mardi 24 novembre 2020
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Entretien politique : Virginie Duby-Muller, députée (Les Républicains) de Haute-Savoie

Le prochain numéro (décembre, n° 488) de « L’Essor de la Gendarmerie » consacrera son dossier à la féminisation dans la Gendarmerie. Dès à présent, nous publions l’entretien que nous a accordé Virginie Duby-Muller, députée (Les Républicains) de Haute-Savoie, sur les enjeux de la féminisation dans la Gendarmerie.

« L’Essor » – La féminisation au sein de la Gendarmerie date à présent de trente ans. Pensez-vous qu’aujourd’hui la présence des femmes au sein de l’Institution est admise?

Réponse  –  Oui. Les débuts de la féminisation datent de 1983, il y a un peu plus de trente ans. Fin 2013, le taux de féminisation était de 17,6 %. C’est une évolution positive. Je remarque que le taux de féminisation est plus important dans l’administratif que dans l’opérationnel. Mais il y a eu une progression puisque les femmes sont entrées dans la Garde républicaine ou au GIGN, soit carrément dans tous les corps de la Gendarmerie.

Il y a donc eu une évolution positive. De plus, le chiffre de 17,6 % est plus important que pour les autres militaires (armée de terre, marine, armée de l’air), où le taux est de 16,3 %.

« L’Essor » – Le dernier bastion de la Gendarmerie vient de tomber. Depuis le mois de mars, une dizaine de femmes sous-officiers ont rejoint trois escadrons de gendarmerie mobiles pour une expérimentation. Qu’en pensez-vous ?

Réponse – C’est également une bonne chose, et il faudra voir les retours de cette expérimentation. Cela illustre bien la volonté de féminisation dans la Gendarmerie, qui s’étend à tous les secteurs.

« L’Essor » – Comment pensez-vous qu’il faut concevoir la féminisation ? sur un strict principe d’égalité, ou en s’adaptant aux spécificités féminines ? Il y a le cas des barèmes de sport, qui ne sont pas les mêmes pour les hommes et les femmes.

Réponse– On sait que les femmes n’ont pas les mêmes aptitudes physiques que les hommes. On le voit dans tous les sports, et même au niveau olympique. Une femme aura évidemment des résultats moindres au 100 mètres, ou dans quelque discipline que ce soit. Il faut donc que les barèmes soient adaptés aux capacités et aux aptitudes physiques des femmes.

« L’Essor » – Aujourd’hui, certaines brigades sont composées à 80 % de personnels féminins. Pourtant, certains critiquent les patrouilles composées de deux gendarmes féminins. Ces critiques étaient notamment apparues après le drame de Collobrières (Var), en juin 2012, où deux femmes gendarmes avaient été tuées par balles lors d’une intervention. Quelle est votre opinion sur le sujet ?

Réponse – Si cette patrouille à Collobrières avait été composée de deux hommes, le drame aurait-il pu être évité ? Cette intervention fait évidemment partie des risques du métier et de l’aptitude à savoir gérer le risque. Que nous soyons des hommes ou des femmes, nous pouvons avoir des réactions totalement différentes en fonction d’une situation dangereuse. A Collobrières, je ne crois pas que le fait qu’il s’agissait de deux femmes ait provoqué ce drame.

« L’Essor » – Sans être à parité avec les hommes, les femmes gendarmes sont aujourd’hui nombreuses dans le corps des sous-officiers. Elles le sont moins dans celui des officiers, et sont même sous-représentées dans les postes de direction. Y a-t-il un plafond de verre en Gendarmerie ?

Réponse – C’est vrai que les femmes passent les mêmes concours, même s’il peut y avoir des différences au niveau des épreuves sportives. Elles ont les mêmes niveaux de salaire, les mêmes possibilités de carrière, les mêmes perspectives en terme de mobilité. Ce plafond de verre existe dans tous les milieux, dans la politique et dans l’entreprise, et non seulement dans la Gendarmerie.

