vendredi 25 septembre 2020
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arine Lejeune, porte-parole de la Gendarmerie (Photo L'Essor/DR).
Karine Lejeune, porte-parole de la Gendarmerie (Photo L'Essor/DR).

ENTRETIEN – Karine Lejeune, porte-parole de la Gendarmerie

Choisie par le Directeur général pour occuper le tout premier poste de porte-parole de la Gendarmerie nationale, le lieutenant-colonel Karine Lejeune est issue d’une grande lignée de militaires de cette institution.

Avec un père major dans la mobile, deux grands-pères gendarmes, l’un en mobile et l’autre en départementale, et un arrière-grand-père adjudant, lui aussi en mobile, on peut en effet être sûr qu’elle a la Gendarmerie dans le sang !

Elle a donc intégré l’Ecole des officiers (EOGN) de Melun après une maîtrise de droit public et un service militaire accompli comme aspirant à la tête d’un peloton d’élèves sous-officiers de Gendarmerie au sein de la toute nouvelle école de Châteaulin (29150).

A l’époque, les femmes étaient encore peu nombreuses à l’EOGN, qu’elle quittera pour prendre le poste de deuxième adjointe du commandant de la compagnie de Palaiseau (91120), des unités périurbaines avec 220 militaires dirigés par trois officiers.

Elle y restera jusqu’en 2005, après trois années « très formatrices » en raison des phénomènes de délinquance importants qui s’entrecroisent sur la zone de compétence de la Gendarmerie en provenance des quartiers sensibles de Palaiseau et d’Evry.

Elle rejoint alors le ministère de l’Intérieur, au sein de la délégation aux victimes. Elle y restera quatre ans, avant de prendre la tête de la compagnie de Cambrai (Nord), où elle dirige 153 militaires pendant trois ans.

Elle intègre ensuite l’Ecole de guerre et fait donc partie des rares femmes brevetées – ce qui, rappelons-le, constitue un sésame indispensable pour accéder aux plus hauts postes de l’Institution.

En août 2013, elle prend la tête de la section prévention de la délinquance – partenariats à la Direction générale, un poste qu’elle quittera pour celui de porte-parole tout juste créé (même si la fonction existait déjà puisqu’elle était assurée par le chef du Sirpa ou l’un de ses adjoints).

« Le souhait du Directeur général était vraiment de créer un poste à plein temps afin, selon ses termes, d’avoir une parole incarnée pour la Gendarmerie et que, dans les médias, ce soit toujours la même personne qui intervienne et qui soit identifiée lorsqu’il faut parler au nom de la Gendarmerie. »

« L’Essor ».- Comment allez-vous articuler votre rôle avec la Direction générale de la Gendarmerie ?

Karine Lejeune.- La Gendarmerie a souhaité dynamiser sa stratégie de communication, notamment à travers cette fonction de porte-parole. Dans ce cadre, des liens encore plus forts se sont tissés entre le Directeur général et le service communication. Je suis affectée au Sirpa et je dépends de son chef. Par contre, je suis détachée auprès du cabinet du Directeur général afin d’être au plus près de tous les événements et des informations utiles pour mener à bien ma mission. Je suis donc en contact très régulier avec le Directeur général, qui me donne la ligne directrice.

« L’Essor ».- Qui décide de vos interventions ?

Karine Lejeune.- Je suis actionnée par le Directeur général et appuyée par le Sirpa pour tout ce qui est élément de langage et contact avec la presse par le biais des officiers de presse. Cela peut être une volonté du Directeur de communiquer sur proposition du Sirpa, mais cela peut être aussi directement les médias qui viennent solliciter.

Bien évidemment, il y aura une relation privilégiée entre le Directeur général, le chef du Sirpa et son bras armé, le porte-parole, pour savoir s’il est opportun de communiquer ou pas : nous n’avons pas forcément intérêt à communiquer tout le temps.

« L’Essor ».- Le général Favier était probablement le premier Directeur de la Gendarmerie à intervenir directement dans les médias. Cela veut-il dire qu’il va désormais moins s’exprimer ?

Karine Lejeune.- Je pense qu’il continuera à communiquer, ce qu’il fait d’ailleurs très bien. L’idée était de créer un échelon intermédiaire pour pouvoir multiplier la parole de la Gendarmerie sur tous les vecteurs de communication, et en particulier les médias d’information en continu.

Le général Favier déterminera, en fonction des circonstances, si c’est à lui de prendre la main sur la communication ou si c’est au chef Sirpa, qui reste son conseiller communication.

