ! », s’alarme l’ancien enquêteur.

En 2009, il décide d’engager des démarches, à l’époque où « des camarades de l’active ont commencé à s’inquiéter de cette exposition à l’amiante ». Retraité, il se heurte alors à plusieurs obstacles. « Le médecin militaire a refusé de m’examiner et de me prescrire radios pulmonaires et scanners sous prétexte que je ne faisais plus partie de l’Arme », explique t-il. Seule la constitution d’un dossier contentieux va permettre de débloquer le situation et lui donner accès, ainsi que ses anciens collègues, à des examens médicaux réguliers. Mais là aussi, la démarche s’avère compliquée. « Il a fallu mettre une pression extraordinaire sur le médecin de prévention et la DG (Direction générale de la Gendarmerie) pour que des fiches individuelles d’exposition à l’amiante soient établies ». Prévue par la loi, la fiche d’exposition doit préciser les procédés de travail et les équipements de protection collective et individuelle utilisés.

Retraité de la Gendarmerie, Bernard sait qu’à l’inverse de ses collègues d’active, il ne risque pas sa carrière en engageant une procédure administrative. « C’est plus une démarche par solidarité pour mes camarades d’active, surtout pour ceux qui ont des enfants en bas âge », affirme t-il.

Aujourd’hui, ce qui l’exaspère le plus n’est pas tant le manque de prévention en amont, d’obligation de sécurité de son employeur pendant la perquisition, que l’indifférence, a posteriori, de sa hiérarchie. « Il y a eu de la mauvaise volonté évidente de la part de certains de mes anciens responsables. Je suis en colère face au manque de sérieux et de professionnalisme de ces officiers supérieurs qui ont fait courir des risques inconsidérés à leurs personnels. »

L’amiante, substance reconnue cancérogène dans les années 50, a été interdite en 1997. Il est jugé responsable par les autorités sanitaires de 10% à 20% des cancers du poumon et pourrait provoquer 100.000 décès d’ici 2025.

Nathalie DELEAU

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Légende photo : gendarme de l’Oclaesp, équipé d’une tenue de protection, menant une perquisition 2008. Crédit : Oclaesp

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2 Commentaires

  1. AMARÈ jean Bernard

    Bonjour,
    Je comprends très bien ce gendarme suite à l’exposition de l’amiante. Je suis retraité de la gendarmerie depuis 1997, 6 ans dans la marine et 22 en gendarmerie.
    Dans la marine j’étais mécanicien propulsion, j’ai travaillé pendant ces 6 ans salle des machines, odeurs de mazout, fioul et le pire l’amiante qui recouvrait une bonne partie des tuyauteries, sur les chaudières des petits matelas d’amiantes plaine de poussière qu’on devait remettre de temps en temps en place et le pire c’étais lors des carénages une poussière incroyable dans la machine. Aucune protection pour travailler pas un seul masque même pour faire la peinture au plomb, le toubib venait nous faire boire du lait concentré ( fumisterie). J’ai passé 2 ans à Mururoa, les corvées dans des endroits douteux question contamination, aucune protection ( combinaison, même pas un dosimètre journalier ou hebdomadaire comme les civils qui travaillaient sur le site , j’oubliais, une contamination aux mains après avoir nettoyé un filtre aspiration basse sur le bateau ( lavage des mains savon Marseille et hop c’était bon) . En 2013 j’ai développé un cancer de la base droite (ablation des deux lobes inférieurs. Je pense que mes expositions à l’amiante et possible mon séjour à Mururoa son liés à mon cancer.
    Voilà ma petite histoire, j’en ai parlé à des médecins militaires, leurs réponses très vague….. Bon courage à toi l’ancien si tu réussis ta croisade.

  2. Hervé

    Bonjour.
    Après avoir lu cet édifiant article sur l’amiante je vais vous exposer deux situations. La première reste sur une question et des vérifications je n’ai pas de preuve (Sauf une, matérielle qu’il faudrait expertiser pour savoir)
    Un jour le secrétariat compagnie à demandé le reversement de tous les masques à gaz (ANPE….). Il m’a été révélé que c’était parce que les cartouches contenaient de l’amiante. J’ignore si cela est vrai ou faux. Il m’a encore été dit qu’il n’y avait pas de problème puisque ces masques n’avaient pas été utilisés, ce qui était faux.

    Deuxième cas – Un jour il m’a été demandé d’aller entendre un gendarme dans un peloton d’autoroute ou après expertise il avait été détecté des poussières d’amiante, en quantité insuffisante pour fermer les bureaux, alors que par ailleurs je lisais que l’amiante était dangereuse dès la première fibre !. J’ai refusé avec réaction immédiate de la hièrarchie autoroutière – Il m’a été dit : Si on vous donne l’ordre d y aller qu’allez vous faire : J’ai répondu : Immédiatement aller consulter un médecin militaire et un pneumologue pour savoir s’il n’y avait aucun danger ! Réponse des autorités : d’accord vous irez entendre ce gendarme ailleurs, à tel endroit…. ce qui fut fait. Je remarque quand même que dans ce peloton d’autoroute des gendarmes y travaillaient.

    Par ailleurs encore, ayant eu à me trouver dans un local contenant de l’amiante j’ai demandé par écrit une inscription au registre des constatations ce qui m’a été refusé pour absence de maladie déclarée, mais ce refus a été écrit de telle sorte que je détiens les preuves de cet épisode.

    Pour le moment je n’envisage aucune procédure, j’ai juste voulu apporter un témoignage qui, qui sait peut servir,
    Cordialement

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