Pour les femmes, la difficulté réside souvent dans la disponibilité que peuvent demander ces postes de direction, et de pouvoir la concilier avec sa vie personnelle et sa vie de femme. C’est à ce moment que l’on voit qu’il y des difficultés de tout concilier. Ce plafond de verre n’est pas lié spécifiquement à la Gendarmerie, mais est lié à l’organisation de la vie personnelle et professionnelle. Il y a certainement des choses à faire évoluer.

Je sais qu’au niveau des carrières, il y a des accompagnements qui sont prévus au moment du congé maternité, et éventuellement du congé parental. Il y a des choses qui peuvent être améliorées pour que les femmes puissent évoluer dans leur carrière, même si au niveau personnel il y a des changements.

Les femmes ont aussi des freins psychologiques. Souvent, elles se sentent moins capables de diriger et prendre des responsabilités, alors qu’elles le sont tout autant que les hommes. Des freins que l’on retrouve également dans tous les milieux professionnels.

« L’Essor » – Il y a eu un procès, le jeudi 15 octobre, devant le tribunal correctionnel de Paris, de deux sous-officiers de gendarmerie poursuivis pour harcèlement sexuel envers une jeune gendarme-adjointe volontaire (Le procès a été renvoyé au 2 février 2016).

Qu’avez-vous pensé de la sortie du livre « La Guerre invisible », consacré aux violences sexuelles dans les armées, et notamment dans la Gendarmerie ?

Réponse – Ce qui est dit dans ce livre, c’est que les agresseurs sont rarement condamnés. Il y a cette loi du silence. On parle de la Grande Muette – et, effectivement, on le voit à ce niveau-là, même si ces phénomènes de violences sexuelles et de harcèlement, encore une fois, se révèlent dans tous les milieux, et pas spécifiquement dans la Gendarmerie.

J’avais participé à l’audition à l’Assemblée nationale du ministre de la Défense. Jean-Yves Le Drian avait alors donné un certain nombre de garanties. La justice est indépendante, et je pense que, si les personnes sont effectivement coupables de ces faits, elles doivent être condamnées.

Globalement, les femmes se sentent bien dans la Gendarmerie, elles sont bien intégrées, même dans les milieux masculins. Ce sont des phénomènes marginaux.

– « L’Essor » – Pensez-vous que la stricte parité soit souhaitable au sein de la Gendarmerie ?

Réponse – Je suis toujours un peu opposée à ces systèmes de quotas, de discrimination positive. Cela a un côté humiliant et avilissant. En politique, on a imposé la parité dans quasiment toutes les élections, sauf pour les élections législatives où l’on a un scrutin uninominal. Les choses ont progressé, lorsque les femmes ont la motivation et les aptitudes, elles peuvent tout à fait évoluer, en l’occurrence dans la Gendarmerie.

« L’Essor » – Dans la société civile, la parité doit souvent être imposée pour devenir un état de fait. Pensez-vous qu’il faille en passer par un système de discrimination positive pour favoriser la présence de femmes aux postes de direction ?

Réponse – Non. Je répète que cela a un côté avilissant et humiliant. Après, il est sûr que si on n’était pas passé par la loi, les choses auraient peu évolué.

« L’Essor » – Que pensez-vous du droit d’association de militaires, qui a été introduit récemment dans le droit français, suite à la condamnation de la France par la CEDH ?

Réponse – Il y a une mise en conformité avec le droit européen. Le statut militaire est particulier parce qu’il impose un droit de réserve. Il y avait déjà de la concertation dans les différents échelons hiérarchiques. Pour moi, ce n’est pas forcément une révolution d’avoir ce type d’association.

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Un commentaire

  1. Dubois

    Il est incontestable qu’en dehors de sa mission parlementaire à la ” Délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes” et son CV où il n’apparait aucune connaissance particulière sur l’Armée en général et la Gendarmerie en particulier elle est qualifiée pour parler d’un sujet qu’elle ne connait plus que n’importe quel parlementaire qui peut vous parler du moment qu’on lui demande….Il y avait en Gendarmerie et dans la société civiles des gens plus qualifiés pour en parler.

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