Je m’occuperai des crises de moyenne intensité et des sollicitations des médias sur des sujets qui ne sont pas forcément polémiques mais qui nécessitent une explication de l’action de la Gendarmerie.

« L’Essor ».- Allez-vous traiter de la communication en région pour les grosses affaires ?

Karine Lejeune.- Vraisemblablement non. Cela va rester entre les mains des commandants de groupement et des officiers communication de région.

En revanche, au niveau parisien, je pourrai intervenir pour répondre aux premières sollicitations des médias en attendant que l’outil de communication se mette en place sur le terrain. Très clairement, je n’ai pas vocation à me substituer aux échelons territoriaux qui communiquent sur le volet opérationnel.

« L’Essor ».- Lorsque le Directeur général s’est exprimé dans les médias, c’était pour la communication « offensive », qui visait à défendre la Gendarmerie. Pourriez-vous être amenée à vous exprimer ainsi ?

Karine Lejeune.- Cela fait partie des possibilités. Mes missions sont à la fois d’expliquer et d’informer sur les actions de la Gendarmerie, mais aussi de pouvoir intervenir lorsque ses intérêts sont un peu menacés, ou rétablir certaines vérités lorsque de la désinformation circule.

« L’Essor ».- Pourriez-vous être amenée à réagir lorsque, par exemple, des syndicats estiment que la Gendarmerie est « un acteur mineur de la sécurité », comme l’Unsa l’a fait récemment ?

Karine Lejeune.- Ce n’est pas la raison pour laquelle le porte-parole a été mis en œuvre. Mais si les syndicats de Police parlent au nom de la Gendarmerie ou avec des informations qui ne sont pas exactes, je pourrai m’exprimer directement pour amener l’information qui convient.

Mais c’est le Directeur qui, avec le chef du Sirpa, étudiera s’il convient de réagir ou pas.

L’idée n’est pas de courir après toutes les informations ou désinformations qui peuvent circuler.

« L’Essor ».- L’arrivée des Associations professionnelles nationales de militaires (APNM) va les amener à s’exprimer. Comment allez-vous vous situer par rapport à elles ?

 

Karine Lejeune.- Notre volonté d’être un peu plus offensifs dans la stratégie de communication n’est pas une réponse à la montée en puissance des APNM. Nous sommes sur une stratégie de communication plus globale.

La fonction de porte-parole est de porter la voie d’une institution, et on n’a pas la même liberté lorsqu’on parle pour une institution de 100 000 hommes et femmes et lorsqu’on représente un syndicat ou une association professionnelle.

« L’Essor ».- Le poste de porte-parole est assez exposé. N’avez-vous pas peur que le moindre faux-pas soit guetté, voire attendu ?

Karine Lejeune.- J’en ferai forcément. J’en suis consciente et je pense que mes chefs le sont aussi. Lorsque vous prenez un porte-parole, c’est un pari. Il peut effectivement toujours y avoir une maladresse, mais je suis préparée, que cela soit à travers mes séances de média-training ou mes interventions sur les postes que j’ai occupés précédemment.

« L’Essor ».- Est-ce que c’est important qu’une femme occupe ce premier poste de porte-parole ?

Karine Lejeune.- Oui. Je sors là de mon rôle de porte-parole pour vous donner une opinion personnelle : je pense que le fait que la parole de la Gendarmerie soit portée par une femme est un signal fort qui est donné. Cela met en avant le fait que les femmes, en Gendarmerie, prennent de plus en plus de responsabilités.

Propos recueillis par Pierre-Marie Giraud et Matthieu Guyot

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Photo : La lieutenant-colonel Karine Lejeune, porte-parole de la Gendarmerie à la DGGN

Crédit photo : MG/ESSOR

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5 Commentaires

  1. CHARRIERE

    Cette femme terminera probablement sa carrière avec des étoiles.

  2. Jpp91160

    Il était agréable de travailler sous ses ordres. Faisait confiance aux gradés….

  3. Jpp91160

    A Palaiseau il était agréable de travailler sous ses ordres. Faisait confiance aux gradés du terrain. ….

  4. Ricour

    Bravo, elle est claire, volontaire et belle. Excellent choix de la gendarmerie comme porte parole

  5. hostailler

    Elle est très bien ce Lieutenant-Colonel ( n’ajoutons pas, par pitié, cette Lieutenante-Colonelle, comme certains seraient tentés de le faire !!)

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